Liban: un pays riche en eau… mais confronté à la pénurie

Au Liban, l’eau coule, mais pas toujours dans les robinets. Les ménages continuent de recourir aux citernes pour couvrir leurs besoins quotidiens, à leurs frais et parfois à prix fort.

Pourtant, le pays figure parmi les mieux dotés en ressources hydriques de la région. Les précipitations de l’hiver 2026 ont-elles permis de reconstituer suffisamment les réserves? Entre abondance naturelle, pollution et infrastructures défaillantes, le Liban peine toujours à transformer son potentiel hydrique en eau disponible pour sa population.

2.000 sources naturelles

Le Liban dispose de ressources hydriques importantes: plus de 2.000 sources naturelles fournissent environ 1 milliard de m³ d’eau par an, tandis que ses ressources internes renouvelables sont estimées à quelque 4,8 milliards de m³ par an, selon la Banque mondiale. Le pays compte également une quarantaine de cours d’eau principaux. Mais cette abondance théorique ne se traduit pas par une disponibilité équivalente: les ressources de surface et souterraines effectivement récupérables sur les plans techniques et économiques sont estimées à seulement 2,08 milliards de m³ par an.

Nette amélioration des précipitations en 2026

La saison des pluies 2025-2026 a pourtant été nettement meilleure que la précédente. Les données du service météorologique font état d’une hausse sensible des précipitations dans plusieurs régions. À Tripoli, elles ont atteint environ 658 mm, contre 438 mm en 2024-2025. À Beyrouth, elles se sont élevées à 415 mm, contre 338 mm, mais restent inférieures à la moyenne annuelle d’environ 643 mm. À Zahlé, elles ont atteint 368 mm, contre 234 mm la saison précédente.

Cette amélioration pose donc une question simple: où est passée cette eau? Car malgré des précipitations plus abondantes, la pénurie persiste. Le problème ne réside donc pas uniquement dans le volume des pluies, mais dans la capacité du pays à capter, stocker, préserver et distribuer ses ressources.

40% de l’eau perdue

Selon la Banque mondiale, environ 40% de l’eau est perdue au Liban, notamment en raison des fuites dans les réseaux de distribution, des consommations non enregistrées et de l’insuffisance de la maintenance. La capacité limitée de stockage et le retard dans le développement des infrastructures hydrauliques aggravent encore ces pertes.

À cette déperdition s’ajoute la pollution. 95% des échantillons prélevés dans les 14 principaux cours d’eau permanents présentent une contamination bactérienne, tandis qu’au moins 60% de l’eau échantillonnée est impropre à l’irrigation, selon la Banque mondiale.

La principale source de pollution est le rejet d’eaux usées insuffisamment traitées: sur 275 à 328 millions de m³ d’eaux usées municipales produites chaque année, seuls 18,1 millions de m³, soit environ 6 à 7%, bénéficient d’un traitement secondaire ou tertiaire adéquat.

La pénurie apparaît ainsi moins comme une conséquence du manque d’eau que comme le résultat des pertes, de la pollution et de l’insuffisance des infrastructures permettant de la capter et de la préserver.

Les citernes, un fardeau supplémentaire

Faute d’un approvisionnement public régulier, les ménages se tournent vers les citernes, dont le prix peut atteindre 120 dollars, voire davantage dans certaines régions. Ils supportent ainsi une double facture, celle de l’établissement des eaux et celle des fournisseurs privés. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), une famille de cinq personnes nécessite environ 700 litres d’eau par jour, ce qui alourdit davantage la facture des ménages déjà fragilisés par la crise économique.

À cette charge financière s’ajoute une question sanitaire: l’eau livrée par les citernes est-elle systématiquement contrôlée et conforme aux normes? L’absence de contrôle uniforme des sources d’approvisionnement, notamment des puits privés, des sources et des réservoirs saisonniers, alimente les inquiétudes. Les citernes, conçues à l’origine comme une solution d’appoint, sont ainsi devenues un service parallèle indispensable, révélant les limites du système public à garantir un accès régulier, sûr et abordable à l’eau.

 

Commentaires
  • Aucun commentaire