La destruction des forêts tropicales ralentit mais reste inquiétante
Cette vue aérienne montre la déforestation des mangroves en bord de côte près de Hamilton, le 12 avril 2026. ©GEMMA BONFIGLIOLI / AFP

Après une année record, le rythme de destruction des forêts vierges tropicales s'est infléchi en 2025 mais reste à des niveaux inquiétants, et cette accalmie pourrait n'être qu'éphémère, a annoncé mercredi l'observatoire de référence.

Les régions tropicales ont perdu l'an dernier 4,3 millions d'hectares de forêt primaire, une superficie équivalente à celle du Danemark, selon les données collectées par satellite et analysées par Global Forest Watch, observatoire du groupe de réflexion américain World Resources Institute (WRI) avec l'université du Maryland.

Cela représente une baisse de 36% par rapport à 2024, où la destruction de ces forêts, essentielles pour la biodiversité, l'approvisionnement en eau ou le stockage du carbone, avait atteint un record avec la disparition de 6,7 millions d'hectares.

Si cette baisse est «encourageante» et démontre la pertinence de certaines actions gouvernementales, selon Elizabeth Goldman, codirectrice de Global Forest Watch, elle pourrait n'être que temporaire et n'enlève rien au caractère dramatique de la déforestation mondiale.

«Toute bonne année est bonne à prendre, mais il faut que les bonnes années durent éternellement si l'on veut préserver la forêt tropicale», a déclaré Matt Hansen, professeur à l'université du Maryland.

Malgré les progrès récents, c'est toujours l'équivalent de 11 terrains de football de forêts primaires qui disparaissent dans le monde chaque minute, rappelle le rapport.

Et les pertes de forêts tropicales restent toujours 46% plus élevées qu'il y a dix ans.

Dans ce contexte, l'objectif mondial de stopper la déforestation d'ici 2030 semble difficile à atteindre, les niveaux actuels étant 70% trop élevés par rapport à la trajectoire nécessaire, souligne Global Forest Watch.

Progrès fragiles et contrastés

Une grande partie de l'amélioration de 2025 est due au Brésil, qui abrite la plus grande forêt tropicale du monde.

Sous l'effet de politiques volontaristes, le pays a réduit sa déforestation primaire non liée aux incendies de 41% par rapport à 2024, atteignant son niveau le plus bas jamais enregistré.

D'autres pays ont également réduit la destruction de leurs forêts tropicales, comme la Colombie (-17%), ou maintenu des niveaux inférieurs aux années précédentes, notamment la Malaisie et l'Indonésie.

Mais ces progrès restent fragiles face à des pressions comme l'expansion agricole ou l'exploitation minière.

Dans le même temps, la déforestation reste élevée en Bolivie, en République démocratique du Congo, au Cameroun et à Madagascar.

La menace des incendies

La couverture forestière mondiale a baissé de 14% en 2025. Si l'agriculture reste la principale cause de déforestation, les incendies jouent un rôle croissant, représentant 42% des pertes globales.

«Au cours des trois dernières années, les incendies ont détruit plus de deux fois plus de couverture forestière qu'il y a vingt ans», a souligné Elizabeth Goldman.

Au Canada, les feux ont ravagé 5,3 millions d'hectares, faisant de 2025 la deuxième pire année jamais enregistrée.

En France, les pertes liées aux incendies ont été sept fois plus élevées qu'en 2024.

Selon le Giec, dans un monde réchauffé de 4°C, la fréquence des incendies pourrait augmenter d'environ 30% et les surfaces brûlées de 50 à 70%.

Global Forest Watch estime que 2026 sera une année déterminante, notamment avec le retour possible du phénomène El Niño et plusieurs échéances politiques dans les pays forestiers.

Par Delphine PAYSANT / AFP

 

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