La dernière prise de position de Paula Yacoubian n’est pas seulement contestable : elle est politiquement dangereuse. Derrière les slogans faciles, les postures moralisatrices et les déclarations destinées à flatter une partie de l’opinion, se dessine une ligne claire : une hostilité envers les États-Unis, un rejet de toute perspective de paix durable avec Israël, et une vision qui tourne le dos à l’intérêt vital du Liban.
À l’heure où le pays a besoin de stabilité, de garanties internationales, d’alliances solides et d’une sortie réelle de la logique de guerre permanente, Paula Yacoubian choisit encore la surenchère. Elle préfère l’indignation spectaculaire à la responsabilité politique, comme si le Liban pouvait encore se permettre le luxe de l’isolement, de la provocation et de l’alignement implicite sur les logiques de confrontation.
Cette posture n’est pas seulement opportuniste. Elle s’inscrit dans une gauche brouillonne, radicale et donneuse de leçons, qui préfère souvent le désordre à l’État, la rue aux institutions, le soupçon permanent à la construction patiente d’un pays. Une gauche qui prétend défendre les libertés, mais qui finit par fragiliser les seules structures capables de protéger les Libanais : l’armée, les institutions, la diplomatie et les alliances internationales.
C’est cette culture politique qui nourrit le chaos. Elle confond agitation et courage, déconstruction et réforme, posture morale et intérêt national. Paula Yacoubian se présente comme une voix de rupture ; elle incarne surtout une logique de déstabilisation permanente, où tout doit être contesté, attaqué, délégitimé — sauf, étrangement, les armes du Hezbollah et leur emprise sur la souveraineté libanaise.
Certains verront dans cette ligne le reflet d’un imaginaire idéologique proche de réseaux internationaux progressistes qui, sous couvert de société civile, de droits et de grandes causes abstraites, favorisent souvent la fragmentation des sociétés, l’affaiblissement des États et la dissolution des repères nationaux. Mais le problème n’est pas tant de savoir qui inspire qui. Le problème est que Paula Yacoubian adopte une grille de lecture où l’idéologie, l’image et l’agitation passent avant l’intérêt du Liban.
Car le plus grave est là : chez elle, l’agenda personnel semble primer sur le destin collectif. Son image, sa capacité à exister médiatiquement et à séduire une certaine frange de l’opinion paraissent compter davantage que l’intérêt national. Le Liban peut être au bord du gouffre, les institutions paralysées, la souveraineté confisquée, la population épuisée : l’essentiel, pour elle, semble être de se placer, de se distinguer, de capter la lumière et d’entretenir son personnage politique.
Sa posture anti-américaine est une impasse. Elle affaiblit le Liban au lieu de le protéger. Elle l’éloigne de partenaires capables de peser dans les équilibres régionaux, de soutenir son armée, d’accompagner son redressement et d’empêcher qu’il ne soit totalement livré aux agendas de forces étrangères. Le vrai danger, aujourd’hui, n’est pas dans une diplomatie lucide avec Washington. Il est dans la soumission du Liban à des milices armées, à des calculs iraniens et à des guerres décidées ailleurs, mais payées par les Libanais.
Au fond, cette dérive n’a rien de surprenant. Paula Yacoubian a déjà envoyé des signaux politiques révélateurs. Lorsqu’elle s’était rendue dans le village natal de Hassan Nasrallah, dans le Sud, elle avait dit être honorée d’y être présente, tout en moquant un dîner organisé à l’époque en l’honneur de l’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo. Cette prise de position n’était pas anodine : elle révélait une hiérarchie symbolique, une préférence politique, une manière de se placer du mauvais côté des priorités nationales.
Et ce n’est pas tout. Lorsqu’elle exprime sa compassion envers les « mères des martyrs » du Hezbollah, elle ne se limite pas à un geste humain abstrait. Elle accorde une forme de respect politique à ceux que cette milice revendique comme ses combattants, alors même que le Hezbollah demeure une organisation armée, inféodée à l’Iran, qui a entraîné le Liban, encore une fois, dans une guerre sanguinaire qui n’est pas la sienne.
La compassion ne peut pas être sélective au point d’effacer les responsabilités. Où est la même émotion pour les familles libanaises détruites par les guerres imposées ? Où est la compassion pour les habitants du Sud pris en otage par une stratégie militaire qui les dépasse ? Où est la voix de Paula Yacoubian pour les Libanais qui veulent simplement vivre, travailler, reconstruire, éduquer leurs enfants et ne plus servir de boucliers humains aux aventures régionales de Téhéran ?
Le Liban n’a pas besoin d’élus qui maquillent l’alignement idéologique en courage moral. Il n’a pas besoin de députés qui confondent souveraineté et hostilité à l’Occident, résistance et militarisation illégale, solidarité et complaisance avec une milice. Il a besoin de responsables capables de dire clairement que l’État doit être le seul détenteur des armes, que la guerre ne peut plus être décidée par un parti, et que l’avenir du pays passe par la paix, la stabilité et des relations internationales équilibrées.
Paula Yacoubian prétend incarner une rupture. Mais sa position révèle surtout une vieille tentation libanaise : flatter les passions, excuser les milices, tourner le dos aux alliances utiles, puis s’étonner que le pays s’effondre.
Son problème n’est donc pas seulement politique. Il est plus profond. Elle prétend parler au nom du Liban, mais agit comme si le Liban n’était qu’un décor pour sa propre mise en scène. Elle invoque les principes, mais ses positions finissent par servir les forces qui empêchent l’État d’exister. Elle parle de souveraineté, mais refuse de regarder en face ceux qui l’ont confisquée et bafouée.
Ce discours est irresponsable, antisouverainiste, et contraire à l’intérêt national. Il sert ceux qui veulent maintenir le Liban prisonnier de la guerre, de la peur et de l’axe iranien — tout en nourrissant l’illusion qu’au Liban, le vacarme personnel peut remplacer l’action politique véritable.



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