Dix ans après le crash d'Egyptair, la perspective d'un non-lieu indigne les familles
Le parquet de Paris a requis un non-lieu dans le crash d’EgyptAir, contesté par les familles des victimes. ©Photo by FRANCOIS GUILLOT / AFP

Dix ans après le crash d’EgyptAir en 2016, le parquet de Paris réclame un non-lieu général, au grand dam des familles des 66 victimes qui dénoncent une «justice bâclée» exonérant la compagnie de toute responsabilité.

Le vol MS 804, reliant Paris au Caire, s’est abîmé en mer Méditerranée le 19 mai 2016 entre la Crète et la côte nord de l’Égypte. Les 66 personnes à bord, dont 40 Égyptiens et 15 Français, ont péri.

Près d’une décennie plus tard, le 7 avril dernier, le parquet demande un non-lieu général, au motif que l’enquête n’a «pas permis de caractériser d’autres fautes que celles» des membres d’équipage, tous décédés, a indiqué une source proche du dossier à l’AFP.

Les juges d’instruction doivent désormais décider s’ils prononcent un non-lieu ou acceptent les demandes des parties civiles. Celles-ci souhaitent des investigations complémentaires et réclament toujours la mise en examen de la compagnie égyptienne, notamment sur la maintenance de l’appareil.

«Déni de justice» 

«Envisager un non-lieu aujourd’hui, c’est envisager un déni de justice, alors que les parties civiles ont plusieurs demandes en attente devant la chambre de l’instruction», réagit auprès de l’AFP Me Sébastien Busy, avocat de nombreuses familles et de la Fenvac, la principale association de victimes.

«L’instruction aurait peut-être dû par exemple s’inquiéter des consignes qui autorisaient à fumer dans le cockpit, à accepter des personnes dans le cockpit, ainsi qu’à y diffuser de la musique en continu», souligne-t-il.

La famille de Clément Cormary Daeschner, l’une des victimes, demande «que la justice poursuive les investigations nécessaires afin que la vérité puisse être établie de manière complète, sérieuse et conforme aux données factuelles du dossier», fait savoir à l’AFP son avocat, Me Antoine Lachenaud.

Le parquet, dans son réquisitoire définitif daté du 7 avril, estime que l’accident résulte d’un incendie déclenché par la rencontre «d’une fuite d’oxygène provenant du boîtier de rangement du masque à oxygène du pilote» et d’une «source de chaleur inconnue» dans le cockpit.

L’incendie, violent et brutal, n’a laissé aucune chance à l’équipage ni aux passagers. Le parquet estime que cette fuite d’oxygène est due à «l’engagement intempestif» d’un bouton d’urgence par le copilote.

Elle a de plus «eu lieu dans un contexte de fond musical et d’une attitude de l’équipage considérée comme trop peu professionnelle», selon les experts cités.

«Victimisation secondaire» 

Du côté des familles de victimes, règne «le sentiment d’une justice bâclée et d’être abandonnées», selon un communiqué.

Le parquet se base sur des «conclusions tronquées», contestent-elles, en contradiction avec celles du Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA), qui n’excluait pas une défaillance technique.

«La justice française n’est pas crédible dans ce dossier», dénoncent-elles.

Elles estiment ne pas pouvoir accepter un non-lieu tant que toutes les pistes n’ont pas été explorées, et dénoncent aussi une «victimisation secondaire» après dix ans de procédure.

Les juges français se sont également heurtés à une coopération difficile avec les autorités égyptiennes.
 

AFP

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