Le protocole d’accord, une «déclaration de défaite de l’Amérique» selon l’Iran
Sur cette photo fournie par l’Agence de presse de l’Assemblée consultative islamique (ICANA), le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, vêtu d’un uniforme des Gardiens de la Révolution, préside une séance à Téhéran le 1er février 2026. ©Icana News Agency / AFP

Pour l’Iran, le protocole d’accord avec les États-Unis n’est rien de moins qu’une «déclaration de défaite de l’Amérique», s’est vanté son négociateur en chef, en pleine tournée du secrétaire d’État américain dans la région destinée justement à rassurer ses alliés du Golfe.

«Le mémorandum d’entente d’Islamabad n’est pas le fruit de pressions ou de la coercition, mais plutôt celui de la résistance et de la détermination de la courageuse nation iranienne» et il «a pris la valeur d’une déclaration de défaite pour l’Amérique», s’est targué l’influent Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a mené les pourparlers en Suisse côté iranien.

Et la sécurité au Moyen-Orient doit désormais être assurée par les pays de la région, avec qui il souhaite être «dans l’interaction» et «non pas dans la confrontation», a-t-il ajouté lors d’une conférence retransmise par la télévision iranienne.

Cette déclaration intervient alors que Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, vient d’entamer une tournée éclair dans les pays du Golfe, qui craignent justement que Téhéran ne sorte renforcé de ce protocole d’accord.

Ils ont payé au prix fort les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, ayant été visés par des représailles à coup de missiles et de drones iraniens lors de cette guerre dont ils ne voulaient pas.

Arrivé mardi soir à Abou Dhabi, M. Rubio doit voir mercredi à huis clos le président émirati, Mohammed ben Zayed Al Nahyane, avant de se rendre au Koweït puis à Bahreïn.

«Pourparlers la semaine prochaine»

L’Iran et les États-Unis ont signé il y a une semaine un protocole pour mettre fin aux hostilités, ouvrant la voie à 60 jours de négociations pour tenter de parvenir à un accord final.

Mais de nombreux points de divergence subsistent, à commencer par le nucléaire iranien ou le détroit d’Ormuz. Et des voix critiquent aux États-Unis les concessions accordées par Washington, soucieux de mettre un terme au plus vite à cette impopulaire guerre.

Mercredi, le Pakistan, pays médiateur, a annoncé que les pourparlers techniques entre les deux belligérants reprendraient la semaine prochaine, sans doute mardi.

L’accord prévoit une réouverture du détroit d’Ormuz, après des mois de blocage qui ont fait flamber les cours de l’or noir. Mais l’Iran voudrait ensuite imposer des frais de service, assurant que cette voie maritime stratégique ne retrouvera pas son fonctionnement libre d’avant-guerre.

Aucun péage ou frais ne sera accepté par Washington dans ce passage où transite en temps normal 20 % du pétrole et du GNL mondial, a réagi mardi Marco Rubio.

Alors que le trafic a atteint lundi un niveau record depuis fin février et que l’évacuation des plus de 11.000 marins encore bloqués a commencé, les cours du pétrole restaient orientés à la baisse, autour de 76 dollars le baril de Brent, loin des plus de 126 dollars atteints au paroxysme du conflit.

«Les investisseurs considèrent que le risque d’une interruption majeure de l’offre au Moyen-Orient continue de s’estomper» et saluent la poursuite des discussions «malgré des divergences persistantes sur plusieurs aspects sensibles du dossier nucléaire», résume John Plassard de Cité Gestion.

Concernant le volet nucléaire, après des déclarations contradictoires des deux camps, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a assuré mercredi que des inspections en Iran auraient bien lieu, sans pouvoir dire à ce stade quand.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de la bombe atomique, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

Le Liban «aussi important»

Sur le Liban, que l’Iran voulait impérativement voir figurer dans le protocole d’accord, son négociateur en chef a estimé mercredi que la fin de la guerre au pays du Cèdre était «aussi importante» pour Téhéran que la fin des hostilités dans son propre pays.

Marco Rubio a souligné que le soutien de l’Iran au Hezbollah serait bien abordé dans les discussions américano-iraniennes, tout en appuyant le processus de négociations distinct qui a repris mardi à Washington entre Israël et le Liban, que le mouvement chiite rejette.

«Il est distinct parce que le Liban est un pays souverain. Il a un gouvernement, et (...) nous allons négocier et traiter directement avec le gouvernement libanais», a-t-il estimé.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre début mars. Les frappes de représailles d’Israël, dont l’armée occupe toujours une partie du sud, ont fait plus de 4.100 morts selon les autorités libanaises.

AFP

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