Liban-Chypre:un câble sous-marin pour sortir le Liban de l'isolement énergétique?
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Diversifier les sources d'approvisionnement, renforcer la sécurité énergétique et sortir le Liban de l'isolement de son réseau électrique : tels sont les objectifs du projet d'interconnexion électrique entre le Liban et Chypre.

Les deux pays viennent de lancer la première phase de ce chantier stratégique, qui prévoit la pose d'un câble sous-marin d'environ 250 kilomètres. Si sa concrétisation ne devrait pas intervenir avant cinq à sept ans, cette initiative constitue une première étape vers l'ouverture du Liban aux échanges régionaux d'électricité.

À terme, ce raccordement permettrait au Liban non seulement d'importer de l'électricité lorsque sa production nationale est insuffisante, mais aussi, le cas échéant, d'exporter un éventuel surplus de production. Il ouvrirait également l'accès au réseau électrique européen, dans un contexte où les interconnexions deviennent un levier majeur de sécurité énergétique.

Le projet s'inscrit d'ailleurs dans une dynamique régionale plus large. Un câble sous-marin de près de 900 kilomètres doit prochainement relier Chypre à la Grèce, tandis qu'une liaison électrique entre la Tunisie et l'Italie est déjà à un stade avancé. L'objectif est de renforcer la résilience des réseaux, d'optimiser les coûts de production et de faciliter les échanges d'électricité entre les deux rives de la Méditerranée.

Pourquoi Chypre ?

Chypre apparaît comme un partenaire naturel pour le Liban. Grâce au développement rapide de ses capacités de production, notamment à partir de l'énergie solaire, l'île bénéficie d'une plus grande flexibilité de son système électrique et peut enregistrer, à certaines périodes, des excédents de production. Les futures interconnexions qui la relieront au réseau européen renforceront encore cette position.

Pour un pays comme le Liban, dont le système électrique demeure l'un des plus fragiles de la région, cette ouverture représente bien davantage qu'une simple source supplémentaire d'électricité. Les pays interconnectés peuvent importer de l'énergie en cas de déficit de production, exporter leurs excédents lorsque leur production dépasse la demande et mieux faire face aux défaillances de leurs centrales électriques. L'interconnexion réduit ainsi la vulnérabilité des réseaux nationaux tout en améliorant leur stabilité.

Jusqu'à six heures d'électricité supplémentaires

Aujourd'hui, le Liban ne dispose que d'une capacité de production oscillant entre 320 et 350 MW, alors que la demande peut atteindre 4 000 MW lors des pics estivaux.

Une fois le câble raccordé à la centrale thermique de Zouk, le Liban pourrait bénéficier d'une capacité supplémentaire pouvant atteindre 500 MW, soit l'équivalent de quatre à six heures d'alimentation électrique quotidienne.

Ces 500 MW représenteraient entre 15 et 20 % des besoins du pays pendant les périodes de grande consommation. Ils ne suffiraient donc pas à résoudre, à eux seuls, la crise chronique de l'électricité, mais constitueraient un apport significatif susceptible de réduire le recours aux générateurs privés.

Une étude avant toute décision

Encore faudra-t-il que ce projet franchisse les nombreuses étapes techniques, économiques, réglementaires et financières qui le séparent de sa réalisation.

Le ministre libanais de l'Énergie et de l'Eau, Joe Saddi, et son homologue chypriote, Michael Damianos, ont annoncé le lancement, avec le soutien de la Banque mondiale, d'une étude d'évaluation préalable, à la demande des gouvernements des deux pays.

Cette première phase analysera l'équilibre entre l'offre et la demande d'électricité ainsi que la rentabilité économique du projet. Si les résultats sont concluants, elle sera suivie d'une étude de faisabilité plus détaillée portant sur les aspects techniques, économiques et commerciaux.

Cette seconde étape précisera notamment la capacité d'importation du Liban, le tracé définitif du câble, les modalités de raccordement ainsi que le coût global du projet.

Quel financement ?

Les conclusions de cette étude devraient ensuite permettre d'engager la recherche des financements nécessaires.

Le projet serait réalisé dans le cadre d'un partenariat public-privé (PPP). L'État libanais mettrait à disposition les terrains, les transformateurs, les équipements ainsi que les infrastructures de raccordement à la centrale de Zouk, tandis que les capitaux pourraient provenir de l'Union européenne si le projet était reconnu comme stratégique pour la Méditerranée, ou d'autres bailleurs de fonds internationaux.

Le coût définitif ne sera toutefois connu qu'à l'issue de l'étude de faisabilité.

De nombreux obstacles à surmonter

Ces perspectives restent toutefois largement tributaires de la capacité du Liban à réunir les conditions financières, techniques et politiques indispensables à la réalisation du projet.

Le premier défi est celui du financement. Même si l'étude de la Banque mondiale conclut à la faisabilité de l'interconnexion, il faudra encore convaincre des investisseurs de s'engager dans un pays marqué par l'instabilité politique et sécuritaire, la faiblesse des finances publiques et une gouvernance régulièrement critiquée.

Les tensions régionales constituent un risque supplémentaire. Elles pourraient endommager les infrastructures, renchérir les coûts d'assurance et alourdir la facture globale du projet, estimée par certaines sources à plus de deux milliards de dollars.

À ces difficultés s'ajoutent les faiblesses structurelles du secteur électrique libanais. La vétusté des réseaux de transport et de distribution continuerait de provoquer d'importantes pertes techniques et non techniques, limitant ainsi une partie des bénéfices attendus de l'interconnexion.

Autre inconnue : le calendrier. Avec une réalisation estimée entre cinq et sept ans, le paysage énergétique pourrait profondément évoluer d'ici là. Le développement des énergies renouvelables, du gaz naturel ou de nouvelles capacités locales de production pourrait réduire l'intérêt économique des importations d'électricité depuis Chypre.

Pour certains experts, la priorité devrait rester, pour le moment, le développement de capacités nationales de production, accompagnées de réformes de gouvernance, de facturation, de recouvrement et de modernisation du réseau.

Un pari stratégique sur l'avenir

L'interconnexion avec Chypre ne constitue ni une solution miracle ni une réponse immédiate aux pénuries chroniques d'électricité que connaît le Liban. Elle représente avant tout un investissement stratégique de long terme, susceptible d'élargir les sources d'électricité disponibles.

Son succès dépendra toutefois de plusieurs conditions : la réussite des études en cours, la mobilisation des financements, la modernisation du réseau libanais, la poursuite des réformes du secteur électrique ainsi qu'une stabilité politique et sécuritaire suffisante pour rassurer les investisseurs. À défaut, ce projet pourrait rejoindre la longue liste des grands chantiers énergétiques annoncés, mais jamais concrétisés.

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