Un siècle après son adoption, la Constitution libanaise fait débat comme jamais. Le Liban a-t-il besoin d’une Constitution amendée, voire nouvelle, ou d’une application stricte de celle qui existe déjà ?
Réformer le texte ou rétablir son application ?
Le premier niveau du débat porte sur l’ampleur du changement à envisager. Certains juristes et experts, interrogés par Ici Beyrouth, sous couvert d’anonymat, défendent l’idée d’une nouvelle Constitution, conçue à partir des réalités contemporaines du Liban, avec la mise en place d’un État plus unifié dans son fonctionnement, un exécutif mieux défini et des institutions capables de fonctionner en dehors des logiques confessionnelles et des équilibres de force armés.
À l’inverse, d’autres estiment qu’une refonte est inconcevable. Selon eux, le problème ne réside pas dans le texte lui-même, mais dans son application. Le respect effectif des délais constitutionnels, des procédures et des mécanismes existants suffirait, à leurs yeux, à restaurer la crédibilité des institutions et à stabiliser le système politique.
État civil, fédéralisme et architecture institutionnelle
Au-delà de cette opposition, la discussion touche aussi à des choix plus structurels. La question du fédéralisme et celle de l’état civil reviennent régulièrement dans le débat public. Pour certains, une forme de fédéralisation permettrait de mieux encadrer la diversité confessionnelle et territoriale du pays. Pour d’autres, elle risquerait au contraire d’accentuer la fragmentation de l’État et de fragiliser davantage la cohésion nationale.
Dans ce contexte, l’idée d’un Sénat, pourtant prévue dans la logique de l’accord de Taëf, est régulièrement remise sur la table sans jamais avoir été concrétisée. Ses partisans y voient un mécanisme d’équilibre susceptible d’alléger la pression sur un Parlement monocaméral souvent paralysé. Ses opposants craignent, à l’inverse, la création d’un niveau institutionnel supplémentaire susceptible de renforcer les blocages plutôt que de les résoudre.
Le verrou politique du changement
Reste enfin la question la plus déterminante, celle des conditions politiques d’une réforme. Toute modification en profondeur supposerait un consensus large, difficile à atteindre dans un système où les équilibres confessionnels, les rivalités internes et les influences régionales et internationales pèsent lourdement sur les décisions.
Les expériences passées montrent d’ailleurs que les tentatives de réforme peuvent rapidement se transformer en crises politiques, voire institutionnelles, lorsqu’elles ne sont pas accompagnées d’un accord global et d’un mécanisme de mise en œuvre solide.
Au final, interroger la Constitution libanaise aujourd’hui revient à interroger le Liban lui-même. Faut-il réécrire le texte ou enfin le faire respecter ? Entre nécessité de réforme et peur de l’instabilité, le pays se retrouve à nouveau face à ses propres contradictions, un siècle après la naissance d’un texte qui devait organiser l’équilibre de l’État, mais qui n’a cessé d’être traversé par celui des forces qui le composent.




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