Le président américain Donald Trump a annoncé mercredi, en marge du sommet de l'Otan à Ankara, son intention de retirer la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme. La rencontre bilatérale avec le président syrien Ahmed al-Chareh a été suivie d'une notification formelle adressée au Congrès par le secrétaire d'État Marco Rubio, ouvrant une période de quarante-cinq jours au terme de laquelle la décision deviendra effective, sauf blocage parlementaire, hypothèse jugée improbable.
Une fois la mesure appliquée, seuls l'Iran, la Corée du Nord et Cuba demeureront sur cette liste. La Syrie y figurait depuis sa création en 1979, ce qui en faisait la plus ancienne désignation encore en vigueur pour un pays donné. Avant de revenir sur les motifs de ce retrait, largement présenté comme la reconnaissance d'une rupture avec l'ère Assad, il convient de rappeler ce qui a valu à Damas d'y être inscrite pendant près d'un demi-siècle.
Une inscription née de la cause palestinienne et du dossier libanais
La Syrie a été placée sur la liste américaine en 1979, dès la création de ce dispositif, aux côtés de la Libye, de l'Irak et du Yémen du Sud. À l'origine, la désignation sanctionnait le soutien de Damas à l'Organisation de libération de la Palestine et au Front populaire de libération de la Palestine. Cette même année marquait aussi la consolidation du pouvoir de Hafez al-Assad, qui avait entrepris, depuis 1970, de stabiliser un pays jusque-là marqué par une succession de coups d'État.
Sur le plan régional, le régime s'était engagé dans une politique d'ingérence active, refusant longtemps d'envisager une paix négociée avec Israël, contrairement à l'Égypte. Au Liban, où il intervient militairement à partir de 1976 sous couvert de la guerre civile, Damas installe progressivement une tutelle qui durera jusqu'à la révolution du Cèdre en 2005, imposant ses vues au gouvernement et aux partis libanais tout en maintenant, sur le Golan comme au Liban, sa posture de confrontation avec Israël.
Une alliance durable avec le Hezbollah et l'Iran
Au fil des décennies, sous Hafez puis sous son fils Bachar al-Assad, les motifs justifiant le maintien de la désignation se sont élargis. Le Département d'État américain a régulièrement cité, dans ses rapports annuels, la relation étroite entretenue par Damas avec le Hezbollah, à qui le régime fournissait armes et soutien politique, tout en laissant l'Iran réarmer et financer le mouvement chiite sur le sol syrien.
Le Corps des gardiens de la révolution islamique disposait d'une présence active en Syrie, tolérée par Bachar al-Assad, tandis que les discours officiels et communiqués du gouvernement syrien comportaient fréquemment des déclarations de soutien au Hezbollah, dans une relation que les rapports américains décrivaient comme réciproque.
Damas, refuge de groupes armés palestiniens
Un autre grief récurrent avancé par Washington est l'autorisation donnée à plusieurs organisations terroristes pour y installer leurs quartiers généraux dans la capitale syrienne. Le Hamas et le Jihad islamique palestinien ont ainsi pu y opérer avec une relative liberté, de même que le Front populaire de libération de la Palestine.
Le Conseil des relations étrangères américain notait que cette présence s'inscrivait dans une continuité historique, la Syrie ayant par ailleurs fourni entraînement, armement, refuge et soutien logistique à des factions palestiniennes, qu'elles soient de tendance islamiste ou d'obédience marxiste.
Hariri, l'Irak et les réseaux djihadistes
D'autres épisodes ont pesé sur le maintien de la Syrie sur cette liste. Un rapport du département d'État de 2006 évoquait des liens suspectés entre le régime et l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005, une accusation rejetée par l’ancien pouvoir de Damas.
Les autorités américaines ont également documenté, sur près de deux décennies, l'attitude permissive du régime Assad à l'égard d'Al-Qaïda et d'autres réseaux djihadistes, notamment dans la facilitation du transit de combattants étrangers vers l'Irak avant 2012, des filières qui allaient ensuite alimenter la brutalisation des populations syrienne et irakienne.
Des cellules de l'État islamique sont par ailleurs restées actives sur le territoire syrien pendant les années de guerre civile, pendant que le régime cherchait à se présenter lui-même comme victime du terrorisme, qualifiant systématiquement l'opposition armée interne de «terroriste».
Une désignation contestée par Damas
L’ancien régime syrien n'a jamais reconnu le bien-fondé de cette classification. Il a toujours revendiqué considérer le Hamas, le Hezbollah et les autres groupes présents sur son sol comme des mouvements de résistance légitimes, engagés dans la libération de territoires arabes occupés par Israël.
Le département d'État lui-même reconnaissait que la Syrie n'avait plus été directement impliquée dans une opération terroriste depuis 1986, qualifiant dès lors son rôle de simple soutien passif plutôt que de participation active. C'est précisément l'effondrement du régime Assad, en décembre 2024, et la rupture affichée par le nouveau pouvoir avec ces réseaux – illustrée par l’interpellation de cadres du Jihad islamique palestinien et du Front populaire de libération de la Palestine en 2025 – qui constituent aujourd'hui l'argument central invoqué par Washington pour justifier la levée de cette désignation vieille de quarante-sept ans.




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