Le scénario catastrophe d'un pétrole à 200 dollars le baril ne s'est jamais concrétisé. Alors que le monde a évité un choc énergétique majeur, les Libanais ne bénéficient que partiellement du reflux des cours, malgré le retour du Brent à son niveau d'avant le conflit entre l'Iran et les États-Unis.
Le Brent s'échangeait à 72 dollars le baril au début du conflit, le 27 février 2026. Il a culminé à 126,41 dollars le 30 avril, avant d'amorcer une correction progressive au rythme de l'apaisement des tensions géopolitiques et de la reprise des flux pétroliers dans le Golfe. Après avoir clôturé à 114 dollars le jour de son pic, il est retombé autour de 90 dollars fin mai, puis à 87,33 dollars après les premiers signes d'un accord entre Washington et Téhéran. À la mi-juin, il évoluait à 77,75 dollars avant de retrouver son niveau d'avant-crise, autour de 72 dollars. Le 29 juin, les cours ont légèrement rebondi: le Brent a gagné 0,8 %, à 72,57 dollars le baril, tandis que le WTI américain progressait de 1,3 %, à 70,11 dollars.
Pourquoi le Brent n'a jamais atteint 200 dollars
Trois facteurs ont fait mentir les scénarios les plus pessimistes: la mobilisation des réserves stratégiques, l'augmentation de la production hors OPEP+ et le ralentissement de la demande mondiale. Leur combinaison a progressivement réduit la prime de risque géopolitique qui alimentait la flambée des cours.
Le premier facteur a été la libération coordonnée des réserves stratégiques. Le 11 mars 2026, les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont mis sur le marché 400 millions de barils, la plus importante opération de ce type jamais réalisée. Les États-Unis ont fourni 172,2 millions de barils, devant les pays d'Asie-Océanie (108,6 millions) et d'Europe (107,5 millions). Si ces volumes ne représentaient qu'une vingtaine de jours de flux transitant habituellement par le détroit d'Ormuz, ils ont envoyé un signal fort aux marchés en réduisant les anticipations de pénurie et la spéculation.
Deuxième facteur: la montée en puissance des producteurs hors OPEP+. Dans son Oil Market Report de juin 2026, l'AIE souligne que l'essentiel de la croissance de l'offre provient des États-Unis, du Canada, du Brésil, de la Guyane et de plusieurs pays d'Eurasie. À eux seuls, ces producteurs devaient assurer près de 80% de la hausse de la production mondiale en 2026, soit 1,4 million de barils par jour sur une augmentation totale de 1,8 million. Cette capacité à injecter rapidement des volumes supplémentaires a conforté les investisseurs dans l'idée qu'une pénurie durable était peu probable.
Enfin, le ralentissement de la demande mondiale a également contribué à détendre les cours. Selon l'AIE, le conflit a entraîné une destruction de la demande d'environ 80.000 barils par jour, sous l'effet de la flambée des prix et du ralentissement de l'activité économique. La consommation de carburants raffinés, notamment le kérosène et l'essence, s'est contractée en Asie et au Moyen-Orient. Parallèlement, plusieurs analyses ont revu à la baisse les perspectives de consommation mondiale d'environ 1 million de barils par jour par rapport aux prévisions établies avant le conflit.
Au Liban, la baisse est plus lente que la hausse
Si la hausse du pétrole a été rapidement répercutée à la pompe, sa baisse l'a été beaucoup plus lentement. Les économistes qualifient ce phénomène d'asymétrie de transmission des prix.
Les chiffres sont éloquents. Avant le conflit, le 27 février, le Brent s'établissait à 72 dollars le baril et le bidon d'essence à 95 octanes coûtait 1.815.000 livres libanaises (20,2 dollars). Au plus fort de la crise, le 30 avril, le Brent a bondi à 126,4 dollars (+75,6 %), tandis que le prix du bidon est passé à 2 391 000 livres (26,6 dollars), soit une hausse de 31,7 %.
Fin juin, le Brent était revenu autour de 72 dollars, son niveau d'avant le conflit. Pourtant, le prix du bidon n'avait reculé qu'à 2.281.000 livres (25,4 dollars), soit une baisse limitée à 4,5%. Autrement dit, la hausse des cours internationaux s'est répercutée beaucoup plus rapidement que leur repli.
La suspension de la taxe additionnelle de 2%, décidée par le Conseil des ministres, ne suffit pas à expliquer cet écart. Celui-ci résulte également d'autres facteurs, notamment le mode de calcul des prix basé sur une moyenne glissante des cotations internationales, les délais de renouvellement des stocks, les coûts logistiques, ainsi que les composantes fiscales et commerciales.
Néanmoins, à paramètres inchangés, le prix de l'essence aurait dû se rapprocher davantage de son niveau d'avant le conflit. Les calculs montrent qu'une baisse supplémentaire de l'ordre de 18 à 20% aurait été nécessaire pour refléter plus fidèlement le recul du Brent.

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