Moyen-Orient: Lufthansa avertit sur l'incertitude des prochains mois
Le groupe aérien allemand Lufthansa et son concurrent Air France prolongent la suspension de leurs vols vers le Moyen-Orient ©Shutterstock

Le premier groupe aérien européen Lufthansa a abaissé mardi ses prévisions annuelles à cause de l'envolée des coûts du kérosène, avertissant de l'«incertitude» et des réservations plus tardives qui compliquent sa quête de rentabilité.

Lors du deuxième trimestre, ses deux concurrents de taille comparable en Europe, Air France-KLM et IAG, ont la semaine dernière aussi affiché des résultats en net recul et revu en baisse certaines prévisions, sous l'effet de la guerre en Iran.

«Les coûts du carburant ont été un vent contraire majeur car ils ont augmenté de 40% et ont entraîné un coût supplémentaire d'environ 750 millions d'euros par rapport à l'année dernière», a expliqué lors d'une conférence de presse le directeur financier de Lufthansa, Till Streichert.

Cette charge majeure s'est répercutée sur le bénéfice opérationnel ajusté (EBIT), en baisse de 56% sur un an, à 383 millions d'euros.

Lufthansa a aussi subi sur la période plus de 150 millions d'euros de charges liés aux grèves des pilotes et du personnel de bord, même si son patron Carsten Spohr a dit «ne pas s'attendre à ce qu'il y ait des grèves cet été».

Le groupe francfortois a néanmoins raboté sa prévision de rentabilité annuelle, tablant désormais sur un EBIT ajusté compris entre 1,7 et 2,2 milliards d'euros en 2026, contre un niveau «significativement supérieur» auparavant.

Hausse des tarifs

«Ce qui a changé, c'est l'ampleur de l'incertitude et donc le risque de résultat à la baisse», a justifié M. Streichert.

Pour protéger ses marges, Lufthansa répercute une grande partie de la hausse du prix du kérosène sur ses clients, en augmentant ses tarifs.

Grâce à cette stratégie, il parvient à compenser environ 60% de l'augmentation des coûts, d'après son rapport financier.

Si le groupe a indiqué souhaiter poursuivre cette stratégie, le directeur financier a admis que «la visibilité» était désormais «un peu plus faible que d'habitude, car nous constatons que les cycles de réservations sont plus courts chez nos clients».

La demande est cependant restée robuste jusqu'à présent, particulièrement en Asie et en Afrique, en réaction à la guerre au Moyen-Orient. Les rendements de Lufthansa sur les routes asiatiques ont notamment augmenté de 13% sur un an.

Pour résister aux vents contraires, Lufthansa met aussi en place une stratégie dite de «hedging», qui consiste à faire appel à des contrats à terme pour fixer le prix du kérosène et éviter les hausses soudaines de coûts.

Dans ce domaine, le groupe allemand est bien positionné par rapport à ses concurrents. Pour le troisième trimestre 2026, environ 82% du volume de kérosène dont il a besoin est couvert, contre 74% pour IAG et 66% pour Air-France KLM.

Plan de redressement

Le groupe aérien, dont la marque principale est Lufthansa mais qui possède de nombreuses autres compagnies comme Swiss, Austrian Airlines ou Eurowings, mise par ailleurs sur une offensive de productivité.

Le programme «Turnaround», qui concerne la compagnie principale Lufthansa Airlines, vise une amélioration brute de l'EBIT de 1,5 milliard d'euros d'ici la fin de l'année 2026, selon M. Streichert.

Annoncé dès 2024, il passe notamment par un renouvellement de la flotte avec des avions plus modernes et la suppression de 4.000 postes administratifs dans le monde d'ici 2030.

Lufthansa prévoit par ailleurs un gain de 150 à 200 millions d'euros via le gel des embauches externes pour les fonctions administratives et la réduction de dépenses jugées non essentielles.

Acculée par la flambée du kérosène, Lufthansa avait dû en avril fermer sa filiale CityLine, qui opérait des vols court-courrier depuis Francfort et Munich, et réduire ses capacités moyen et long courrier.

Pour continuer à croître, Lufthansa mise aussi sur des acquisitions: comme son rival Air France-KLM, il a soumis fin juillet une offre contraignante pour obtenir une part minoritaire de la compagnie portugaise TAP Air Portugal, en cours de privatisation.

Par Paul CASSEDANNE/AFP

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