La question des obligations de l’État libanais envers la Banque du Liban revient au premier plan du débat financier, alors que les autorités cherchent une formule pour traiter les pertes et restituer une partie des dépôts. Parmi les options figure l’émission de Perpetual Bonds, c’est-à-dire des obligations perpétuelles non remboursables, que l’État utiliserait pour régler une partie de ses engagements envers la Banque du Liban.
Cette formule permettrait d’éviter le décaissement immédiat de sommes considérables, mais elle soulève des interrogations majeures sur la nature de l’engagement, le coût des intérêts, son impact sur les finances publiques et la capacité de l’État à financer la restitution des dépôts.
Selon les déclarations du gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souhaid, les obligations de l’État envers la Banque du Liban atteindraient au minimum 16 milliards de dollars. Selon l’approche envisagée, le remboursement ne serait pas direct, mais passerait par des obligations perpétuelles assorties d’intérêts annuels oscillant entre 300 et 350 millions de dollars par an, voire davantage. Ces chiffres doivent toutefois être vérifiés au regard de leur base de calcul, des conditions des obligations, des modalités de calcul des intérêts et de l’entité qui en supporterait réellement le coût. Si l’État n’est actuellement pas en mesure de dégager les liquidités nécessaires, transformer la dette en obligations n’en supprime pas la charge, mais la reporte dans le temps.
Les obligations perpétuelles peuvent alléger la pression immédiate sur les liquidités, mais elles ne règlent pas la question de la capacité à honorer les engagements. La reconnaissance de la dette doit également être intégrée à un plan financier global tenant compte des recettes, des dépenses et de la croissance économique. Un État en difficulté pour financer ses services publics et la reconstruction ne peut considérer un nouvel engagement comme indépendant de sa réalité économique.
Les débats portent également sur l’ampleur de la reconnaissance par l’État de ses obligations envers la Banque du Liban, et sur la répartition des pertes entre les trois acteurs: l’État, la Banque du Liban et les banques. Il doit s’appuyer sur des données claires, et non sur des accusations politiques. Les déposants ont besoin de savoir si un accord entre l’État et la Banque du Liban permettra réellement de restituer leurs fonds ou s’il ne fera que réorganiser la dette.
De plus, ce débat intervient alors que le budget de l’État est soumis à de fortes pressions en matière de dépenses publiques, de règlement des engagements et de financement de la reconstruction, dans un contexte de ressources limitées.
Le Fonds monétaire international (FMI) appelle les autorités libanaises à accroître les recettes fiscales et les taxes, comme l’a souligné le ministre des Finances Yassine Jaber après ses réunions avec la mission du Fonds. Cependant, toute augmentation de la charge financière pesant sur les citoyens et les entreprises doit faire l’objet d’une évaluation socio-économique rigoureuse. Les impôts ne peuvent être considérés comme une solution au problème de liquidité, surtout s’ils risquent de freiner l’activité économique ou d’alourdir davantage la charge pesant sur les catégories déjà fragilisées.
L’émission d’obligations perpétuelles non remboursables mérite d’être étudiée, mais ne peut être présentée comme une solution définitive sans en préciser les conséquences. La reconnaissance des obligations de l’État doit s’inscrire dans un plan global qui définit les responsabilités, précise les sources de financement, protège les droits des déposants et ne reporte pas la crise sur les générations futures.
Le Liban n’a pas seulement besoin de repousser les pertes. Il a surtout besoin d’un plan intelligible pour les institutions et les citoyens afin qu’ils puissent suivre sa mise en œuvre.