Satellites et débris en orbit : sous un ciel encombré, les experts britanniques en alerte
Cette photo prise le 30 juillet 2026 montre l'installation d'une antenne parabolique à l'observatoire de Chilbolton, situé dans le village du même nom, au sud-ouest de Londres. ©DANIEL MATTHEWS / AFP

Dans le sud de l'Angleterre, les équipes de l'observatoire astronomique de Chilbolton scrutent le ciel sous une immense antenne parabolique pour traquer des débris spatiaux de plus en plus nombreux et protéger les satellites britanniques.

Lorsque l'antenne s'active, les écrans de la salle de contrôle affichent les objets détectés par le système : étoiles, satellites ou étages de fusées abandonnés.

Les experts de cet observatoire, exploité par le laboratoire spatial national britannique RAL Space, surveillent principalement les satellites sous licence britannique, comme ceux dédiés à l'internet ou à la météorologie.

Les données sont ensuite transmises au Centre national des opérations spatiales du Royaume-Uni (NSpOC) ainsi qu'à d'autres agences qui travaillent 24 heures sur 24 pour prévenir les collisions.

L'orbite terrestre est de plus en plus encombrée par les satellites et les débris de fusées, soulignent les experts, qui jugent urgent d'investir dans la surveillance de cet espace saturé.

Selon des chiffres de l'Agence spatiale européenne publiés fin juillet, plus de 46.000 débris spatiaux, pesant au total 17.000 tonnes, se trouvent actuellement en orbite - sans parler des multiples fragments non catalogués.

«Notre rôle est d'observer tout ce qui se passe et tout ce qui se trouve dans l'espace», explique à l'AFP Matthew Archer, directeur adjoint chargé des lancements et de la surveillance spatiale à l'Agence spatiale britannique.

«La plupart ne causent aucune collision la plupart du temps», dit-il, mais «tous pourraient causer des dommages substantiels, voire détruire des satellites».

La hausse du «nombre d'objets rend l'espace beaucoup plus encombré, ce qui accentue continuellement le besoin de surveillance», poursuit-il, tandis que des satellites de la constellation Starlink de SpaceX défilent à l'écran.

Mercredi, des scientifiques ont confirmé que l'étage supérieur d'une fusée de SpaceX s'était écrasé sur la Lune - une collision dont les scientifiques espèrent qu'elle permettra de mieux évaluer les risques liés aux débris spatiaux artificiels.

«Environnement multinational» 

Dans ce contexte, le Royaume-Uni s'est engagé à investir 85 millions de livres (environ 100 millions d'euros) dans son centre national, le NSpOC, à l'image d'autres nations comme la France et le Japon.

L'Agence spatiale britannique s'appuie sur les données du centre pour suivre les mouvements des satellites et surveiller les mouvements de ses «adversaires» potentiels.

Selon M. Archer, certains États ont montré qu'ils pouvaient rapprocher leurs engins des satellites britanniques, rendant nécessaire «le suivi régulier de ces menaces d'un point de vue militaire».

Les scientifiques surveillent également les débris spatiaux comme les étages de fusées abandonnés ou les satellites hors service qui pénètrent de plus en plus fréquemment dans l'atmosphère.

En cas de rentrée atmosphérique, les scientifiques sont prêts à donner l'alerte pour les débris risquant de ne pas se désintégrer avant de toucher le sol. Comme en janvier dernier lors du retour incontrôlé d’une fusée chinoise, qui a finalement terminé sa course dans le Pacifique après avoir menacé de s’écraser sur le territoire britannique.

«C'est un environnement véritablement multinational et il y a tellement d'objets qui ne sont pas contrôlables», remarque Sarah Nash, responsable des installations à Chilbolton.

«Le seul moyen que toutes ces activités se poursuivent en toute sécurité est de suivre à la trace chaque élément (...)», poursuit-elle.

Étude renforcée des astéroïdes 

Ce dispositif permet aussi d'anticiper les risques naturels venus de l'espace, en repérant les comètes et les astéroïdes qui s'approchent un peu trop de la Terre.

L'Agence spatiale britannique a rejoint l'année dernière le Réseau international d'alerte aux astéroïdes (IAWN).

«Nous travaillons en partenariat avec la Nasa et d'autres acteurs aux États-Unis pour fournir une probabilité en pourcentage d'un impact éventuel avec la Terre et préciser à quel moment cela pourrait se produire», détaille M. Archer.

En 2029, le Royaume-Uni doit soutenir la mission de l'Agence spatiale européenne visant à étudier Apophis, un astéroïde de 375 mètres de large, lors de son passage à proximité de la Terre.

«Les astéroïdes constituent un défi très intéressant à bien des égards. Il est rare qu'un astéroïde surgisse de nulle part», explique Mme Nash.

Ils sont généralement surveillés par des détecteurs optiques situés ailleurs en Grande-Bretagne, car ils se trouvent trop loin pour être détectés par le radar-parabole de Chilbolton.

«S'ils étaient assez proches pour être vus par l'antenne (radar), là nous aurions vraiment des problèmes», dit en riant Graham Marshall, responsable de la station.

Par Akshata Kapoor and Daniel Matthews, AFP

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