Liban : dans les coulisses du prix du bidon d'essence
©Ici Beyrouth

En 2026, le Liban demeure l’un des pays de la région où la fiscalité appliquée aux carburants figure parmi les plus élevées. Les prélèvements publics représentent environ un tiers du prix payé à la pompe, auxquels s’ajoutent près de 7 à 8 % de coûts liés à la chaîne d’approvisionnement et de distribution (importateurs, distributeurs, stations-service et frais logistiques), qui ne constituent pas des taxes. Cette charge fiscale comprend notamment la TVA de 11 %, les droits de douane, la taxe de consommation ainsi que les prélèvements exceptionnels instaurés par l’État.

À titre de comparaison, en Jordanie, bien que la TVA atteigne 16 %, la charge fiscale globale sur les carburants est estimée entre 25 et 30 % du prix final, grâce à des droits d’accise plus modérés. En Égypte, où la TVA s’élève à 14 %, les prélèvements supportés directement par le consommateur varient entre 20 et 25 % du prix à la pompe, l’État privilégiant davantage une fiscalité appliquée aux compagnies pétrolières. La Turquie fait figure d’exception régionale, avec une pression fiscale comparable à celle du Liban : une TVA de 20 % à laquelle s’ajoute une taxe spéciale sur la consommation (SCT), fixée à 12,5 livres turques par litre d’essence, portant la part des taxes dans le prix final entre 35 et 45 %, selon l’évolution des cours internationaux.

Comment se construit le prix des carburants ?

La hausse rapide des prix à la pompe, comme leur baisse plus lente, s’explique en partie par une confusion fréquente entre le prix du pétrole brut et celui des produits raffinés. Le prix du baril concerne le pétrole extrait du sous-sol, tandis que les carburants vendus au Liban (essence, mazout et gaz) sont indexés sur les cotations internationales des produits raffinés.

Le ministère de l’Énergie se réfère notamment aux cotations Platts pour le bassin méditerranéen. Il retient la moyenne des quinze dernières cotations de l’essence ou du mazout avant l’établissement du barème officiel, puis y ajoute les primes, les coûts du fret maritime, les assurances, les taxes, les redevances et les marges réglementées. C’est sur cette base que sont fixés les prix officiels à la pompe.

Ventilation estimative du prix d’un bidon d’essence à 2,468 millions de livres

Pour un bidon d’essence vendu 2,468 millions de livres libanaises, le coût du produit importé (achat du carburant, fret et assurance) représente près de 60 % du prix final.

Les prélèvements publics absorbent environ 33 % de la facture, soit 9,8 % (241 000 LL) au titre de la taxe de consommation, 10,7 % (265 000 LL) de TVA, 12,2 % (300 000 LL) correspondant au prélèvement exceptionnel instauré en 2026 pour financer une partie de la revalorisation des salaires publics, tandis que les droits de douane ne représentent qu’environ 0,3 % (6 500 LL).

Les 7 à 8 % restants couvrent les marges réglementées des importateurs, des distributeurs et des stations-service, ainsi que les frais de transport.

Contrairement à une idée répandue, les taxes n’ont pas diminué en valeur absolue depuis le début de 2026. En revanche, leur poids relatif évolue avec le prix international du carburant : lorsque le coût du produit importé augmente, la part des prélèvements fixes dans le prix final diminue mécaniquement, même si leur montant en livres reste inchangé.

Près de 8 à 9 dollars par bidon reviennent à l’État

Sur un bidon d’essence vendu au prix officiel, l’État perçoit ainsi l’équivalent de 8 à 9 dollars sous forme de taxes et de prélèvements. C’est l’estimation avancée par le président de la commission parlementaire des Travaux publics, des Transports, de l’Énergie et de l’Eau, le député Sajih Atiyeh. Cette évaluation est cohérente avec la ventilation du prix à la pompe, qui montre que les prélèvements publics représentent environ un tiers du prix final, auxquels s’ajoutent les coûts réglementés de la chaîne de distribution. Au total, près de 40 % du prix payé par l’automobiliste correspondent à des prélèvements publics et à des coûts de commercialisation réglementés, le solde étant essentiellement constitué du coût du carburant importé.

Contrôle du prix à la pompe

Si les cours mondiaux du pétrole déterminent l’essentiel du prix des carburants, des marges de manœuvre subsistent au niveau local, estiment des professionnels libanais du secteur. Ils plaident d’abord pour une fixation des prix tenant compte de l’origine des cargaisons, certaines importations de pétrole russe étant acquises à un coût inférieur à celui d’autres provenances. Le mécanisme actuel permettrait ainsi à certains importateurs de réaliser des marges importantes, « dont bénéficient les négociants plutôt que les consommateurs ».

Ils préconisent également de redonner aux installations pétrolières publiques un rôle dans l’importation des carburants afin de limiter la concentration du marché, sous réserve de financements publics suffisants. Enfin, ils proposent la constitution de stocks stratégiques en partenariat avec les importateurs privés afin d’amortir, pendant un à deux mois, l’impact d’une flambée des cours mondiaux. Une telle mesure suppose toutefois une relation de confiance entre l’État et le secteur privé, ainsi qu’un engagement de ce dernier à éviter toute pratique assimilable à une rente de situation.

 

 

 

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