Aoun: «La coordination avec la Turquie est une nécessité stratégique»
À l'occasion de sa première visite officielle en Turquie depuis son entrée en fonction, le président Joseph Aoun affiche sa volonté de renforcer le partenariat entre Beyrouth et Ankara. ©Al Markazia

Le président de la République, le général Joseph Aoun, a quitté Beyrouth jeudi après-midi pour Ankara. Il s’agit de sa première visite officielle en Turquie depuis son entrée en fonction en janvier 2025. Il doit y rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdogan ainsi que plusieurs responsables turcs, afin d'examiner les relations bilatérales entre les deux pays.

Dans un entretien exclusif accordé à l'agence Anadolu, à la veille de son départ, le chef de l'État a estimé que les relations libano-turques avaient «le potentiel d'atteindre des niveaux de coopération avancés». «La Turquie occupe une position centrale dans le paysage régional actuel, et la coordination avec elle est une nécessité stratégique, non un choix conjoncturel», a-t-il déclaré.

«La Turquie peut jouer un rôle d'appui» à l'accord-cadre

Dans l’entretien, le président Aoun a indiqué que les relations entre le Liban et la Turquie disposaient des atouts nécessaires pour passer à des niveaux de coopération plus avancés.

Le chef de l'État a estimé que l'appartenance de la Turquie à l'OTAN, ainsi que ses larges relations régionales, la qualifiaient pour jouer un rôle de soutien dans la promotion internationale de «l'accord-cadre», et pour encourager les parties concernées à en respecter pleinement les termes.

Il a assuré que le Liban restait engagé à mettre en œuvre ce qui avait été signé à Washington, mais que le succès de cet accord dépendait de garanties claires - au premier rang desquelles un retrait israélien complet et simultané au déploiement de l'armée libanaise, un arrêt définitif des violations et agressions qui continuent de toucher le Sud, ainsi qu'un mécanisme international efficace permettant de vérifier le respect de leurs engagements par les deux parties, afin que les engagements libanais ne se transforment pas en une démarche unilatérale sans contrepartie israélienne.

Un soutien militaire multiforme demandé à Ankara

Interrogé sur la coopération militaire entre les deux pays, le président Aoun a affirmé que l'armée libanaise avait besoin d'un soutien multiforme pour renforcer son déploiement et l'extension de l'autorité de l'État, précisant que le Liban évoquerait avec la Turquie l'élargissement des programmes de soutien et d'entraînement militaire déjà existants.

Il a souligné que l'armée libanaise menait un défi existentiel pour établir l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire, ce qui nécessite un soutien à plusieurs niveaux: équipements et matériels modernes, formation spécialisée, et appui logistique lui permettant un déploiement effectif dans les zones sensibles, en particulier dans le Sud, où ce déploiement doit s'accompagner d'un retrait israélien complet et simultané.

«Nous évoquerons avec la partie turque la possibilité d'élargir les programmes de soutien et d'entraînement militaire déjà en place, d'autant qu'Ankara a exprimé, à plusieurs reprises, sa disposition à contribuer au renforcement des capacités de notre institution militaire. Mais nous tenons en même temps à souligner que tout soutien turc viendrait s'ajouter au soutien américain et international déjà existant, et non s'y substituer», a-t-il précisé.

Éviter tout vide sécuritaire après le retrait de la Finul

Le président Aoun a par ailleurs indiqué que la priorité était d'éviter tout vide sécuritaire après la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), soulignant que toute proposition de force alternative - y compris une éventuelle participation turque - serait examinée sous un seul angle: sa capacité à soutenir l'armée libanaise dans l'extension de son autorité et la garantie de la stabilité du Sud.

«La Turquie peut également mettre à profit ses relations pour contribuer au contrôle des frontières est et nord du Liban et empêcher toute contrebande d'armes ou infiltration susceptible de menacer la sécurité libanaise.» a également indiqué le président Aoun.

«L'État libanais, seule autorité habilitée» sur les questions de souveraineté

Le chef de l'État a réaffirmé que l'État libanais, représenté par la présidence de la République et le gouvernement, demeurait la seule instance constitutionnellement habilitée à prendre les décisions relatives à la souveraineté, à la sécurité et aux relations extérieures - un principe sur lequel il a dit insister en permanence.

Il a estimé que le succès de la mise en œuvre des ententes de cessez-le-feu, ainsi que le traitement des dossiers en suspens - au premier rang desquels la centralisation des armes entre les mains de l'État - nécessitait une approche progressive et un dialogue interne continu, loin de toute confrontation, de sorte que chacun soit convaincu que l'intérêt supérieur du Liban réside dans un État fort, doté de ses seules institutions légitimes, et non dans la persistance des divisions autour des décisions de guerre et de paix.

Il a précisé que les autorités syriennes elles-mêmes avaient réaffirmé à plusieurs reprises, au plus haut niveau, ne pas avoir l'intention d'intervenir militairement dans les affaires libanaises, leur soutien se limitant à appuyer le principe de placer les armes et les décisions de guerre et de paix entre les mains de l'État libanais - une position que le président a dit accueillir favorablement.

Il a indiqué avoir insisté, lors de ses rencontres avec le président syrien Ahmad al-Chareh, sur le fait que la coordination entre les deux pays devait se situer au niveau des directions politiques, sur la base du respect de la souveraineté de chaque pays et de la non-ingérence dans les affaires internes. Quant aux déclarations ou spéculations évoquant un rôle syrien plus large, il les a qualifiées d'«interprétations médiatiques ne reflétant aucune réalité de négociation ni position officielle», affirmant rester attentif à corriger toute confusion pouvant naître sur ce dossier sensible.

Redressement économique: investissements, commerce et reconstruction

Sur le plan économique, le président Aoun a indiqué que le Liban comptait sur la Turquie pour contribuer à son redressement à travers l'investissement, le commerce et la reconstruction - notamment en encourageant les entreprises turques à investir directement dans les secteurs productifs libanais, en activant les accords commerciaux existants, en levant les obstacles logistiques aux échanges de biens, et en tirant parti de la vaste expérience turque en matière de reconstruction.

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