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- Et si le pire ennemi d'EDL était l'État lui-même ?
©Ici Beyrouth
268 millions de dollars. C'est le montant des créances accumulées par les ministères, administrations et établissements publics au profit d'Électricité du Liban (EDL). Une somme qui prive l'entreprise publique de liquidités au moment où elle en a le plus besoin pour financer ses achats de fuel.
Les conséquences sont déjà visibles. Faute de trésorerie, EDL a réduit sa production, accentuant le rationnement électrique, passé de 18 à près de 20 heures de coupure par jour. Une situation qui pourrait encore se détériorer si les approvisionnements en carburant venaient à être perturbés.
Le ministre de l'Énergie et de l'Eau a toutefois fermé la porte à une solution longtemps privilégiée par ses prédécesseurs : les avances du Trésor. Pendant des décennies, ce mécanisme a permis à l'État de renflouer ponctuellement les caisses d'EDL afin d'éviter l'arrêt des centrales. Le ministre estime aujourd'hui que cette pratique revient à financer les déficits de l'entreprise par de nouvelles charges supportées par les contribuables.
Le véritable nœud du problème réside désormais dans le recouvrement des créances. À lui seul, l'État doit plus de 268 millions de dollars à EDL, soit une facture d'environ 50 millions de dollars par mois. Le Conseil des ministres a d'ailleurs demandé aux ministères et établissements publics de régulariser leurs arriérés afin d'apporter une bouffée d'oxygène financière à l'entreprise.

À ces impayés publics s'ajoutent les difficultés persistantes de recouvrement auprès des abonnés. Les sociétés privées chargées de la distribution et de la collecte des factures sont régulièrement critiquées pour leurs faibles performances. Dans certaines régions, les agents de recouvrement ne passent que tous les trois mois. La guerre entre le Hezbollah et Israël a, en outre, rendu pratiquement impossible la collecte des factures dans une partie du Liban-Sud et de la banlieue sud de Beyrouth, aggravant encore les tensions sur la trésorerie d'EDL.
Pour sortir de cette impasse, les études menées conjointement par le ministère de l'Énergie, EDL et les bailleurs internationaux préconisent depuis plusieurs années un tarif variable du kilowattheure, indexé sur l'évolution des cours internationaux du pétrole, à l'image du mécanisme appliqué aux prix des carburants. Une telle formule permettrait d'ajuster automatiquement les recettes aux coûts de production et de limiter les déficits lorsque les prix du fuel flambent.
Reste que, dans le contexte économique et social actuel, le gouvernement refuse toute hausse de la facture d'électricité pour les ménages. En attendant une solution durable, les 268 millions de dollars dus par l'État à EDL apparaissent comme la source de financement la plus immédiate pour éviter une nouvelle dégradation de la production électrique et assurer l'approvisionnement en fuel jusqu'à l'automne. Autrement dit, la crise d'EDL est aujourd'hui autant une crise de recouvrement qu'une crise énergétique.
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