Ce qu'on sait sur le soutien russe à l'Iran
Le président russe Vladimir Poutine et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi se rendent aux pourparlers à la Bibliothèque présidentielle Boris Eltsine à Saint-Pétersbourg, le 27 avril 2026. ©Dmitry Lovetsky / AFP

Depuis le début de l'opération Epic Fury, le 28 février, les transferts militaires russes vers l'Iran font l'objet d'une attention croissante dans les capitales occidentales. Les preuves s'accumulent – photographies, avions de transport, déclarations officielles – mais les zones d'ombre restent considérables. Que sait-on là-dessus ?

Des livraisons confirmées avant le conflit

Les transferts militaires russes vers l'Iran s'inscrivent dans une relation qui remonte à l'effondrement soviétique. Depuis 1991 et dans la continuité de l’Union soviétique, les deux pays entretiennent une relation transactionnelle et asymétrique qui s'est progressivement muée, depuis le début de la guerre en Ukraine, en un véritable partenariat stratégique, selon l'Institut français des relations internationales.

À partir des années 1990, Moscou a remplacé la France et l'Allemagne comme principal partenaire du programme nucléaire civil iranien.

En 2006, 29 systèmes antiaériens mobiles TOR M-1 ont été livrés à l'Iran pour environ un milliard de dollars. C'est dans la continuité de cette relation que s'inscrivent les livraisons récentes : dès 2023, Téhéran a reçu ses premiers avions d'entraînement Yak-130, et selon le Carnegie Endowment, un avion-cargo Antonov An-124 a effectué au moins quatre rotations en 2025 depuis Irkoutsk, ville où l'appareil est produit, vers Téhéran.

En janvier, des vidéos ont établi, toujours selon la même source, la présence en Iran d'au moins six hélicoptères d'attaque Mi-28, que des pilotes iraniens s'entraînaient déjà à piloter au-dessus de la capitale. Le fait est notable : le Mi-28 est activement engagé par la Russie en Ukraine, ce qui rend sa cession à l'Iran d'autant plus significative sur le plan politique.

D'autres transferts ont été révélés non par des fuites officielles, mais par des images circulant sur les réseaux sociaux. La Fondation pour la défense des démocraties (FDD), dans son témoignage devant le Congrès du 21 avril, et Carnegie signalent tous deux l'apparition de fusils de précision russes Orsis T-5000M lors d'exercices des Gardiens de la révolution, sans qu'aucun contrat n'ait jamais été annoncé publiquement. 

Des véhicules blindés Spartak ont quant à eux été filmés en Iran dès fin 2024; Carnegie précise que «des dizaines» d'unités ont été reçues et que ces véhicules ont été utilisés pour réprimer les manifestations de janvier. Moscou et Téhéran semblent donc capables de maintenir une part substantielle de leur coopération hors de tout regard public.

Le renseignement, arme principale du conflit

Au-delà des transferts matériels, c'est le volet renseignement qui a le plus directement pesé sur le déroulement du conflit. Le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées américain, a confirmé que la Russie avait fourni à l'Iran des données satellitaires pour cibler les forces américaines dans la région. Des sources ukrainiennes ont précisé que des satellites russes avaient photographié des bases sensibles – Diego Garcia, la base de l'OTAN à Incirlik, Al Udeid au Qatar – toutes frappées ultérieurement par l'Iran.

Le média allemand Stern a par ailleurs rapporté que le service de renseignement extérieur russe avait compilé une liste d'installations iraniennes surveillées par les satellites américains et l'avait transmise à Téhéran, lui permettant potentiellement d'évacuer des sites vulnérables avant les frappes. Selon le Wall Street Journal, des responsables américains estiment que cette assistance russe au ciblage est «l'une des raisons pour lesquelles des soldats américains ont été blessés ou tués au Moyen-Orient».

Des améliorations technologiques aux conséquences concrètes

Moscou a également amélioré les drones Shahed que l'Iran lui avait initialement fournis depuis 2022. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a déclaré en avril que «les drones iraniens utilisés contre nos partenaires du Golfe intègrent vraisemblablement des améliorations technologiques russes». 

La preuve la plus tangible de ces améliorations est venue de Chypre : l'analyse des débris d'un drone Shahed lancé depuis le territoire libanais contre une base aérienne britannique a révélé la présence d'un système de navigation russe Kometa-B conçu pour contrer le brouillage électronique, selon le Times.

Sur le plan contractuel, la FDD a détaillé devant le Congrès américain, le 21 avril, un accord portant sur 500 missiles sol-air portatifs Verba 9K333, d'une valeur estimée à 589 millions de dollars, dont la livraison est échelonnée entre 2027 et 2029. Un contrat séparé portant sur 48 chasseurs Su-35 – livraison prévue entre 2026 et 2028 – a également été rapporté, bien qu'aucune livraison ne soit confirmée à ce jour.

Ce que l'on ne sait pas encore

Les zones d'ombre restent étendues. Entre décembre 2025 et février 2026, au moins une dizaine d’avions de transport militaires russes ont atterri en Iran, dont six pour le seul mois de février. Leur contenu n'a pas été établi. Par ailleurs, The Economist a rapporté le 7 mai l'existence d'un document du renseignement militaire russe proposant la livraison de 5 000 drones à fibre optique insensibles au brouillage, mais le journal reconnaît ne pas avoir de preuve que ce document a été transmis aux Iraniens ni qu'une quelconque livraison a eu lieu.

Ce que les sources disponibles permettent d'affirmer avec certitude, c'est que le soutien militaire russe à l'Iran est réel, multiforme et croissant, mais que son ampleur totale reste délibérément opaque. Ce que l'on mesure n'est qu'un plancher, pas un plafond.

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