Longtemps considéré comme incontournable en Israël, le parti Shass espère préserver son influence à l'occasion des élections législatives de fin octobre. Mais son opposition à la conscription des juifs ultra-orthodoxes pourrait contrarier ses ambitions.
Cette communauté représente environ 14 % de la population israélienne. Les partis qui la représentent jouent souvent un rôle décisif dans les coalitions gouvernementales, leur permettant d'obtenir d'importantes concessions.
Depuis son entrée à la Knesset en 1984, Shass a participé à la plupart des gouvernements de coalition et obtenu régulièrement des portefeuilles ministériels en échange de son soutien.
Allié du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le parti pourrait toutefois rejoindre une autre coalition en cas de défaite de ce dernier aux élections prévues le 27 octobre.
Pour Yossi Taieb, député du parti, bien que ses électeurs soient «de droite», Shass «fera évidemment partie» d'un gouvernement d'union nationale et pourrait même participer à «une coalition beaucoup plus large que l'actuelle avec des partis centristes, y compris de centre-gauche, mais sans les extrémistes».
Conscription de la discorde
En juillet 2025, Shass, qui détient 11 des 120 sièges de la Knesset, a quitté le gouvernement après l'échec d'une loi promise par Benjamin Netanyahu visant à maintenir les exemptions de service militaire pour les étudiants des écoles talmudiques.
Malgré ce départ, le parti a continué à soutenir la coalition et a refusé de voter une motion de censure de l'opposition.
Yossi Taieb, lui-même ancien militaire, estime que d'autres partis pourraient proposer un texte acceptable pour les formations ultra-orthodoxes.
Selon lui, les autorités religieuses accepteraient que les jeunes qui n'étudient pas à plein temps dans une yeshiva effectuent leur service militaire.
«On peut convaincre, dans un État juif, de l'importance de la Torah et que ceux qui étudient à plein temps contribuent au pays», affirme-t-il.
À l'inverse, l'ancien grand rabbin d'Israël Yitzhak Yossef estime qu'aucun juif ultra-orthodoxe ne devrait servir dans une armée qu'il juge «trop laïque».
Radicalisation
Pour Barak Seri, ancien conseiller d'Arié Dery, si Benjamin Netanyahu perd les élections, Shass devra faire «d'importantes concessions» pour rejoindre une nouvelle coalition.
Selon lui, tous les partis de l'opposition exigent désormais que les jeunes ultra-orthodoxes accomplissent leur service militaire.
Il estime également que de nombreux électeurs traditionnalistes du parti ne comprennent plus son opposition systématique à la conscription.
«Le parti s'est radicalisé et va perdre beaucoup de sièges au prochain scrutin», prédit-il.
Les sondages attribuent actuellement huit sièges à Shass, contre onze aujourd'hui.
Au final, la stratégie du parti reste entre les mains du puissant Conseil des Sages de la Torah, l'instance religieuse qui fixe sa ligne politique.
«Faire tomber Netanyahu, on aurait pu le faire, mais on n'aura pas mieux après, a priori, et c'est le Conseil des Sages qui a décidé, donc on obéit», conclut Yossi Taieb.
AFP



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