Macron accueille un G7 percuté par la guerre et l'imprévisibilité de Trump
Le président français Emmanuel Macron. ©THOMAS PADILLA / POOL / AFP

Les Européens vont tenter de combler le fossé qui les sépare de Donald Trump sur les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine à partir de lundi à Évian, en France, lors d'un sommet du G7 en présence d'un président américain plus imprévisible que jamais.

Trois jours durant, dans cette ville thermale des Alpes, le président français Emmanuel Macron entend s'attaquer aux déséquilibres économiques mondiaux ou à la régulation numérique avec son homologue américain et les dirigeants de l'Allemagne, du Canada, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni. Autant de sujets qui voient ce club fracturé entre les États-Unis et ces autres grandes puissances.

Il s'agira surtout des premières retrouvailles transatlantiques depuis que les États-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran fin février, portant un nouveau coup à des relations abîmées par les ambitions américaines sur le Groenland et la guerre commerciale de Washington à coups de tarifs douaniers.

Européens, Canadiens et Japonais n'ont pas soutenu ce conflit et vont insister pour la réouverture rapide du détroit d'Ormuz, dont le blocage coûte cher à l'économie mondiale car il fait flamber les prix du carburant. L'Egypte, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar seront associés aux discussions mardi.

Zelensky attendu 

Les Européens espèrent aussi que le président américain, accaparé par les négociations avec Téhéran, les laisse prendre la main sur le dossier ukrainien.

«Il faut recréer de la convergence au G7» sur le soutien à l'Ukraine, a affirmé mercredi Emmanuel Macron.

Autrement dit, convaincre Donald Trump de soutenir le président ukrainien Volodymyr Zelensky, attendu mardi, et son offre de dialogue direct avec Vladimir Poutine. Et de renoncer à réclamer à Kiev d'abandonner à la Russie l'ensemble du Donbass, dans l'Est ukrainien.

Tout, dans l'organisation du rendez-vous sur les rives du lac Léman, a été fait pour accommoder Donald Trump, qui en 2018 avait retiré son soutien au communiqué final du G7 et qui, l'an dernier, avait quitté prématurément le sommet au Canada tout en vilipendant Emmanuel Macron.

Les hôtes français retiendront leur souffle jusqu'au bout, dans l'espoir que le président américain arrive bien lundi et reste trois jours -- voire accepte un éventuel dîner avec son homologue français mercredi soir, à Paris ou sous les ors de Versailles.

Un temps supposé démarrer le 14 juin, jour du 80ᵉ anniversaire du milliardaire républicain, le sommet a été décalé pour lui permettre d'organiser un combat de MMA à la Maison Blanche.

«Ne pas fâcher Trump» 

Des ONG ont également dénoncé «le choix d'Emmanuel Macron de ne pas fâcher Donald Trump» en passant à la trappe le «changement climatique».

Le président français, qui quittera le pouvoir dans moins d'un an, a aussi convié à certaines séquences les dirigeants du Brésil, de la Corée du Sud, de l'Inde et du Kenya, pour éviter que ce forum de puissances industrialisées soit perçu comme antagoniste aux pays émergents. Et il a mis à l'ordre du jour des thèmes qui lui tiennent à cœur.

Il a ainsi invité plusieurs «leaders de la tech mondiale», dont l'Américain Sam Altman, patron d'OpenAI, et le Français Arthur Mensch, fondateur de Mistral AI, pour un déjeuner mercredi afin de pousser ses initiatives de régulation mais aussi l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans. Des débats qui s'annoncent tendus avec Donald Trump.

Autre défi que s'est posé Emmanuel Macron: la résorption des «grands déséquilibres macroéconomiques mondiaux».

Il s'agit de dire à la Chine «soyez plus réglo avec les aides aux entreprises et relancez votre marché intérieur», aux Américains «les tarifs c'était une mauvaise idée, il faut les enlever progressivement», et aux Européens «il faut qu'on aille plus vite sur l'investissement et la simplification», a-t-il détaillé.

Le chef de l'État propose une approche «coopérative», mais avait laissé planer en décembre la menace de «droits de douane» européens «sur les produits chinois» si Pékin ne joue pas le jeu.

La Chine n'étant pas membre du G7, un pré-sommet «des convergences» est organisé ce jeudi par la France en visioconférence, incluant un haut dirigeant chinois et d'autres pays émergents.

Paris assure avoir obtenu des engagements américains et espère que ces réunions permettront d'aboutir à des décisions au G20 de décembre.

Sur ce point, comme sur le dossier épineux des minerais critiques – autre contentieux avec la Chine – ou sur le narcotrafic, des déclarations seront publiées mercredi à l'issue du sommet.

Par Francesco FONTEMAGGI/AFP

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