Endiguer l'épidémie d'Ebola, une tâche difficile freinée par la désinformation
Alors que l'épidémie d'Ebola continue de faire des victimes dans l'est de la RDC, les autorités sanitaires et les ONG doivent également lutter contre la désinformation, qui alimente la méfiance, retarde les soins et provoque parfois des violences contre les équipes médicales. ©GLODY MURHABAZI / AFP

Dans l'est de la République démocratique du Congo, les équipes médicales engagées dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola doivent faire face à un obstacle supplémentaire : la désinformation. Entre rumeurs, théories du complot et fausses informations relayées sur les réseaux sociaux, ce phénomène complique considérablement les efforts visant à contenir la maladie.

Sur internet, certains affirment que le virus n'existe pas. Une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux montre ainsi une femme prétendant se trouver en RDC assurant qu'«il n'y a pas d'Ebola ici» et que la maladie n'existerait que «sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux».

Selon les spécialistes, ces discours rappellent ceux observés lors de la pandémie de Covid-19. Ils remettent en cause l'existence même de la maladie, accusent les autorités sanitaires de manipuler la population ou promeuvent des traitements non validés scientifiquement.

Dans certaines localités de l'Ituri, région particulièrement touchée par l'épidémie, la méfiance est profondément enracinée. Selon l'ONG ActionAid, une personne sur trois ne croit pas à l'existence d'Ebola. Certains habitants attribuent les décès à la sorcellerie tandis que d'autres estiment que l'épidémie aurait été inventée afin de permettre au gouvernement ou aux organisations humanitaires d'obtenir davantage d'aides internationales.

Cette désinformation a des conséquences directes sur la gestion de la crise sanitaire. De nombreux malades arrivent tardivement dans les centres de soins, réduisant leurs chances de survie et augmentant les risques de transmission. Les opérations de suivi des personnes ayant été en contact avec des patients infectés sont également compliquées par la méfiance de certaines familles.

Les travailleurs humanitaires et les soignants sont parfois eux-mêmes pris pour cible. Fin mai, plusieurs agents chargés d'organiser un enterrement sécurisé à Bunia ont été violemment agressés par les proches d'un défunt. Quelques jours auparavant, deux tentes médicales de l'organisation Alima avaient été incendiées à l'hôpital de Rwampara après un différend avec une famille refusant d'appliquer les protocoles sanitaires.

Les équipes sur le terrain rapportent également des véhicules caillassés et des agressions répétées lors des opérations d'inhumation. Certaines familles soupçonnent les soignants de pratiquer un trafic d'organes, une rumeur régulièrement relayée dans les zones touchées.

Pour les experts, la propagation de ces fausses informations s'explique autant par le manque d'information que par une profonde crise de confiance envers les institutions. Les précédentes épidémies d'Ebola se sont souvent déroulées dans des régions marquées par l'insécurité, la pauvreté et les tensions politiques, favorisant l'émergence de rumeurs.

Face à cette situation, les organisations sanitaires misent sur une approche de proximité. Elles s'appuient sur des chefs traditionnels, des patients guéris ou encore des guérisseurs reconnus localement afin de diffuser des informations fiables dans les langues locales et de rétablir le dialogue avec les communautés.

Pour les acteurs de la lutte contre Ebola, restaurer la confiance de la population demeure aujourd'hui l'une des clés essentielles pour espérer contenir définitivement l'épidémie.

Par Monique NGO MAYAG/AFP

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