Le mouvement islamiste palestinien Hamas a annoncé vendredi un accord portant notamment sur son désarmement et un retrait israélien de la bande de Gaza.
Voici les principaux défis de la mise en œuvre de cet accord, qualifié d'«étape monumentale» par le président américain Donald Trump.
Le silence israélien
«Le Hamas a désormais accepté un texte qui respecte pleinement le plan de Trump (pour Gaza, NDLR), que le «Conseil de paix» a salué, que Trump lui-même a salué dans une déclaration publique, et que (le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahou a rejeté d'emblée», rappelle le chercheur du Conseil européen des relations internationales (ECFR), Muhammad Shehada.
Selon lui, «tant que les Israéliens resteront sur cette position, il n'y aura donc absolument aucune avancée possible».
Les autorités israéliennes n'ont pas répondu aux annonces du Hamas et le mouvement a souligné attendre une confirmation officielle israélienne.
Jeudi, une source politique israélienne avait affirmé que Gaza n'avait pas été évoqué lors de la rencontre entre MM. Netanyahou et Trump mardi.
«Il n'y aura pas de retrait israélien de la +ligne jaune+ dans la bande de Gaza tant que le Hamas n'aura pas été désarmé et que la bande de Gaza n'aura pas été démilitarisée», avait-elle ajouté.
Des contreparties attendues
«L'accord contient une disposition claire stipulant qu'Israël doit s'engager à respecter et à mettre en œuvre ses obligations. Si Israël n'applique pas l'accord, nous ne le ferons pas non plus», a averti le responsable du Hamas Ghazi Hamad.
Il a expliqué que l'accord ne se résumait pas à un désarmement du mouvement, mais constituait un ensemble de mesures interdépendantes.
Pour le Hamas, le retrait israélien, le déploiement d'une force internationale, l'installation d'une administration palestinienne technocratique et le traitement de la question des armes doivent progresser de manière synchronisée.
Pour l'instant, «on est loin d'un retrait, puisqu'on est dans une progression de l'occupation», relève la spécialiste du Hamas Leïla Seurat.
Des sources militaires israéliennes ont en effet affirmé mi-juillet que l'armée contrôlait plus de 60% du territoire, soit davantage que ce qui était prévu dans l'accord de cessez-le-feu d'octobre 2025.
Le Hamas insiste également sur le fait qu'Israël ne doit jouer aucun rôle dans le désarmement.
Selon lui, le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), un organisme de technocrates palestiniens créé sous l'égide du «Conseil de paix», sera la seule entité habilitée à inventorier et stocker les armes. Il évoque également un stockage des armes plutôt que de s'en débarrasser en dehors du territoire.
Les autorités israéliennes exigent pour leur part la démilitarisation totale de la bande de Gaza et le retrait des armes de l'enclave comme préalable à toute avancée.
«A l'approche des élections, il est hors de question que Netanyahou autorise un quelconque retrait ou une reconstruction à Gaza, cela reviendrait à un suicide politique après avoir promis à sa base un contrôle israélien accru sur l'enclave, et alors que son ministre de la Défense s'est engagé à y reconstruire des colonies», commente M. Shehada.
«Sans retrait, pas de désarmement, et sans désarmement, pas de retrait : derrière l'annonce optimiste de Trump se cachent des lacunes critiques», relève vendredi un éditorialiste du principal site d'information israélien, Ynet.
Modalités à définir et calendrier
Les responsables du Hamas soulignent que les deux prochaines semaines doivent permettre de définir les mécanismes d'application de l'accord.
«Nous devons nous mettre d'accord sur chaque détail: la manière dont l'accord sera appliqué, le moment où il le sera et les mécanismes permettant sa mise en œuvre», a expliqué Ghazi Hamad à l'AFP.
Pour Leïla Seurat, «le Hamas participe lui aussi à ce jeu médiatique des annonces pour essayer de forcer la mise en œuvre de l'accord».
«Ce qui les intéresse, c'est surtout de mettre les médiateurs face à leurs responsabilités, de dire: nous faisons notre part de ce qui était convenu et Israël ne fait rien», ajoute-t-elle.
Les avancées dépendront donc largement du pouvoir de persuasion des médiateurs (Égypte, États-Unis, Qatar et Turquie) pour faire accepter un calendrier et des modalités d'application.
Obstacles sur le terrain
Même si un calendrier était arrêté, plusieurs obstacles persistent.
Le NCAG n'est toujours pas autorisé à entrer dans la bande de Gaza.
La Force internationale de stabilisation (ISF), appelée à soutenir cette transition et le désarmement aux côtés d'une nouvelle police palestinienne, reste également une structure en cours de constitution.
AFP



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