En menant des attaques contre des navires, l'Iran joue avec le feu mais mise sur le fait que Donald Trump ne souhaite pas un retour à la guerre totale, qui pourrait faire grimper les prix du pétrole et s'aliéner les électeurs américains, affirment des experts.
À la suite de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février, les Iraniens ont compris que leur atout majeur résidait dans le passage stratégique du détroit d'Ormuz.
«Ils veulent que l'on reconnaisse que l'Iran exerce, en pratique, le contrôle du détroit d'Ormuz (...) C'est le moyen de pression dont ils disposent vis-à-vis des États-Unis et de l'Occident qui a remplacé le fait d'enrichir l'uranium à des niveaux plus élevés», affirme Alex Vatanka du groupe de réflexion américain Middle East Institute.
«Au fond, ils pensent que le temps joue en leur faveur. Ils peuvent tenir le coup plus longtemps que les Américains et les pays du Golfe, et c'est là-dessus qu'ils misent», analyse-t-il.
Depuis le 8 avril, Donald Trump ne cesse de proclamer des cessez-le-feu avec l'Iran, au grand dam d'Israël, alors que les prix du pétrole s'envolent et que les États-Unis peinent à déloger les forces iraniennes du détroit d'Ormuz.
L'Iran, malgré l'opposition des États-Unis, revendique d'imposer des droits sur ce passage et a frappé mardi au moins trois navires commerciaux, selon l'armée américaine.
Les États-Unis ont répondu par des frappes mercredi. Donald Trump a estimé plus tôt que le cessez-le-feu ne tenait plus.
Le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington a permis la réouverture du détroit. Mais l'Iran veut également montrer qu'il tient les rênes et s'oppose à ce que les États-Unis escortent unilatéralement des navires, a déclaré Negar Mortazavi, du cercle de réflexion américain Center for International Policy.
«L'Iran tente d'éviter une nouvelle guerre à grande échelle. Mais il estime également que ne pas réagir comporte aussi des risques car cela donnerait une image de faiblesse et encouragerait de nouvelles pressions», a-t-elle dit.
«L'Iran estime qu'une escalade mesurée et limitée peut rétablir la dissuasion sans franchir le seuil d'une guerre totale», a-t-elle ajouté.
Rhétorique
Téhéran pourrait estimer qu'il n'a plus grand-chose à perdre face à des frappes ponctuelles, après une guerre qui a coûté la vie à son guide suprême, Ali Khamenei.
Mais la stratégie de Téhéran comporte des risques. Donald Trump a par le passé pris des décisions imprévisibles et a déjà menacé d'anéantir la «civilisation» iranienne toute entière.
Donald Trump pourrait également donner son feu vert à la reprise d'attaques de la part de son allié israélien.
L'Iran a par ailleurs à nouveau pris pour cible des pays du Golfe, attaquant des bases américaines dans la région. Mercredi, Téhéran a frappé au Koweït et à Bahreïn.
«Téhéran considère ces deux États comme les points de pression les plus accessibles et les moins risqués du Golfe», affirme Hamad Althunayyan, professeur à l'université du Koweït.
«Cela lui permet de projeter sa puissance, d'imposer des coûts et de tester la détermination des États-Unis et du CCG», ajoute-t-il, faisant référence au Conseil de coopération du Golfe, organisation regroupant six États de la région.
Ali Vaez, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG), doute du retour à une guerre totale entre Téhéran et Washington. Selon lui, Donald Trump considère qu'une telle escalade entraînerait des coûts militaires et économiques considérables.
«Je pense que la rhétorique de Donald Trump est, comme d'habitude, hyperbolique», affirme-t-il.
Selon lui, l'Iran estime que le contrôle du détroit «constitue leur plus grande réussite dans cette guerre.» «Ils ont versé du sang pour cela. Et ils ne sont pas prêts à y renoncer», ajoute Ali Vaez.
Par Shaun TANDON/AFP



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