Triomphe pour le PSG, mais (encore) des débordements en France
Cette image montre des policiers français procédant à l’interpellation d’un homme, tandis que la fumée des gaz lacrymogènes se répand après des tirs visant à disperser les supporters du Paris Saint-Germain lors de la finale de la Ligue des champions entre le PSG et Arsenal FC, à Paris, le 30 mai 2026. ©LOU BENOIST / AFP

Des débordements et des violences ont eu lieu à Paris et dans d’autres villes de France samedi à l’occasion de la victoire du Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des champions face à Arsenal. Ce genre de violences s’est déjà produit à de multiples reprises en France ces dernières années, y compris à l’occasion de rencontres sportives. Comment l’expliquer ? Nous avons posé la question au sociologue Gérard Mauger, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Samedi 30 mai, le Paris Saint-Germain est entré un peu plus dans l’histoire du football européen en remportant sa deuxième finale de Ligue des champions d’affilée. On n’avait plus vu un tel scénario depuis le sacre du Real Madrid en 2018 — année où ce club avait remporté sa troisième Ligue des champions d’affilée sous l’ère Zinédine Zidane.

Mais des débordements, des violences et des scènes de chaos ont eu lieu samedi soir à Paris et dans d’autres villes de France suivant cette (nouvelle) victoire historique du PSG – tout comme l’an dernier.

«Plus de 890 interpellations» en France

Au total, samedi et dimanche, il y a eu «plus de 890 interpellations, en hausse de plus de 45%» par rapport à 2025, lorsque le club parisien avait remporté son premier trophée européen, selon le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui s’est exprimé lundi matin chez nos confrères de la radio France Inter. 

Même tonalité de la part du préfet de police de Paris, Patrice Faure, qui, sur la radio RTL, a mis en avant une hausse des interpellations à Paris à mettre en regard avec «une baisse de 30% des faits» par rapport à 2025.

Lors de ce week-end, les forces de l'ordre, parmi lesquelles le ministre de l'Intérieur a dénombré «178 blessés», ont été «soumises à des agressions systématiques, jets de projectiles, et tirs de mortiers (d'artifice) qui ont explosé».

Déjà dimanche en fin d’après-midi, en condamnant les débordements et violences survenus samedi soir, le président français Emmanuel Macron avait dénoncé des faits «inacceptables», dit son «ras-le-bol», en faisant la distinction entre vrais supporters et auteurs d'exactions. Des propos tenus lors de la réception des joueurs du PSG à l’Élysée.

Les autorités avaient pourtant annoncé la veille du match — et compte tenu des débordements observés l’année dernière lors de la première victoire du PSG en finale — la mise en place d’un dispositif massif de sécurité avec 22.000 policiers et gendarmes mobilisés sur l'ensemble du territoire français, dont 8.000 sur Paris et son agglomération.

Le parquet de Bobigny a par ailleurs indiqué mardi avoir saisi l'Inspection générale de la police nationale (IGPN, la «police des polices») après un signalement du député Aly Diouara (LFI, extrême gauche) affirmant qu'un adolescent de 13 ans a été éborgné samedi soir par un tir de LBD d'un policier à Bobigny, après la victoire du PSG.

«Pas vraiment une nouveauté»

On constate une récurrence des débordements et phénomènes de violence lors d’événements festifs – sportifs ou non, comme, par exemple, la Fête de la musique. 

«La question qui se pose maintenant, c'est l'origine de cette violence. Et de toute évidence, ce n'est pas juste une histoire de nombre de forces de l'ordre déployées», a résumé sur franceinfo la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. Estimant qu'il y avait un «problème de violence endémique en France», elle a jugé qu'on avait un «problème d'éducation, un problème culturel».

«On a un problème avec l'éducation d'une partie de nos fils», a-t-elle ajouté en renvoyant à la responsabilité des parents qui n'empêchent pas leurs enfants mineurs d'être dehors la nuit.

Même interrogation chez Laurent Nuñez : «Pourquoi des jeunes qui sont des voyous, qui sont des jeunes casseurs, qui ont des comportements inadmissibles, profitent des célébrations, des victoires du Paris Saint-Germain, mais pas que?».

Ce phénomène de débordements et de violences lors d’événements particuliers est-il un phénomène social ? A-t-il une origine particulière ? Est-il récent ou ancien ? Gérard Mauger, sociologue et directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), estime que «c'est un phénomène récurrent, certes, mais très ancien (...) les violences émeutières ne sont pas vraiment une nouveauté». Il cite notamment les «Blousons noirs» des années 1950-1960.

Également auteur de Les classes sociales en France (éditions La Découverte, 2024), le sociologue précise en ce qui concerne les profils des auteurs de ces débordements, qu'il s'agit «de bandes de jeunes, issus de familles populaires, qui sont souvent en échec scolaire, des ados entre la fin de l'école sans diplôme et un travail qu’ils cherchent plus ou moins».

Ces jeunes, dit-il également, «font les idiots entre eux»: il s’agit de «cultiver collectivement les valeurs de virilité, de la force physique et, pour parler de façon un peu plus savante, ce qu'on peut appeler leur capital agonistique, c'est-à-dire la capacité individuelle et collective de se battre».

Le sociologue explique que celle-ci «s'éprouve d'abord en se battant entre soi, il s'agit de savoir qui est le plus fort, qui est capable de relever tel ou tel défi… Dans cette perspective, c'est aussi une histoire fort ancienne, la police est perçue comme une bande rivale. On regarde s'ils sont plus forts, plus nombreux… Défier la police, c'est une espèce de test de ses capacités, du volume de son capital agonistique» .

Le sociologue met cependant un élément en avant. «Il se trouve que depuis un certain nombre d'années, ces jeunes sont souvent d'origine immigrée. C'est sans doute là, la (relative) nouveauté visible. Le phénotype déclenche un racisme latent ou explicite».

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