Les bêtes noires des compagnies aériennes: taxes et règlements plutôt que la guerre
Réunies à Rio de Janeiro, les compagnies aériennes mondiales se disent davantage préoccupées par les taxes et les réglementations qu'elles jugent excessives que par la guerre au Moyen-Orient. ©Pexels

Les taxes et les réglementations jugées trop contraignantes sont au cœur des préoccupations des compagnies aériennes, selon les interventions lors du congrès à Rio de Janeiro de leur organisation professionnelle, qui s'est en revanche montrée discrète sur la guerre au Moyen-Orient.

Ce conflit, lancé par les États-Unis et Israël, a fait bondir les prix du pétrole et du carburant, pesant lourdement sur la rentabilité d'un secteur déjà fragile.

«Nous prévoyons des prix du carburant 70% plus élevés que l'année dernière. Cela ajoutera 100 milliards de dollars à notre facture collective de carburant cette année», a expliqué le directeur général de l'Association du transport aérien international (IATA), Willie Walsh.

Réunis dans un hôtel en bord d'océan, les participants à l'assemblée générale de l'IATA, qui s'achève lundi, ont longuement débattu de cette problématique, sans jamais mentionner directement le président américain Donald Trump ou le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.

«Un événement sur lequel vous n'avez aucun contrôle (...) est-ce que ça vous embête?», a fini par demander lors d'une table ronde le journaliste vedette de CNN, Richard Quest, à plusieurs dirigeants de compagnies aériennes.

Güliz Öztürk, directrice générale de la compagnie turque Pegasus Airlines, lui a répondu avec diplomatie que le quotidien des transporteurs consistait précisément à s'adapter à des événements imprévus.

Un an plus tôt, lors du congrès organisé à New Delhi, Donald Trump était pourtant au centre de toutes les discussions en raison de sa guerre commerciale et de ses hausses de droits de douane.

«On pensait que c'était la fin du monde», a plaisanté devant la presse l'économiste en chef de l'IATA, Marie Owens Thomsen, en évoquant l'édition 2025.

Cette année, ni les déclarations imprévisibles du président américain ni ses annonces répétées d'un accord imminent avec l'Iran n'ont véritablement alimenté les débats.

Le Brésil pas épargné

Lors d'une présentation consacrée à l'approvisionnement en kérosène, l'IATA a donné la parole au cabinet S&P Global Energy, qui a notamment évoqué l'hypothèse d'un «bourbier» prolongé dans le Golfe perturbant encore plusieurs mois les exportations de pétrole et de carburant.

Interrogée sur la possibilité d'une guerre durable impliquant les États-Unis, comparable à celle du Vietnam, la directrice de recherche du cabinet, Eleanor Budds, s'est montrée prudente.

«Le bourbier est un scénario (...) Cela ne signifie pas que nous nous attendons à ce qu'il se réalise», a-t-elle expliqué.

Relancée sur le risque d'une pénurie de kérosène dans le scénario le plus extrême, elle a insisté: «Dans notre scénario de base, nous n'avons pas de pénuries.»

En revanche, l'IATA n'a pas hésité à critiquer ouvertement plusieurs États accusés d'imposer une fiscalité excessive ou des réglementations jugées pénalisantes pour le secteur.

L'Union européenne a été particulièrement visée. Willie Walsh s'en est notamment pris à un Parlement européen qualifié de «populiste» lorsqu'il défend des dispositifs d'indemnisation renforcée pour les passagers victimes de retards.

Une conférence consacrée aux carburants durables a également servi de tribune pour dénoncer la réglementation européenne imposant une part minimale de carburants non fossiles dans les réservoirs des avions.

L'IATA a aussi critiqué la Tanzanie pour une taxe de 45 dollars par passager, qualifiée de «complètement inacceptable» par Kamil Alawadhi, directeur régional Afrique et Moyen-Orient de l'organisation.

Même le Brésil, pays hôte de l'événement, n'a pas échappé aux critiques à quelques mois des élections présidentielle et législatives.

Après que le vice-président Geraldo Alckmin s'est félicité de l'organisation à Rio de cette 82ᵉ assemblée générale de l'IATA, Willie Walsh a vivement dénoncé le projet du gouvernement brésilien d'appliquer une TVA de 26,5% sur les billets d'avion.

«Ce que le gouvernement gagnera en recettes paraîtra bien faible en comparaison avec les dégâts économiques», a-t-il averti.

Par Hugues HONORÉ / AFP

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