Daniel Jade quitte Roland-Garros sans trophée, mais avec un nouveau statut. À 17 ans, le joueur libano-français a enchaîné une victoire de prestige en qualifications seniors, un premier titre professionnel à Carnac, puis une finale du double garçons avec Mathys Domenc. Une quinzaine sans sacre parisien, mais avec un vrai changement de dimension.
Il n’a pas gagné la finale, mais il a gagné autre chose: une place dans le paysage. Daniel Jade et Mathys Domenc se sont inclinés en finale du double garçons de Roland-Garros face aux Allemands Jamie Mackenzie et Vincent Jakob Reisach, têtes de série n°8, sur le score de 6-1, 6-4. La marche était trop haute, mais le parcours reste remarquable: une finale de Grand Chelem juniors, à 17 ans, sur la terre battue parisienne, après avoir notamment sorti Jack Kennedy et Keaton Hance, têtes de série n°2, en demi-finale.
Une quinzaine en trois temps
Le Roland-Garros de Daniel Jade avait commencé par un coup d’éclat chez les grands. Invité en qualifications seniors, classé au-delà de la 1400e place mondiale, il avait dominé Daniel Evans, ancien 21e mondial, 6-4, 6-4. Le rêve du tableau principal s’était ensuite arrêté contre le Danois August Holmgren, 6-3, 6-3, mais le message était déjà passé: le plus jeune joueur engagé dans ces qualifications n’était pas venu pour apprendre en silence.
Entre cette sortie des qualifications et son retour dans le tournoi juniors, Jade a ajouté une ligne importante à son début de carrière: un premier titre professionnel au M25 de Carnac, remporté en finale contre Arthur Nagel, 6-2, 6-2. Puis il est revenu à Roland-Garros pour disputer le tableau juniors, avec une victoire en simple au premier tour contre l’Espagnol Valentin Gonzalez-Galino, avant une défaite face à l’Américain Jack Kennedy, tête de série n°4.
Mais c’est en double, avec Mathys Domenc, que l’aventure a pris le plus d’épaisseur. Les deux Français ont avancé jusqu’en finale, en passant par un quart gagné au super tie-break contre Safir Azam et Dan Brand, puis une demi-finale maîtrisée contre Kennedy et Hance. La finale a échappé au duo français, mais pas la lumière.
De Beyrouth à la Normandie
L’histoire de Daniel Jade dépasse le simple tableau des résultats. Né au Liban, il quitte Beyrouth après l’explosion du port en 2020 et rejoint la Normandie avec son frère William. Le tennis, déjà présent dans sa vie grâce à son père Samy, devient alors un chemin de progression, de reconstruction et d’ancrage. Mont-Saint-Aignan lui offre un cadre, avant que son parcours ne l’amène vers les structures du tennis français et le Centre national d’entraînement à Paris.
En quelques années, Jade passe du déracinement à l’élite des catégories jeunes. Champion de France, champion d’Europe par équipes avec la France, vice-champion d’Europe individuel U14, puis vainqueur de trois tournois juniors d’affilée ce printemps, il avance vite. Très vite. Son entraîneur Stéphane Huet a trouvé l’image juste: Daniel Jade aurait “deux propulseurs de fusée Ariane dans les jambes”. La formule colle au joueur: explosif, mobile, intense, mais encore en pleine construction.
Plus qu’un résultat, un signal
À Roland-Garros, Jade a montré un aperçu complet de son potentiel: l’audace face à Evans, l’apprentissage face à Holmgren, la capacité de rebond à Carnac, puis la solidité en double jusqu’à une finale majeure chez les juniors.
Pour le Liban, son parcours garde une résonance particulière. Daniel Jade représente la France, mais son histoire commence à Beyrouth. Après Hady Habib, qui avait porté directement les couleurs libanaises en Grand Chelem, Jade incarne une autre trajectoire: celle d’un joueur aux racines libanaises, façonné par le tennis français, et désormais révélé sur la scène de Roland-Garros.
La fusée n’est pas encore en orbite. Mais son décollage est bien lancé.




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