Depuis une vingtaine d'années, les États-Unis apportent un soutien matériel et financier à l'armée libanaise. L'objectif affiché est de renforcer l'État libanais en consolidant les Forces armées libanaises, afin qu'elles puissent progressivement exercer le monopole de la force sur le territoire.
Cette politique est toutefois largement façonnée par la présence du Hezbollah, que Washington cherche indirectement à contrebalancer en renforçant les capacités de l'armée régulière.
En juillet 1958, puis entre 1982 et 1984, l’armée américaine va se déployer au Liban dans diverses interventions. Ces déploiements vont provoquer les premières coopérations militaires entre l’armée américaine et l’armée libanaise, mais à une échelle limitée.
Durant le second déploiement, une unité des forces spéciales de l'armée américaine a eu pour mission de former des unités de l’armée libanaise, et le Pentagone a fourni au Liban des armes, des hélicoptères, des munitions et d’autres matériels militaires, le tout financé par le gouvernement libanais. Le soutien américain reste cependant, durant cette période et les années qui vont suivre, assez limité.
C’est surtout à partir de 2005, avec l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, que Washington va se pencher davantage sur la question libanaise.
Le tournant de 2005
L’assassinat de Rafic Hariri va provoquer la révolution du Cèdre qui réclame le départ des troupes syriennes du Liban. Le départ effectif de la Syrie deux mois plus tard va inciter les États-Unis à s’investir davantage dans le pays du Cèdre. Les États-Unis s’engagent alors à consacrer 200 millions de dollars pour former et équiper l’armée libanaise.
La guerre de 2006 renforce encore la volonté de Washington de soutenir les institutions étatiques libanaises, en particulier les Forces armées libanaises. À partir de cette période, l'aide militaire américaine augmente fortement. Entre 2006 et le début des années 2010, plusieurs centaines de millions de dollars sont consacrés à la formation, à l'équipement et à la modernisation de l'armée libanaise.
L’armée libanaise se retrouve à cette période dans une position difficile, notamment en 2007 durant la guerre contre Fatah al-Islam, un mouvement islamiste salafiste basé dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared. En effet, durant la bataille, elle se retrouve à court d’armes et de munitions. Les États-Unis envoient alors en urgence plus de 40 avions-cargos d’assistance militaire.
En 2007, les États-Unis allouent environ 321 millions de dollars à l’aide sécuritaire pour le Liban. Cela comprend 224,8 millions via le programme Foreign Military Financing (FMF), l'outil principal servant à financer l'achat d'équipements militaires américains, 30,6 millions via les fonds d'urgence du département de la Défense, mobilisés pour acheminer en urgence des pièces de rechange et des munitions, et 60 millions de dollars pour entraîner et équiper les forces de sécurité intérieure via le programme INCLE.
Les livraisons américaines à l’armée libanaise comprennent alors des milliers de fusils M4 et M16, des Humvees, des véhicules blindés M113, des obusiers M198, des missiles antichars TOW et Hellfire, des hélicoptères Huey modernisés et des drones Raven.
Le cadre et les contraintes de l’aide américaine
À la suite de l’accrochage survenu le 3 août 2010 à la frontière libano-israélienne entre les armées libanaise et israélienne, le Congrès américain suspend temporairement une enveloppe de 100 millions de dollars destinée à l’armée libanaise. Cette décision est alors motivée par des interrogations sur l’utilisation éventuelle des équipements américains ainsi que par la crainte qu’ils ne tombent sous l’influence du Hezbollah.
Bien que cette aide ait été débloquée par la suite, cet épisode illustre les paramètres qui encadrent la coopération militaire entre Washington et Beyrouth. La politique américaine au Moyen-Orient repose notamment sur le principe du « Qualitative Military Edge » (QME), qui vise à préserver l’avantage militaire technologique d’Israël dans la région. Dans ce contexte, les équipements fournis à l’armée libanaise ne sont pas de même nature ni de même niveau que ceux accordés à l’État hébreu.
Ce cadre contribue à restreindre le développement des capacités conventionnelles de l’armée libanaise, alors que le Hezbollah bénéficie, de son côté, d’un soutien militaire et financier important de l’Iran et, historiquement, de la Syrie. L’institution militaire se concentre ainsi principalement sur la préservation de la stabilité intérieure, la lutte contre le terrorisme et le maintien de l’ordre.
Moins équipée que le Hezbollah et que l’armée israélienne, elle ne dispose pas des moyens nécessaires pour exercer seule un contrôle complet sur l’ensemble du territoire ni pour procéder au désarmement des différentes organisations armées présentes au Liban. À ces contraintes matérielles s’ajoutent les fractures confessionnelles et politiques du pays, qui obligent l’armée à préserver en permanence sa cohésion interne.
Lors des crises nationales, elle s’efforce donc d’adopter une position de neutralité, jouant un rôle d’interposition afin de contenir les affrontements, de protéger les civils et de limiter les conséquences des violences.
Lutte contre le terrorisme et crise économique
Dans les années 2010, l’essor de l’État islamique et d’autres groupes djihadistes comme Jabhat al-Nosra en Syrie vont amener les États-Unis à coopérer de manière active avec l’armée libanaise. Cette dernière doit en effet affronter ces groupes terroristes, notamment à Arsal en août 2014. Washington lui fournit alors des aéronefs, des véhicules, des armes et d'autres équipements militaires.
En décembre 2017, le département américain de la Défense a annoncé un plan d'aide de 120 millions de dollars visant à fournir à l’armée libanaise six hélicoptères d'attaque légers MD-530G, six drones Scan Eagle et des systèmes de communication, de l'électronique et des appareils de vision nocturne.
À partir de 2019, le Liban s'enfonce dans l'une des pires crises économiques de l'histoire moderne. La dépréciation de la livre libanaise détruit le pouvoir d'achat des soldats, menaçant l'institution d'effondrements internes et de désertions massives. Les États-Unis vont alors adapter leur aide en finançant notamment de manière exceptionnelle les soldes et les primes et en apportant un soutien logistique (carburant, nourriture, maintenance).
Avec le début de la guerre au Liban le 8 octobre 2023, Washington va encore adapter son aide avec comme objectif de maintenir l’armée en état, ainsi que de financer son déploiement dans le sud du pays et le désarmement du Hezbollah. Entre octobre 2023 et juillet 2026, les États-Unis vont ainsi promettre environ 380 millions de dollars aux Forces armées libanaises, dont une partie a déjà été versée.
Vingt ans après le début de cette politique, les États-Unis demeurent de loin le principal partenaire militaire de l'armée libanaise. Malgré plusieurs milliards de dollars investis, cette assistance n'a toutefois pas permis de modifier fondamentalement les équilibres sécuritaires du pays. Si elle a renforcé les capacités opérationnelles des Forces armées libanaises, elle n'a pas remis en cause le poids militaire du Hezbollah, dont l'arsenal demeure largement supérieur à celui de l'armée régulière.
L'aide américaine apparaît ainsi moins comme un outil destiné à transformer l'équilibre des forces que comme un moyen de préserver l'existence d'une institution nationale considérée comme essentielle à la stabilité du Liban.



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