Après cinq mois de guerre, des Iraniens forcés à des sacrifices au quotidien
Photographie montrant les dégâts lors de la visite d’un centre de service automobile dans l’est de Téhéran, touché par une frappe de missile, le 28 mars 2026. ©Atta Kenare / AFP

À Téhéran, Mahzad Azari doit choisir entre manger ou se déplacer, de nouvelles lunettes ou des cours d'anglais: après plus de cinq mois de guerre avec les États-Unis, de nombreux Iraniens multiplient les sacrifices au quotidien pour s'en sortir.

Déjà fragilisée par des décennies de sanctions internationales, l'économie est sous pression alors qu'une cessation durable des hostilités semble encore hors de portée.

Pour veiller à son budget, Mahzad Azari, 21 ans, explique opérer constamment des arbitrages. «Je dois me priver d'une chose pour m'en permettre une autre», déplore cette commerçante.

«Si un jour j'utilise Snapp! (service de réservation de taxi en ligne similaire à Uber), je ne pourrai pas me payer un déjeuner ce jour-là. Si je remplace les verres de mes lunettes, je ne pourrai pas suivre de cours d'anglais», raconte-t-elle à l'AFP.

Une expérience que partage Fahimeh, salariée de 29 ans qui jongle avec deux emplois. «Avant, j'aimais bien aller voir un film, dîner à l'extérieur ou commander des plats italiens à emporter, mais depuis, tout est devenu une question de survie», confie la jeune femme, qui a préféré taire son patronyme pour des raisons de sécurité.

La guerre avec Washington a débuté le 28 février et, après une période de répit marquée par un cessez-le-feu en avril et la signature d'un protocole d'accord en juin, les bombardements ont repris en juillet. Au 22 juillet, l'inflation atteignait 66% sur douze mois, contre 46% en février.

La monnaie poursuit également sa dégringolade: un dollar s'échangeait mercredi contre 1,88 million de rials, contre 1,65 million juste avant le conflit.

L'économie iranienne est pénalisée depuis des années par une hyperinflation chronique et une forte dépréciation de la devise, aggravées par les sanctions liées au programme nucléaire iranien.

Les avancées diplomatiques du printemps avaient brièvement ravivé l'espoir d'une amélioration, mais la reprise des hostilités a rapidement mis fin à ces attentes.

«Chaque fois qu'il y a un cessez-le-feu, le bazar connaît un léger regain d'activité, puis on annonce un retour de la guerre (...) et c'est toujours la même histoire qui recommence», soupire Mahzad Azari.

Dans un message publié en mai, le guide suprême Mojtaba Khamenei a appelé à soutenir «l'économie de la résistance», un concept visant à réduire la dépendance économique de l'Iran vis-à-vis de l'extérieur.

«L'économie iranienne s'est adaptée à de nombreuses crises et a développé une capacité à faire preuve de résilience», estime l'économiste Behnam Samadi. «Mais cette résilience a eu un coût.»

Selon lui, le pouvoir d'achat continue de diminuer, les entreprises voient leurs charges augmenter et le gouvernement accroît ses dépenses pour maintenir l'économie à flot.

Pour faire face, certains commerces proposent désormais le paiement en plusieurs fois, y compris pour les courses alimentaires ou les soins médicaux.

Mais, pour beaucoup, cela ne fait que retarder les difficultés. «Le niveau de vie de la population se détériore considérablement», souligne M. Samadi.

Davood, primeur de 23 ans, dit ne plus avoir les moyens de partir quelques jours hors de Téhéran, tandis qu'Ehsan, épicier, constate que «les repas des gens sont de plus en plus maigres».

«Tous les rêves que nous avions – acheter une maison, une voiture – s'éloignent chaque jour un peu plus», souffle enfin Amir Reza, 23 ans.

Par Ramin KHANIZADEH, AFP

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