L'ONG Amnesty International a publié ce lundi un rapport glaçant: en 2025, 2.707 personnes ont été exécutées dans le monde, le chiffre le plus élevé enregistré depuis 1981. L'Iran en concentre à lui seul 2.159 – soit plus du double de son bilan de l'année précédente, et le nombre le plus élevé depuis la fin des années 1980 selon Human Rights Watch.
Derrière cette statistique vertigineuse se dessine une logique d'État froide et délibérée, documentée par plusieurs organisations de surveillance indépendantes.
Le calcul de la terreur
Il serait inexact de lire dans cette flambée une simple brutalité incontrôlée. L'analyse publiée en juin 2025 par la Fondation Heinrich Böll le formule sans ambiguïté: la peine de mort fonctionne pour le régime iranien comme «un mécanisme de dissuasion calculé, conçu pour fracturer les mouvements de protestation et supprimer la résistance à la racine». La violence commence dès l'accusation, bien avant la corde, répandant la peur, l'incertitude et un traumatisme psychologique parmi les détenus et leurs familles.
Cette instrumentalisation n'est pas nouvelle. La révolution de 1979 a transformé la peine capitale d'exception en routine répressive, avec un paroxysme dans les années 1980 marquées par des exécutions de masse et des fosses communes pour les prisonniers politiques.
Mais la décennie en cours marque une nouvelle étape: depuis le soulèvement «Femme, Vie, Liberté» de 2022, les exécutions sont systématiquement déployées pour écraser chaque nouveau cycle de contestation populaire.
La mécanique judiciaire de la terreur
Le Centre pour les droits humains en Iran (CHRI) a documenté dans un rapport publié en avril comment cette stratégie se traduit concrètement en procédures judiciaires. Entre le 17 mars et le 27 avril seulement, au moins 22 prisonniers politiques ont été pendus, soit une exécution tous les deux jours, dont dix arrêtés lors des manifestations de janvier. Ces exécutions ont été menées en secret, sans préavis aux familles ni aux avocats, sur la base d'aveux extorqués sous la torture.
Les profils des condamnés illustrent l'ampleur du filet judiciaire: une mère de deux enfants âgée de 45 ans arrêtée lors des manifestations, un jeune homme né en 2002 condamné pour avoir scandé des slogans, trois adolescents de 17 ans dont les sentences ont été confirmées par la Cour suprême. Ehsan Hosseinipour Hesarlou, 18 ans, a été contraint, sous la menace d'une arme introduite dans sa bouche, à avouer une implication dans un incendie de mosquée. Amnesty International a établi que des agents l'avaient arrêté avant même que l'incendie ne se produise.
La dimension ethnique est aussi frappante. Human Rights Watch souligne que la peine de mort frappe de manière disproportionnée les minorités: Kurdes, Baloutches, Arabes ahvazis, Afghans. Naser Bakarzadeh, 27 ans, kurde et sunnite, a résumé sa situation dans un message audio depuis sa prison d'Urmia: «Mon premier "crime" est d'être kurde Mon second est d'être sunnite».
La guerre comme accélérateur
Le déclenchement du conflit avec Israël en juin 2025, puis l'élargissement des hostilités en février ont servi de catalyseur à une répression redoublée. Le régime a transformé le contexte de guerre en justification universelle pour liquider toute dissidence intérieure. En octobre 2025, le président Massoud Pezeshkian a signé une loi d'urgence élargissant le recours à la peine de mort pour des charges de sécurité nationale formulées de manière délibérément vague.
Les déclarations officielles ne laissent aucun doute sur la nature politique de la démarche. Le 5 mars dernier, un membre de la Commission de sécurité nationale du Parlement a affirmé publiquement sur la chaîne d'État IRIB: «Quiconque en Iran fait entendre une voix qui rejoint celle de l'ennemi – leur sol, c'est Tel-Aviv et leur tête, c'est Netanyahou. Leur ordre d'exécution a été émis.» Le chef du pouvoir judiciaire a pour sa part ordonné en avril que les dossiers soient transmis aux tribunaux en une seule journée et que les interrogatoires se tiennent directement dans les prisons.
L'impunité comme horizon
Face à cette mécanique, la réponse internationale reste symbolique. La fondation Böll rappelle que des pressions diplomatiques concrètes ont déjà contraint Téhéran à des ajustements. En juillet 2025, quatorze pays occidentaux – dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne – ont publié une déclaration commune dénonçant la multiplication des complots iraniens visant à assassiner ou kidnapper des dissidents, des journalistes et des citoyens juifs en Europe et en Amérique du Nord. Le fait que le régime ait modéré certaines de ses opérations lorsqu'exposé publiquement suggère qu'une pression similaire, appliquée aux exécutions intérieures, reste inexploitée. Mais lorsqu'il s'agit d'exécutions, les intérêts géopolitiques l'emportent systématiquement sur les droits humains, et la pression diplomatique reste sans effet mesurable.
La Commission d'enquête de l'ONU a averti en octobre 2025 que si les exécutions s'inscrivent dans une attaque systématique contre la population civile en tant que politique d'État, les responsables – y compris les juges qui prononcent les sentences – pourraient être tenus comptables de crimes contre l'humanité. Une qualification qui, pour l'heure, n'a produit aucune conséquence tangible pour Téhéran.




Commentaires