L’intégration de la ligne maritime à la «Ligne jaune» n’est ni une atteinte ni une modification des frontières maritimes ou de l’accord maritime signé entre le Liban et Israël, considéré comme le cadre international reconnu entre les deux parties.
Dans une phase qui rappelle les scénarios militaires précédents, la «Ligne jaune», telle que désignée par l’armée israélienne, s’impose comme le symbole de la phase actuelle au Liban-Sud, redessinant le paysage militaire et démographique après sa prise de contrôle d’une vaste zone comprenant 55 villages et localités frontalières.
Selon des experts militaires, ce basculement de la «Ligne bleue», ligne de surveillance du retrait établie en 2000 en vertu de la résolution 425 du Conseil de sécurité après le retrait israélien du Liban-Sud, puis consolidée par la résolution 1701 après la guerre de juillet 2006, vers la «Ligne jaune», traduit des dynamiques opposées et une réalité différente sur le terrain.
La «Ligne jaune» est un concept militaire visant à établir une zone tampon sécurisée de 5 à 10 kilomètres de profondeur à l’intérieur du territoire libanais, couvrant 55 villages et localités. Elle vise également à vider la zone de ses habitants et à supprimer toute présence ou influence militaire du Hezbollah, notamment ses combattants, ses positions, ses missiles et ses tunnels, ainsi que ses drapeaux et symboles. Elle s’accompagne enfin d’une transformation de la réalité locale, parfois décrite comme une «population jaune» en raison de son attachement au drapeau jaune et de son rejet du drapeau national libanais.
Dans les villages concernés par la «Ligne jaune», les forces israéliennes imposent une réalité militaire renforcée, interdisent le retour des habitants et poursuivent des opérations de ratissage, de destruction, de nivellement et de surveillance, afin d’écarter toute menace sécuritaire future pour le nord d’Israël.
Dans ce contexte, le porte‑parole de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), Dani Ghafary, a déclaré à Houna Loubnan que les forces onusiennes sont conscientes des déclarations de l’armée israélienne concernant la «zone de sécurité» et ses références à la «Ligne jaune» s’étendant en profondeur dans le territoire libanais. Il a toutefois rappelé que la résolution 1701 du Conseil de sécurité ainsi que la Ligne bleue demeurent le seul cadre reconnu par les Nations unies pour traiter les questions liées à la cessation des hostilités et à l’intégrité territoriale.
Les cartes sécuritaires de l’armée israélienne ne se sont pas limitées à la profondeur terrestre, puisqu’un nouveau «tracé maritime» a été ajouté, incluant le champ gazier et pétrolier de Qana, entériné dans le cadre de l’accord maritime signé entre le Liban et Israël. Cette évolution a suscité des désapprobations au sein des responsables libanais et de la communauté internationale, qui continue de s’en tenir à la Ligne bleue.
À ce sujet, le président du Parlement Nabih Berry, a déclaré qu’«il n’existe ni lignes jaunes, ni lignes rouges, ni lignes vertes, ni aucune autre couleur, et aucune de ces lignes ne nous concerne. Nous ne pouvons en accepter aucune forme. Le retrait israélien des zones du Liban-Sud doit avoir lieu. Et s’il maintient son occupation, que ce soit de zones, de positions ou à travers des lignes dites «zéro» qu’il tracerait, cela signifie qu’il s’exposera chaque jour à des actes de résistance».
Selon des sources du ministère des Affaires étrangères libanais, l’intégration de ce tracé maritime à la «Ligne jaune» ne constitue ni une atteinte ni une modification des frontières maritimes ou de l’accord maritime signé entre le Liban et Israël, considéré comme le cadre international reconnu entre les deux parties. Il s’agirait plutôt d’une zone militaire et sécuritaire tampon, qui ne remet pas en cause cet accord et ne nécessite pas, à ce stade, de notification aux Nations unies.
Ce développement ou cette nouvelle réalité sur le terrain au Liban-Sud soulève des interrogations juridiques et politiques sur la souveraineté libanaise ainsi que sur le sort de près de 600.000 déplacés. Le paysage reste suspendu aux équilibres des ententes politiques, dans un contexte de craintes que la «Ligne jaune» ne se transforme en une bande sécuritaire imposant des restrictions durables et modifiant la démographie, ou qu’elle ne s’inscrive dans la durée, à moins qu’une solution ne soit trouvée dans le cadre de négociations directes attendues cette semaine entre le Liban et Israël, dont les discussions ont débuté à Washington la semaine dernière.
Le président de la République, Joseph Aoun, a affirmé à ce propos que «les négociations ne signifient ni concession ni reddition, mais constituent un moyen de résoudre les problèmes, et il est important que les Libanais se tiennent aux côtés de leur État dans ce moment précis».



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