Inapplicable. C’est ainsi que l’on pourrait résumer le calendrier des convois de retour des déplacés syriens tel qu’annoncé depuis le début de l’année 2026.
Sur le papier, des départs devaient être organisés presque chaque semaine entre janvier et juin, sous la coordination de la Sûreté générale libanaise (SG), du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Dans les faits, le mécanisme s’est rapidement essoufflé. Selon une source de la Sûreté générale interrogée par Ici Beyrouth, aucun convoi collectif n’a eu lieu après février 2026. Une suspension qui s’explique par une combinaison de facteurs. Lesquels?
La guerre au Liban et l’instabilité en Syrie
Entre janvier et juin 2026, dix-huit départs étaient programmés aux dates suivantes: 28 janvier, 25 février, 18 et 25 mars, puis chaque semaine en avril, mai et début juin. Pourtant, seuls deux convois ont effectivement eu lieu.
«Les mouvements de retour prévus en janvier et février se sont déroulés comme prévu», souligne-t-on de source du HCR, contactée par Ici Beyrouth. «Toutefois, à la suite des hostilités déclenchées le 2 mars et afin de garantir la sécurité des transports organisés, le HCR et l’OIM ont reporté les autres opérations de retour organisées», poursuit-on.
On rappelle, dans ce sens, que le 2 mars 2026, la guerre a repris entre Israël et le Hezbollah, marquant l’effondrement du cessez-le-feu conclu en novembre 2024.
Un mois plus tard, soit le 4 avril 2026, le poste-frontière de Masnaa, point central du dispositif de retour vers la Syrie, est affecté par le conflit. Ce passage, qui relie la Békaa à Damas et qui constitue la principale porte terrestre entre les deux pays, a fait l’objet d’une mesure d’évacuation.
L’armée israélienne avait alors émis un avertissement visant Masnaa et la route qui y mène, en affirmant que le secteur pourrait être ciblé en raison de son utilisation supposée à des fins militaires. Cette annonce avait provoqué une fermeture immédiate du site par les autorités libanaises, dans un contexte de crainte d’une frappe imminente. Les opérations de transit ont alors été suspendues et le passage a été vidé de ses activités civiles et logistiques.
Bien que le passage ait été rouvert quelques jours plus tard à la suite de médiations diplomatiques, notamment américaines, cet épisode a contribué à paralyser durablement les mouvements organisés de retour.
Dans ce contexte, le HCR considère la situation actuelle comme «un cas de force majeure, c’est-à-dire un événement imprévu échappant au contrôle des réfugiés, du HCR ou du gouvernement hôte».
Aujourd’hui, «le HCR et l’OIM coordonnent étroitement avec le gouvernement libanais afin d’évaluer le moment où les conditions seront réunies pour permettre la reprise de retours organisés vers la Syrie, dans des conditions sûres et dignes», précise-t-on de source onusienne.
Initiatives individuelles
Pour de nombreux déplacés et au vu de la suspension du dispositif officiel, le processus de retour s’est transformé en «mécanisme essentiellement individuel». Dès lors, beaucoup de Syriens ont commencé à quitter le Liban par leurs propres moyens plutôt qu’à travers des opérations collectives encadrées, comme nous le précise le responsable de la SG.
Une assertion que confirme le HCR. Selon l’instance, de nombreux déplacés «accélèrent leur retour ou quittent le pays à la recherche de sécurité, estimant ne disposer d’aucune alternative viable autre que le départ».
Dans ces cas de départs liés au contexte de force majeure, le rôle de l’agence onusienne est «de limiter les risques». Le HCR fournit ainsi, comme expliqué de source susmentionnée, des informations essentielles sur les documents d’identité et d’état civil, les services disponibles en Syrie, ainsi qu’un soutien financier ponctuel pour faciliter le retour.
«Comme dans le cadre du programme régulier de rapatriement volontaire, les réfugiés quittant le Liban pour retourner en Syrie reçoivent 100 dollars américains par personne de la part du HCR», précise-t-on. Cette aide couvre notamment le transport jusqu’aux points de passage frontaliers, les dépenses alimentaires durant le trajet et les besoins immédiats à l’arrivée en Syrie.
Les dossiers des personnes concernées sont ensuite transmis à la Direction générale de la Sûreté générale pour faciliter le passage aux frontières, ainsi qu’aux équipes du HCR en Syrie pour assurer le suivi et l’assistance sur place.
«Malgré les insuffisances de financement, le HCR continue de fournir une assistance essentielle aux réfugiés et aux personnes déplacées internes les plus vulnérables au Liban. Cette aide est apportée en fonction des besoins et des ressources disponibles», note-t-on de source susmentionnée.
Départs en chiffres
Entre janvier 2025 et avril 2026, environ 630.000 déplacés syriens connus du HCR sont retournés en Syrie depuis le Liban et ont été retirés des registres de l’agence, dont environ 69.000 dans le cadre du programme de rapatriement volontaire.
Selon les autorités syriennes, entre le début du conflit en mars et le 25 mai 2026, plus de 510.365 personnes ont traversé la frontière libano-syrienne, dont plus de 415.175 Syriens et 95.190 Libanais.
«La décision de retour dépend de plusieurs facteurs, notamment la disponibilité et l’accès au logement, aux services de base, à la santé, à l’éducation et aux moyens de subsistance en Syrie», déclare notre interlocuteur. Et d’insister: «Moins d’un million de réfugiés syriens connus du HCR demeurent encore au Liban.
L’enquête sur les intentions de retour, menée par le HCR en décembre 2025, indique que 15% des Syriens encore présents au Liban affirmaient envisager un retour en Syrie dans les 12 prochains mois.
De nouvelles entrées?
Si la guerre et, par conséquent, l’arrêt des convois organisés entravent le processus de retour des déplacés syriens, un autre problème vient s’y ajouter. Depuis plusieurs mois, des mouvements inverses ont été observés dans le pays, avec l’arrivée au Liban de nouveaux déplacés syriens, particulièrement à la suite des violences communautaires et des tensions sécuritaires survenues dans certaines régions syriennes après le changement de régime, mais aussi et surtout en raison de la situation précaire en Syrie.
Il faut dire que malgré les évolutions politiques récentes, le pays connaît toujours une crise économique, marquée par le chômage, l’inflation, la destruction d’infrastructures essentielles et l’absence de services de base dans plusieurs régions. L’ensemble de ces éléments rend, de fait, tout retour durable particulièrement incertain. Jusqu’à quand ?




Commentaires