La visite de Aoun à Washington, une «occasion rare» qui ne se reproduira plus
©Ici Beyrouth

Le 21 juillet, le président libanais Joseph Aoun franchira les portes de la Maison Blanche pour rencontrer son homologue américain Donald Trump, dans une visite décrite comme la plus importante depuis son accession à la présidence.

Ce rendez-vous est loin d’être anodin. Il intervient quelques semaines après la signature à Washington de la «formule-cadre» libano-israélienne, fin juin, et après une sixième session de négociations qui devrait se tenir à Rome les 14 et 15 juillet.

Que va proposer Aoun?

Selon des sources bien informées, le président libanais entend présenter à son homologue américain une lecture historique de la relation entre le Liban et Israël, de l’accord d’armistice de 1949 jusqu’à aujourd’hui, en mettant l’accent sur le comportement récurrent d’Israël envers le Liban au fil des décennies.

L’objectif de ce rappel historique, selon les mêmes sources, n’est pas académique, mais éminemment politique. Il vise à convaincre le président Trump que tout nouveau règlement doit reposer sur des garanties réelles, et non sur des promesses susceptibles d’être reniées, comme cela s’est produit par le passé.

Le président Aoun a par ailleurs répété à plusieurs reprises, dans des déclarations publiques, que la «formule-cadre» n’était pas un accord définitif, mais un cadre de négociation comprenant des dispositions relatives au retrait progressif israélien des «zones modèles», au retour des déplacés, à la libération des prisonniers et à la restitution des dépouilles de Libanais détenues par Israël.

Des surprises en vue?

Les éléments disponibles jusqu’à présent ne laissent pas entrevoir de bouleversement majeur dans le processus. Ils traduisent plutôt une tentative libanaise de consolider des acquis accumulés progressivement.

Du côté américain, selon des sources diplomatiques, l’approche serait passée de la «gestion de la crise» à une «forte poussée» en faveur de la mise en œuvre concrète de la formule-cadre sur le terrain. C’est ce qui expliquerait l’envoi d’une délégation militaire américaine à Beyrouth chargée de superviser les mécanismes du retrait israélien des zones pilotes. Selon ces sources, la véritable surprise, si elle devait se produire, ne se trouverait peut-être pas à Washington, mais plutôt dans le lieu de tenue de la prochaine session des négociations, à Rome.

Les sources estiment qu’une rencontre directe entre Aoun et Netanyahou est très fortement exclue. Le président libanais a affirmé à plusieurs reprises qu’il ne rencontrerait pas le Premier ministre israélien et qu’il quitterait immédiatement toute salle où celui-ci serait présent.

Lors de cette visite, le dossier des armes du Hezbollah constitue le principal obstacle. C’est ce dossier qui déterminera concrètement le succès ou l’échec de la visite.

Joseph Aoun fait face à une équation particulièrement délicate. D’un côté, il est engagé auprès de Washington et de Tel-Aviv sur le principe de l’exclusivité des armes aux mains de l’État. Il a affirmé que «le train de l’État est parti» et que la décision sur l’exclusivité des armes «sera appliquée».

De l’autre, il sait que toute accélération mal maîtrisée de ce dossier pourrait provoquer des tensions internes, ce qu’il refuse explicitement. Il a d’ailleurs écarté l’existence de tout signe de division au sein de l’armée ou de risque de glissement vers une nouvelle confrontation interne.

Dans le même temps, le Hezbollah continue de refuser de coopérer avec l’armée libanaise sur ce dossier, sans présenter d’alternative réaliste. Une situation dont profiteraient, selon les sources, aussi bien Téhéran que Tel-Aviv.

Cette visite devrait également aborder les discussions entre le président américain et son homologue syrien Ahmad el Chareh, en marge du sommet de l’OTAN à Ankara, ainsi que la possibilité d’une contribution de Damas au règlement du dossier du Hezbollah, sans que la nature d’éventuels engagements n’ait été précisée.

Comment les Américains peuvent-ils aider?

L’aide américaine attendue devrait s’articuler autour de trois axes parallèles.

Le premier consiste à exercer une pression directe sur Israël afin qu’il assouplisse sa position et respecte le calendrier de retrait des points occupés, notamment à partir des deux Zawtar (el-Charqiyé/el-Gharbiyé).

Le deuxième repose sur un accompagnement militaire sur le terrain, à travers une délégation américaine spécialisée chargée de garantir qu’aucun vide sécuritaire ne se crée à chaque retrait israélien, permettant ainsi à l’armée libanaise de se déployer immédiatement.

Le troisième vise à maintenir le dossier libanais parmi les priorités régionales de Washington. C’est l’un des principaux objectifs que Joseph Aoun assigne à sa visite: il veut «consolider la place du Liban» dans les préoccupations américaines, et non faire en sorte que cet intérêt se limite au seul moment de la visite.

Le véritable succès de la visite d’Aoun ne se mesurera pas aux déclarations de bienvenue ni aux images de poignée de main à la Maison-Blanche, mais à la capacité du Liban à transformer les engagements américains en réalités concrètes sur le terrain: un retrait israélien effectif, une pression américaine durable et non ponctuelle, ainsi qu’un processus interne clair vers l’exclusivité des armes aux mains de l’État, sans mettre en danger l’équilibre interne fragile.

Entre ces trois équations, le président libanais se trouve face à une épreuve diplomatique majeure. Il sait qu’il s’agit d’une «occasion rare», qui ne se représentera pas facilement si elle venait à être manquée.

 

 

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