Mais qu’est-ce qui se passe dans ce pays ? Un dîner en hommage à un sénateur américain, un soutien à la paix, une photo… et un torrent de haine, d’insultes et de mines choquées se déverse sur une personnalité libanaise.
Plaintes, enquêtes, portraits… un acharnement coordonné contre un seul homme. Il faut dire que la cible est facile et coche toutes les cases de l’agression sans conséquences, facilement déclinable sur les réseaux sociaux.
Première case : banquier ! Oh ! Le gros mot. Allez ! On peut y aller. Peu importe que ce banquier ne cherche pas à “protéger sa banque”, mais à ce que les responsables de la débâcle financière soient tous impliqués dans les efforts pour la restitution de l’argent des déposants. Sans son opposition farouche, les plans concoctés pour le Liban seraient appliqués depuis longtemps, l’argent des déposants aurait disparu dans les tableaux Excel du FMI et les vrais voleurs corrompus seraient en ce moment en train de compter les liasses de billets planquées à l’étranger.
Deuxième case : chrétien. Avec cette fois une double prime de non-risque. Chrétien mais pas maronite. Ouf ! De quoi éviter de se prendre en pleine figure les poids lourds de cette communauté.
Troisième case : favorable à la paix avec Israël. Là, pour les démagogues et les amoureux de la mort, c’est le summum de la jouissance. Quoi ! La paix ! Jamais, claironnent-ils. Mais alors quoi ? De nouvelles guerres aussi brillantes que les précédentes ? La Ligue arabe ? L’ONU ? Quelle est l’alternative ? Aucune. Aucune autre que la paix pour recouvrer nos terres et notre souveraineté. Et certainement pas l’axe iranien.
Alors, d’accord, nous sommes tous partants pour le grand soir de la justice. On va le faire dans l’ordre en posant de simples questions.
Première question : où sont les plaintes, enquêtes, portraits de Qard al-Hassan, la “banque” du Hezbollah ? Pourtant, c’est l’une des causes principales de la mise à l’index du Liban par le système financier mondial. C’est cet organisme, fonctionnant sans autorisation et prospérant sur tous les trafics possibles et imaginables, qui a provoqué les premières paniques à la seule évocation du mot Liban. C’est là que les déposants ont commencé à perdre leur argent.
Réponse : rien. Personne n’ose rien contre la mafia armée.
Deuxième question : où en sont les plaintes, enquêtes et portraits des criminels de guerre au Liban ? 150 000 morts. 15 ans de conflits. Une destruction totale. Ça mériterait bien un petit quelque chose. Ben non ! Réponse : rien. Personne n’ose rien contre les “saigneurs” de guerre.
Troisième question : où en sont les plaintes, enquêtes et portraits de la corruption ? Des dizaines de milliards de dollars partis dans les poches de dirigeants politiques libanais et syriens successifs. Réponse: rien. Personne n’ose regarder la mafia en costume-cravate dans les yeux.
Quatrième question : où en sont les plaintes, enquêtes et portraits des gardiens de la révolution iraniens, entrés illégalement au Liban et responsables de deux guerres en :deux ans, dix mille morts, 20 milliards de dollars de dégâts, et des centaines de milliers de déplacés ? Et peut-être la mort définitive du pays. Réponse: rien. Personne n’ose défier ces barbus fanatiques.
La liste des questions est longue comme un jour sans fin.
Tiens, une dernière : on commémore en ce début de mois d’août l’explosion dans le port de Beyrouth. 235 morts. 20 000 blessés. 250 000 Libanais qui ont choisi l’exode. 6 ans plus tard, où en sont les plaintes, enquêtes, portraits des responsables de cette catastrophe ? Toujours rien.
Le Liban souffre d’une indignation sélective et choisie.
Dans ce pays, on s’attaque à ceux qui peuvent être attaqués et l’on se tait devant ceux qui peuvent frapper. C’est ainsi que meurent les nations : non pas sous les coups de leurs ennemis, mais sous le poids de leur propre lâcheté.




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