Parmi les nombreux chiffres qui alimentent le débat sur le déficit budgétaire, celui des 8 milliards de dollars reste le plus sensible et le plus controversé.
Ce montant ne représente pas une simple donnée comptable. Il concentre le cœur du désaccord autour de la question essentielle: qui doit assumer la responsabilité de ces fonds?
Dans le projet de loi sur le déficit budgétaire, les réserves obligatoires ont été intégrées à la contribution de la Banque du Liban (BDL). Cependant, la propriété de ces fonds et leur mode de comptabilisation dans la répartition des pertes demeurent une pomme de discorde.
Le problème est que ces fonds se trouvent dans une zone grise impliquant plusieurs acteurs. Les banques affirment qu’ils proviennent des engagements de la BDL à leur égard et qu’elles font partie des dépôts placés par le secteur bancaire auprès de la Banque centrale.
La véritable question n’est donc pas seulement de savoir où inscrire ces fonds sur un bilan, mais de déterminer qui a réellement la capacité de les mobiliser au profit des déposants.
La méthode de calcul des réserves obligatoires pourrait avoir une incidence directe sur le niveau de contribution des banques et sur leur aptitude à honorer leurs engagements. Si ces fonds leur sont imputés, leur capacité de paiement sera réduite. À l’inverse, s’ils sont considérés comme relevant de la BDL, la charge se déplacera vers une autre partie.
Le risque est toutefois que le débat se limite à un simple transfert de pertes d’une institution à l’autre, au lieu de chercher une solution permettant de restituer effectivement les fonds à leurs propriétaires.
Une loi efficace ne doit pas seulement désigner qui paie, mais identifier les acteurs capables de contribuer concrètement à la solution.
Le traitement du dossier des 8 milliards de dollars exige donc des réponses claires: ces fonds existent-ils réellement? Où se trouvent-ils? Qui en détient légalement les droits? Et comment peuvent-ils être utilisés dans un plan de restitution des dépôts?
Inscrire un montant dans un bilan ne garantit pas qu’il soit disponible pour être versé.
C’est ici que le rôle de l’État devient crucial. Si le plan repose sur une répartition des responsabilités, celles-ci doivent être clairement définies: État, BDL et banques inclus. Laisser certains engagements hors de l’équation tout en imposant la charge à d’autres ne mènera pas à une solution durable.
Le dossier des 8 milliards de dollars cristallise l’enjeu: au Liban, ce n’est pas une guerre de chiffres qu’il faut, mais une exigence de transparence.
Qui détient les fonds? Qui doit assumer la responsabilité? Et qui a réellement la capacité de payer?
Voilà les questions auxquelles la loi doit répondre avant d’être soumise au vote.