À l’initiative du président français Emmanuel Macron et du Premier ministre britannique Keir Starmer, une trentaine de pays se réunissent vendredi pour jeter les bases d’une mission internationale destinée à sécuriser le détroit d’Ormuz. Les États-Unis sont absents de cette initiative, centrée sur des pays non belligérants. À l’Élysée, seront notamment présents le chancelier allemand Friedrich Merz et la Première ministre italienne Giorgia Meloni, tandis que d’autres participants européens, moyen-orientaux, asiatiques et latino-américains prendront part aux discussions par visioconférence, selon la présidence française.
Dans ce contexte, Paris et Londres défendent une initiative «strictement défensive» visant à sécuriser la navigation et soutenir les opérations de déminage. L’objectif est de permettre la reprise du trafic dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième de l’énergie mondiale.
Depuis le déclenchement de la guerre le 28 février entre les États-Unis, Israël et l’Iran, le détroit est devenu un point de tension majeur, entraînant une flambée des prix de l’énergie et une pression accrue sur les économies dépendantes des importations, notamment en Europe et en Asie.
Une mission conditionnée à une trêve fragile
Sur le terrain, la situation reste incertaine. Le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, en vigueur depuis début avril, demeure fragile.
La mission de réouverture du détroit envisagée par Paris et Londres dépend ainsi de plusieurs garanties sécuritaires minimales. Selon l’Élysée: «Nous avons besoin d’être sûrs que nous avons un engagement iranien de ne pas tirer sur les bateaux qui passent et des États-Unis de ne bloquer aucun bateau qui sorte ou qui rentre dans le détroit d'Ormuz.»
Paris insiste également sur un principe non négociable: aucune forme de «péage» imposé par l’Iran sur le passage des navires ne sera acceptée.
La participation des États se fera «selon les moyens» a déclaré l’Élysée, en fonction des capacités militaires et des choix politiques de chaque pays.
La France dispose déjà d’un dispositif militaire conséquent dans la région, avec un porte-avions, une dizaine de bateaux et une cinquantaine d’avions, ce qui lui permettrait de jouer un rôle central dans la surveillance du détroit. D’autres contributions devraient être plus spécialisées. L’Allemagne pourrait notamment s’orienter vers des missions de déminage ou de reconnaissance maritime à longue distance, selon une source gouvernementale à Berlin, tandis que d’autres pays pourraient apporter des capacités de soutien, de surveillance ou de renseignement.
Une coalition sans Washington
Fait notable, les États-Unis sont absents de cette initiative. Un choix assumé par les organisateurs, qui insistent sur la nécessité de réunir uniquement des pays non belligérants. L’Élysée a indiqué que la mission serait menée «en bonne intelligence avec les Américains», tout en précisant qu’aucune coalition ne serait formée avec Washington, «tout simplement parce que nous ne sommes pas parties au conflit». Cette exclusion traduit une volonté politique d’éviter toute assimilation à la stratégie américaine de pression maximale contre l’Iran et de limiter le risque d’escalade militaire. En filigrane, elle illustre une tentative européenne de reprendre la main diplomatique dans un conflit où elle reste en retrait.
Cette position ne fait toutefois pas consensus. Le chancelier allemand Friedrich Merz aurait plaidé pour une participation américaine au dispositif, marquant une divergence sur le périmètre international de l’initiative.
Qui contrôlera réellement Ormuz?
Au-delà des déclarations diplomatiques, une question demeure centrale: qui sera réellement en mesure d’ouvrir ou de sécuriser le détroit d’Ormuz?
Le contrôle ou la sécurisation du détroit d’Ormuz représenterait un avantage stratégique et économique majeur pour tout acteur capable d’y imposer ou d’y garantir la libre circulation.
Ce passage maritime est l’un des plus importants du monde: près d’un cinquième du pétrole et du gaz consommés à l’échelle mondiale y transitent. Celui qui parvient à en assurer la sécurité gagne donc une influence directe sur les flux énergétiques mondiaux, avec un impact immédiat sur les prix du pétrole, les marchés financiers et la stabilité économique internationale.
Au-delà de l’aspect économique, c’est aussi un levier géopolitique considérable: sécuriser Ormuz revient à s’imposer comme arbitre incontournable dans le Golfe, capable de peser sur les tensions entre l’Iran, les pays du Golfe et les puissances occidentales.
Enfin, sur le plan diplomatique, un tel rôle offrirait une capacité de leadership international renforcée, en positionnant l’acteur concerné comme garant de la sécurité d’une des routes maritimes les plus sensibles de la planète.



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