Réunir des partis que tout oppose pour former une majorité durable: c’est le défi que tentent de relever Naftali Bennett et Yair Lapid face à l’incontournable Benjamin Netanyahou. Leur expérience illustre une réalité centrale du système israélien: ce ne sont pas seulement les urnes qui décident, mais la capacité à construire des alliances après le vote.
«Israël doit changer de direction», ont-ils affirmé en annonçant l’union de leurs forces au sein d’un nouveau cadre politique. L’objectif est clair: constituer un bloc suffisamment large pour rivaliser avec Netanyahou lors des prochaines élections.
Ce n’est pas la première fois que les deux hommes tentent une telle alliance. En 2021 déjà, ils avaient réussi à former une coalition hétéroclite allant de la droite à la gauche, avec le soutien inédit d’un parti arabe. Mais cette expérience, fragilisée par de profondes divergences internes, n’avait duré qu’un peu plus d’un an.
Pour comprendre pourquoi de telles alliances sont nécessaires et comment elles se forment, il faut revenir au fonctionnement du système politique israélien.
La Knesset : une seule chambre, tout le pouvoir
La Knesset est le parlement israélien et constitue le cœur du système politique. Il s’agit d’une assemblée monocamérale, ce qui signifie qu’elle ne possède qu’une seule chambre. Ses 120 membres représentent l’ensemble du pays et détiennent le pouvoir législatif. C’est elle qui vote les lois, adopte le budget et surtout accorde sa confiance au gouvernement. Sans cette confiance, aucun exécutif ne peut gouverner.
Une loi électorale fondée sur la proportionnelle intégrale
Le système électoral israélien repose sur la représentation proportionnelle intégrale, un mécanisme qui vise à refléter le plus fidèlement possible les choix des électeurs. L’ensemble du territoire forme une seule circonscription, ce qui signifie que chaque vote a le même poids.
Les citoyens votent pour des listes de partis et non pour des candidats individuels. Chaque parti présente une liste ordonnée, et les sièges sont attribués en fonction du pourcentage de voix obtenu. Ce système produit une représentation très fidèle mais aussi très fragmentée.
Le seuil électoral est fixé à 3,25 %, ce qui limite légèrement la dispersion sans empêcher la présence de nombreux partis. Cette diversité rend très difficile l’émergence d’une majorité claire.
Comprendre les mécanismes politiques
Dans ce système, la coalition est une alliance entre plusieurs partis pour atteindre la majorité. Cette majorité est dite absolue lorsqu’elle atteint au moins 61 sièges sur 120. Le vote de confiance correspond à l’approbation officielle du gouvernement par la Knesset. Les partis qui ne participent pas à cette majorité forment l’opposition.
Ces mécanismes sont au cœur de la vie politique israélienne, où les gouvernements reposent sur des équilibres souvent fragiles.
Former un gouvernement : un processus encadré et limité dans le temps
Après les élections, le président désigne un député chargé de former un gouvernement, en fonction de sa capacité à rassembler une majorité. Ce dernier dispose d’un délai de 28 jours, avec une possibilité d’extension de 14 jours.
S’il échoue, un autre député peut être désigné. En cas de nouvel échec, une période de 21 jours s’ouvre au sein de la Knesset pour permettre à tout député réunissant 61 soutiens de tenter sa chance. Si aucune majorité ne se forme, la Knesset est dissoute et de nouvelles élections sont organisées.
Gouverner : une question d’équilibre permanent
En Israël, remporter des sièges ne suffit pas pour gouverner. Le véritable enjeu est de construire et maintenir une coalition stable. Le Premier ministre doit constamment négocier avec ses partenaires, dont les intérêts peuvent diverger fortement. C’est cette réalité qui explique à la fois la richesse du débat démocratique israélien et son instabilité chronique.
Dans ce système, la politique est avant tout un exercice d’équilibre. Et face à une figure aussi structurante que Benjamin Netanyahou, la capacité à rassembler reste la clé du pouvoir.



Commentaires