Le retrait de soldats américains d'Allemagne ravive les angoisses de l'Europe sur la défense
Des soldats américains se tiennent devant des chars à la base d’entraînement de l’armée américaine à Grafenwöhr, dans le sud de l’Allemagne, le 13 juillet 2022. ©Christof Stache / AFP

«Message reçu cinq sur cinq»: secoués par leur tumultueux allié Donald Trump, qui a décidé de réduire le nombre de soldats américains en Allemagne sans les en avertir, les Européens se sont engagés lundi à muscler encore leurs efforts de défense.

Depuis le retour du milliardaire républicain à la Maison Blanche, les dirigeants du Vieux continent vivent sous la menace constante d'un désengagement américain de l'Otan, une inquiétude qui a trouvé sa traduction la plus concrète à ce jour.

Le président américain a averti ce week-end qu'il comptait réduire drastiquement le nombre de soldats américains stationnés en Allemagne, au-delà du retrait de 5.000 soldats déjà annoncé et qui doit intervenir au cours des prochains mois.

Ce, après avoir déjà retiré des forces de Roumanie et tordu le bras des Européens pour qu'ils s'engagent collectivement à investir 5% de leur PIB dans la défense.

«Aucune stratégie»

Le nombre de soldats américains présents en Europe au cours des dernières années n'a cessé de fluctuer.

Il a bondi à plus de 100.000 soldats sous la présidence de Joe Biden juste après l'invasion russe de l'Ukraine en 2022. Avant de refluer à son niveau d'avant guerre. Donald Trump cherche lui progressivement à le faire baisser encore.

Les critiques du chancelier allemand Friedrich Merz sur la guerre menée par les Etats-Unis en Iran ont-elles précipité ce désengagement ?

Le chef du gouvernement allemand a estimé il y a une semaine que «les Américains (n'avaient) visiblement aucune stratégie» en Iran et que Téhéran «humiliait» la première puissance mondiale.

Les Etats-Unis ont dans la foulée annoncé la réduction de leur présence militaire en Allemagne, représentant environ 15% des 36.000 soldats américains stationnés dans le pays.

«Message reçu»

Réunis lors d'un sommet en Arménie lundi, l'Europe et le Canada ont cherché à faire front uni face aux soubresauts de Donald Trump. Tout en actant qu'ils restent encore fondamentalement dépendants des États-Unis sur la défense.

«Les Etats-Unis ont été quelque peu déçus par la réaction européenne face à la situation actuelle au Moyen-Orient», a euphémisé le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Mark Rutte, lors d'un sommet européen organisé lundi à Erevan, en Arménie.

«Je dirais que, d'après ce que me rapportent tous mes contacts parmi les dirigeants européens, ceux-ci ont bien compris le message des Etats-Unis, ils l'ont reçu cinq sur cinq» et «passent à la vitesse supérieure» sur ce dossier, a-t-il assuré, toujours soucieux de recoller les morceaux entre le président Trump et les dirigeants européens.

Le moment choisi par Donald Trump pour annoncer ce retrait partiel d'Allemagne était «une surprise», même si cette décision en elle-même était attendue, a souligné de son côté la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas.

«Je pense que cela montre que devons vraiment renforcer le pilier européen de l'Otan et nous devons vraiment en faire plus», a-t-elle ajouté. Sans toutefois mettre de nouvelles mesures sur la table.

«Les Européens prennent leur destin en charge, augmentent leurs dépenses de défense et de sécurité et bâtissent leurs solutions communes», a abondé le président français Emmanuel Macron.

Mais pas question pour Paris d'accéder à toutes les demandes du président américain, a-t-il prévenu.

Sous la pression de Donald Trump, l'Otan s'est fixé l'an dernier, lors d'un sommet à La Haye, un nouvel objectif: 3,5% de dépenses militaires d'ici 2035 ainsi que 1,5% consacré à des dépenses liées à la sécurité, soit un total de 5% du PIB.

Mais seuls trois pays seulement remplissaient l'an dernier cet objectif de 3,5%: la Pologne, la Lettonie et la Lituanie.

«Nous devons muscler nos capacités militaires pour nous défendre et nous protéger nous-mêmes», a reconnu à Erevan la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

L'Europe a dégagé d'importants moyens pour investir dans son réarmement, mais «ce que nous devons faire maintenant, c'est accélérer la production», a-t-elle insisté.

AFP

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