Marc Bloch, l’historien résistant, entre au Panthéon
Marc Bloch, figure majeure de la Résistance et de l’historiographie française, entre aujourd’hui au Panthéon. ©DR

Emmanuel Macron fait entrer mardi au Panthéon l’historien Marc Bloch, soldat et résistant assassiné par la Gestapo, lors d’un hommage à l’auteur de L’Étrange défaite sur la débâcle de 1940, qui résonne pour lui comme un avertissement contre le «conformisme» qui sape la «volonté française».

Lors d’une cérémonie solennelle et ouverte au public dans la soirée, le chef de l’État va l’honorer «à la fois comme héros, combattant de la Résistance, intellectuel engagé et républicain, professeur historien, et comme conscience», a-t-il déclaré au Figaro lors d’une visite préparatoire lundi au temple des «Grands Hommes» de la République.

Il s’agit de la sixième panthéonisation du double quinquennat du chef de l’État, après celles de Simone Veil, Maurice Genevoix, Joséphine Baker, Missak Manouchian et Robert Badinter.

Peu après 21 heures, des extraits du testament spirituel de Marc Bloch seront lus et les cercueils de l’historien et de son épouse Simonne Vidal remonteront la rue Soufflot.

Les cercueils ne contiendront pas les corps, les descendants ayant souhaité que celui de l’historien continue de reposer dans un village de la Creuse. Celui de Simonne Vidal, morte à Lyon sous un faux nom en juillet 1944, n’a jamais été retrouvé.

Ils renfermeront des objets symboliques : médailles, testament spirituel rédigé en 1941, photographies et lettres de son épouse à leurs enfants, a précisé à l’AFP Suzette Bloch, petite-fille de l’historien.

Un portrait géant animé retracera différents moments de sa vie entre les colonnes du Panthéon avant le discours présidentiel.

Marc Bloch est une référence intellectuelle régulièrement invoquée par Emmanuel Macron.

Fin 2024, en annonçant sa panthéonisation depuis Strasbourg, le président avait évoqué ce «témoin du désastre de 1940» qui «écrivit pour les générations à venir le récit de cette “Étrange défaite”, celle de notre volonté française émoussée par le conservatisme, endormie par le conformisme, amollie par la bureaucratie, délaissée par une partie de ses élites».

«Antinationaliste»

L’historien «dit quelque chose de notre époque», a estimé Emmanuel Macron au Figaro. Il met notamment en avant son rapport à la vérité historique à une époque où «le révisionnisme» est, selon lui, «partout».

Pour l’Élysée, Marc Bloch incarne «une façon de concevoir l’homme centrée non pas sur le repli identitaire mais sur l’ouverture à l’autre».

Une position qui contraste avec les discours de l’extrême droite, dont la famille de l’historien souhaitait qu’elle soit «exclue» de la cérémonie, rappelant son engagement «profondément antinationaliste».

Marine Le Pen ne participera pas à l’événement. L’eurodéputée Sarah Knafo sera également absente.

Cofondateur en 1929 de la revue Annales d’histoire économique et sociale, Marc Bloch a profondément renouvelé l’étude de l’histoire en l’ouvrant à l’anthropologie, à l’économie et à la sociologie.

Victime des lois antisémites du régime de Vichy, l’universitaire rejoint la Résistance à Lyon en 1943 au sein du mouvement Franc-Tireur.

Arrêté le 8 mars 1944, il est torturé par la Gestapo puis exécuté le 16 juin avec d’autres résistants au bord d’un champ, en criant «Vive la France».

Pour l’historien Patrick Boucheron, il incarne «la rencontre entre le courage et la modération, un intellectuel engagé par ses recherches mais encarté dans aucun parti».

La famille a toujours refusé toute «récupération communautaire» de ce juif athée qui, selon ses proches, «n’avait foi qu’en une seule idée, la République».

Une ultime panthéonisation avant la fin du mandat présidentiel en mai 2027 n’est pas exclue. Une pétition circule notamment pour l’entrée au Panthéon de Samuel Paty, professeur assassiné en 2020 par un islamiste radical.

AFP

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