Pas à pas vers la paix
©Ici Beyrouth

Le Liban et Israël ne doivent pas devenir les otages des difficultés qui entourent le processus de désarmement.

Malheureusement, comme le constatent les observateurs raisonnables et lucides, la mise en œuvre de l’accord-cadre tripartite conclu le 26 juin entre le Liban et Israël prendra du temps. Il n’existe pas de raccourci pour désarmer le Hezbollah. De même, il faudra du temps pour permettre à l’armée libanaise d’étendre son contrôle à l’ensemble du territoire, en particulier dans les zones situées sur les deux rives du Litani, dans la banlieue sud de Beyrouth et dans la Békaa.

Cela pourrait prendre quelques années. Mais les difficultés qui se présentent ne doivent pas pour autant être considérées comme insurmontables ni détourner les deux pays de l’objectif d’un traité de paix. Au contraire, engager progressivement un processus de normalisation de fait, bien avant la conclusion d’un accord définitif, constituerait la meilleure garantie du respect de l’engagement pris par Beyrouth et Jérusalem de mettre fin au conflit.

Une telle avancée progressive contribuerait à isoler davantage le Hezbollah et renforcerait probablement, au sein de la communauté chiite, ceux qui ne voient aucun intérêt à servir les desseins du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) au Liban.

Au Liban comme en Israël, tout le monde sait que le Hezbollah a perdu le peu d’autonomie dont il disposait encore sous Hassan Nasrallah. Depuis la récente guerre, le contrôle de la formation pro-iranienne est entièrement entre les mains d’officiers iraniens, qui ont eux-mêmes choisi son nouveau chef militaire et s’emploient à garder son identité secrète.

Compte tenu de la lenteur de la mise en œuvre de l’accord visant à transférer à l’armée libanaise le contrôle des zones pilotes actuellement sous contrôle israélien, plusieurs stratégies pourraient être envisagées:

  • Donner la priorité à la mise en place d’un «corridor» sous contrôle de l’armée libanaise, reliant la périphérie sud du district de Jezzine à Zawtar, puis au pont de Khardali, et allant de Deir Mimas à Marjeyoun et Khiam, avant de s’étendre à terme jusqu’à la périphérie d’Arkoub, sur les pentes du mont Hermon.

Cela créerait une liaison terrestre directe entre les autorités libanaises et Israël. Cela permettrait également à l’armée libanaise de s’implanter durablement dans une région multiconfessionnelle, où vivent des chiites, des sunnites, des chrétiens et des druzes, et où une partie importante de la population s’est opposée aux tentatives du Hezbollah d’utiliser ses villages comme bases de lancement de drones et de roquettes.

L’armée libanaise pourrait prendre le contrôle de ce corridor avec moins de deux brigades. Dans un second temps, la zone placée sous son contrôle pourrait être progressivement étendue vers l’ouest, en direction du cœur chiite du Jabal Amel.

  • Israël devrait proposer de fournir au Liban jusqu’à 3 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an via le gazoduc arabe, qui relie la Jordanie à la Syrie et dont une branche dessert Tripoli. Cela contribuerait à atténuer une grande partie de la crise énergétique que traverse le Liban.

À plus long terme, une autre option consisterait à construire une courte canalisation sous-marine reliant les gisements gaziers israéliens aux côtes libanaises. L’acheminement de gaz israélien vers le Liban pourrait commencer rapidement, tandis que la question du paiement pourrait être réglée avec l’aide de la communauté internationale. La construction de cette canalisation nécessiterait un financement de l’ordre de 300 à 400 millions de dollars.

La délimitation de la frontière entre les deux pays devrait commencer dès que possible. Rien n’empêche des experts libanais de travailler aux côtés de leurs homologues israéliens sur les 13 secteurs contestés le long de la Ligne bleue. Un compromis sur le tracé de la frontière reste possible dans tous les cas, notamment au point B1 à Naqoura et au niveau de la parcelle située au nord d’Adaissé.

La délimitation des zones les plus problématiques, notamment Ghajar et les fermes de Chebaa, devrait être reportée d’un commun accord jusqu’à ce que le Liban règle avec la Syrie la question de leur souveraineté.

D’autres mesures pourraient également être envisagées. Il serait notamment possible de faciliter le passage des touristes étrangers entre les deux pays, par le point de passage de Naqoura ou par le corridor à l’est. Israël pourrait aussi ouvrir son espace aérien afin de raccourcir les trajets entre le Liban et l’Arabie saoudite. Les pèlerins de toutes confessions des deux pays pourraient, sous stricte surveillance, être autorisés à se rendre dans les lieux saints de l’autre pays. Des échanges commerciaux à petite échelle pourraient également se développer, parallèlement au transfert de technologies israéliennes dans des domaines tels que l’agriculture et la gestion de l’eau, au profit des acteurs libanais intéressés.

Le plus important est de ne pas laisser le Hezbollah dicter le rythme des avancées. Le Liban et Israël ne doivent pas se retrouver tributaires des difficultés liées au processus de désarmement. Ils doivent au contraire montrer que la paix est possible, même si, pour l’heure, un rapprochement aussi spectaculaire que celui entre Anouar el-Sadate et Menahem Begin n’est pas envisageable.

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