Le pape Léon XIV en France: «On renoue avec une tradition que le pape François avait rompue» 
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Le pape Léon XIV effectuera sa première visite officielle en France du 25 au 28 septembre prochain. Pour en savoir plus sur les enjeux de cette visite, Ici Beyrouth a interrogé François Mabille, spécialiste des acteurs religieux dans les relations internationales et notamment de la diplomatie pontificale. Il est également directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux au sein de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

C’est officiel. La France – «fille aînée de l’Église» selon la célèbre formule – accueillera le pape Léon XIV entre les 25 et 28 septembre 2026. Ce sera la première visite d’État du souverain pontife en France. Bien que l’information ait été évoquée par la Conférence des évêques de France (CEF) dans un communiqué le 6 mai, elle est confirmée par le Vatican dix jours plus tard, le 16 mai.

Cette (future) venue du pape Léon XIV en France a été saluée par le président français Emmanuel Macron dans un message sur son compte X. «Nous nous réjouissons que Sa Sainteté le Pape Léon XIV ait confirmé son voyage en France. Cette visite en septembre prochain sera un honneur pour notre pays, une joie pour les catholiques et un grand moment d’espérance pour tous», avait écrit le chef de l’État français.

Il s’agira du cinquième voyage apostolique du pape Léon XIV depuis le début de son pontificat, il y a un peu plus d’un an.

Un programme qui reste à préciser

En ce qui concerne le programme précis du pape Léon XIV en France, il n’a pas encore été entièrement précisé par le Vatican. Le Saint-Siège a néanmoins indiqué dans son communiqué que le souverain pontife doit visiter le siège de l’Unesco à Paris sans indiquer d’autres lieux. Il «pourrait se rendre à Paris et à Lourdes (lieu de pèlerinage dans le sud-ouest de la France, NDLR)», avait de son côté indiqué le communiqué du CEF le 6 mai. À noter que la ville de Lourdes avait déjà accueilli les papes Jean-Paul II (en 1983 et en 2004) et Benoît XVI en 2008.

«Le déplacement (du pape, NDLR) en Afrique a permis de comprendre que certaines thématiques comme celle de la paix étaient importantes pour le pape. Si l’on reste sur cette thématique-là, on peut penser qu’il y a un renforcement des liens ou simplement une possible coopération qui peut s'annoncer entre une diplomatie renouvelée et la France sur les questions de paix, notamment au Proche-Orient, avec la question, aussi, de la minorité chrétienne du Proche-Orient. Là, il peut y avoir un axe fort», indique François Mabille, spécialiste des acteurs religieux dans les relations internationales – notamment de la diplomatie pontificale. Il est également directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux au sein de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Parmi les autres sujets qui pourraient également être abordés lors de la visite du pape: le droit international. «Comme le pape n'a cessé d'insister sur le respect du droit international – ça a également été la position française et européenne de manière générale –, on peut penser que ça sera un sujet qui sera qui sera également traité. Il s’agira de savoir comment la France et le Saint-Siège, chacun dans son ordre propre, peuvent contribuer à renforcer le soutien au droit international et aux institutions internationales. Il y a la visite à l’Unesco qui se profile, c'est donc une façon d'insister sur cet aspect-là», explique ainsi François Mabille.

Première visite d’État d’un pape depuis 2008

Il faut remonter en 2008 pour retrouver la trace du dernier voyage d’État effectué par un souverain pontife dans l’Hexagone. Il s’agissait alors de Benoît XVI. Car bien que le prédécesseur de Léon XIV, le pape François, se soit rendu à trois reprises en France (à Strasbourg, Marseille et Ajaccio), il n’y a jamais effectué de visite d’État durant ses douze années de pontificat. Il était également absent de la cérémonie de réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

«On renoue avec une tradition que le pape François avait rompue (…) Le Saint-Siège et le pape visitent des pays habituellement visités lors d'un pontificat. Jean-Paul II était venu en France, tout comme Benoît XVI. Léon XIV reprend cette tradition-là, avec l'idée qu’il y a des pays – quelle que soit d'une certaine manière la vitalité du catholicisme – qui sont importants pour l'Église catholique», indique François Mabille. Il ajoute que «le voyage reprend vraiment celui de Jean-Paul II, qui était allé à l'Unesco, donc on reprend cet aspect-là».

Concernant le pape François, les visites qu’il avait effectuées en France étaient «des visites pastorales, avec des lieux qui étaient pour lui symboliques de sa pastorale, si l’on peut dire, des périphéries», précise François Mabille.

Comment «se positionner par rapport au catholicisme français»

Cette visite confirme par ailleurs le retour du pape dans les pays européens à l'histoire étroitement liée au catholicisme et en voie de déchristianisation, illustrant la volonté de l'Église de dialoguer malgré des fractures grandissantes sur divers sujets éthiques et politiques.

Cette visite intervient également dans un double contexte. Premièrement, celui d’une France connaissant de multiples tensions: identitaire, sociale, mais également tension entre une tradition catholique multiséculaire et une société qui s'en est largement éloignée. Deuxièmement – et paradoxalement –, un contexte de hausse notable du nombre de baptêmes d'adultes et d’adolescents. Cette année encore, ces demandes ont fortement augmenté, à plus de 21.000 au total.

«Tout déplacement, notamment un voyage d'État, a nécessairement deux dimensions. D’abord, la rencontre avec les autorités politiques généralement. En Corse, le président Macron s'était tout de même déplacé pour rencontrer le pape, même si ce n’était pas une visite d'État. Le deuxième aspect, c'est bien évidemment la visite pastorale», explique François Mabille. «Et là, en l'occurrence, ça sera intéressant de voir comment le pape Léon va se positionner par rapport au catholicisme français et on va voir si les narratifs qui commencent à poindre de la part des évêques ou cardinaux français ont un sens ou non», conclut le spécialiste.

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