Vendredi, le régime militaire du Burkina Faso a annoncé rompre ses relations diplomatiques avec la France, ancienne puissance coloniale, une décision politique que Paris dit «regretter», l'estimant «hostile et sans fondement», et qui vient entériner des années de tensions.
Le chef de la junte, le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d'État en septembre 2022, mène à Ouagadougou une politique souverainiste, répressive envers toute voix critique et hostile aux Occidentaux, en particulier à la France.
Le gouvernement burkinabè accuse Paris d'«activisme incessant» contre ses intérêts, mais assure que les relations entre les peuples ne sont pas concernées.
Pourquoi maintenant?
«C’est la suite logique de relations diplomatiques assez crispées», résume pour l'AFP Ousmane Zina, professeur agrégé de sciences politiques à l'université Alassane Ouattara de Bouaké.
Le capitaine Ibrahim Traoré «a maintes fois démontré que la France n’était plus le partenaire privilégié du Burkina Faso», ajoute-t-il.
Dès 2023, quelques mois après sa prise de pouvoir, la junte a exigé le rappel de l'ambassadeur de France à Ouagadougou, Luc Hallade, dénoncé un accord militaire avec Paris et obtenu le départ de son armée, longtemps engagée dans la lutte contre les groupes jihadistes qui minent le pays depuis une décennie.
Le régime a ensuite multiplié les invectives envers la France et s'est tourné vers de nouveaux partenaires, comme la Russie, la Turquie et l'Iran.
M. Zina note toutefois une «décision éclair».
Mi-juin, un eurodéputé français, le général Christophe Gomart, avait tenu des propos critiques envers la junte, dont il dénonçait notamment «l'échec» sécuritaire.
Il s'exprimait devant le Parlement européen, où il portait une résolution alertant sur la «répression de l'espace civique» au Burkina, largement adoptée.
Quelques jours plus tard, le ministère burkinabè des Affaires étrangères convoquait l'ambassadeur de l'Union européenne à Ouagadougou.
Que cette résolution ait consommé la rupture avec la France «est une hypothèse mais ce n’est pas la première fois que l’Europe égratigne le pouvoir de Ouagadougou», relève Ousmane Zina, qui rappelle que le régime est resté «plutôt évasif» sur les raisons.
Quelles conséquences?
«Quand il y a rupture, il y a une cessation de relations officielles. Cela va se traduire par la fermeture des ambassades réciproques mais également le rappel des personnels diplomatiques», affirme le directeur général des affaires juridiques et consulaires au ministère burkinabè des Affaires étrangères, Léonard Lompo.
Selon une source diplomatique burkinabè, qui confirme sous couvert d'anonymat un possible rapatriement du personnel français, «il est difficile de croire que les relations consulaires seront maintenues car les services de visa étaient déjà réduits à leur strict minimum».
Si les consulats devaient fermer, leurs services pourraient «être assurés par un État tiers ou selon les mécanismes prévus par le droit international», rappelle Léonard Lompo.
Plus largement, «il y a une communication indirecte qui peut toujours se faire», via d'autres États, assure-t-il.
Vendredi, Paris a estimé que cette décision «illustre la dérive préoccupante des autorités burkinabè», ajoutant que les «mesures de réciprocité qui s'imposent sont en cours d'examen».
Quels liens subsistent entre les deux pays?
D'abord, des liens humains. Selon le ministère français des Affaires étrangères, plus de 2.000 Français sont inscrits au registre consulaire au Burkina, tandis que plus de 6.000 ressortissants burkinabè vivent dans l'Hexagone.
Dans son communiqué de vendredi, la junte précisait que sa décision visait «exclusivement le cadre institutionnel» et ne remettait «nullement en cause les liens historiques, humains, culturels et sociaux» entre les deux pays.
«Les Français peuvent continuer à avoir des activités au Burkina et les Burkinabè peuvent avoir des activités en France», abonde Léonard Lompo.
À Ouagadougou, le lycée français et l'Institut de recherche pour le développement (IRD) restent ouverts, tandis que l'Institut français poursuit ses activités hors de son site.
Sur le plan économique, les relations «doivent normalement continuer car elles engagent des personnes individuelles ou en tout cas des (sociétés) privées. Ces opérateurs économiques ont généralement la double nationalité qui leur donne droit à certaines facilités», explique la même source diplomatique.
Le Burkina Faso comptait 59 filiales de groupes français en 2022, indique le ministère français de l'Économie, qui précise que les échanges commerciaux entre les deux pays sont en baisse ces dernières années.
Les importations françaises, «marginales» d'après le ministère, concernent principalement des produits agroalimentaires. Les exportations françaises vers le Burkina portent sur des équipements mécaniques, du matériel et des produits pharmaceutiques.
AFP



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