Aoun: Pas de retour aux tutelles, «quelles qu’elles soient»
Une délégation des municipalités du caza de Kesrouan-Ftouh, au palais de Baabda, le 10 juin 2026. ©Présidence libanaise

Le président Joseph Aoun a réitéré mercredi son rejet de toute forme de tutelle étrangère sur le Liban, tout en soulignant que le pays restait ouvert à l’aide de ses partenaires internationaux. «Nous accueillons favorablement l’aide de tout État, mais il y a une grande différence entre l’assistance et l’ingérence dans les affaires intérieures libanaises au service d’intérêts étrangers au détriment de l’intérêt national, ce que nous n’acceptons pas», a-t-il déclaré, insistant sur le fait qu’il était «interdit de revenir à l’ère des tutelles, quelles qu’elles soient».

Ces propos ont été tenus lors d’une rencontre avec une délégation des municipalités du caza de Kesrouan-Ftouh. Le chef de l’État a souligné que l’objectif des négociations en cours à Washington était de permettre à l’État libanais de retrouver pleinement son rôle et sa souveraineté. «Nous ne voulons plus que les Libanais soient dépendants de quiconque, que ce soit à travers une autorité de tutelle ou parce qu’un autre négocie en notre nom», a-t-il affirmé, estimant que le Liban devait reprendre en main ses propres décisions.

Joseph Aoun a défendu le choix des négociations comme moyen de sortir de la crise actuelle, rappelant que les guerres successives n’avaient apporté au pays que des pertes humaines et matérielles considérables. «J’ai pris la décision de négocier et je poursuivrai dans cette voie jusqu’au bout», a-t-il déclaré, jugeant que les conflits armés n’avaient produit «aucun résultat autre que des pertes partagées par tous».

Renforcer l’État et ses institutions

Le président a également insisté sur la nécessité de restaurer l’autorité de l’État et de consolider l’ensemble de ses institutions. Selon lui, le renforcement des institutions sécuritaires, judiciaires et économiques constitue une condition essentielle pour préserver la stabilité du pays et faire face aux défis actuels.

S’adressant au cheikh Akl de la communauté druze, Sami Abi el-Mona, ainsi qu’à des représentants des différentes autorités religieuses, Joseph Aoun a affirmé qu’«il n’est pas possible de vivre en dehors du cadre de l’État». Il a estimé que l’expérience avait démontré l’échec de toute alternative et que s’en écarter constituait «une faute».

Le chef de l’État a également mis en avant l’importance de l’unité nationale face aux tensions confessionnelles. «Notre véritable arme n’est pas une arme conventionnelle, mais notre unité», a-t-il déclaré, saluant la tenue du sommet spirituel comme une réponse à ceux qui tentent d’alimenter les divisions religieuses et communautaires au Liban.

Les négociations comme alternative à la guerre

Revenant sur les discussions engagées sous médiation américaine, Joseph Aoun a rappelé que leur objectif demeurait inchangé: mettre fin aux attaques israéliennes, obtenir le retrait d’Israël des territoires occupés, permettre le retour des déplacés et des prisonniers, assurer le déploiement de l’armée libanaise dans le Sud et lancer la reconstruction.

«Le but est le même, seule la méthode diffère», a-t-il expliqué. Selon lui, l’expérience de la guerre a démontré ses limites, avec près de 4.000 morts et des milliards de dollars de pertes sans résultat concret. Il a dès lors plaidé pour que les négociations puissent être jugées sur leurs résultats plutôt que rejetées avant même d’avoir produit leurs effets.

Enfin, le président a tenu à démentir les rumeurs faisant état de divergences avec le chef du Parlement, Nabih Berry, et le Premier ministre Nawaf Salam. Il a assuré être «en totale harmonie» avec les deux responsables, tout en soulignant que les différences d’appréciation éventuelles relevaient du fonctionnement normal des institutions et ne remettaient pas en cause l’objectif commun de défendre l’intérêt général.

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