«Encerclés»: les nouvelles colonies israéliennes en Cisjordanie sèment le chaos chez les Palestiniens
La colonie israélienne de Har Homa est visible à Jérusalem-Est, annexée par Israël, le 14 août 2026. ©AHMAD GHARABLI / AFP

Amin Rahal et ses trois frères ne sont pas allés travailler depuis des semaines, assurant à la place des tours de garde de ce qui reste de leur terre au sommet d'une colline du nord de la Cisjordanie, pour la préserver des incursions des colons israéliens.

«Nous ne laissons jamais le lieu sans surveillance», explique Amin Rahal, en montrant à 100 mètres en contrebas le toit d'un préfabriqué d'une nouvelle colonie.

«Ils ont volé des poules, des terres avec des oliviers, abîmé le buisson de sauge de notre jardin avec leurs quads, fait entrer leurs moutons dans notre cour, et bien d'autres choses encore», énumère-t-il pour l'AFP.

La nouvelle colonie d'Emek Dotan, illégale au regard du droit international comme toutes celles de Cisjordanie, a été inaugurée au début du mois. La semaine dernière, certains de ses habitants fraîchement débarqués ont tendu une corde en travers de son terrain, lui interdisant de la franchir, raconte le père de trois enfants de 31 ans.

Il a perdu l'accès à son poulailler et à de nombreux oliviers situés de l'autre côté de la corde, et craint que les colons n'en restent pas là.

«Notre peur est qu'ils s'en prennent aux enfants, brûlent les maisons, nous attaquent à la nuit tombée et s'introduisent de force chez nous», décrit-il, listant des incidents qui sont arrivés dans d'autres villages palestiniens.

La violence des colons israéliens en Cisjordanie atteint désormais un rythme «record», avec en moyenne six attaques de colons par jour, selon les chiffres de juin du Bureau de l'ONU pour les affaires humanitaires (Ocha).

Ces attaques se traduisent par des vols, des incendies volontaires et parfois des meurtres, les Palestiniens dénonçant le fait que la plupart de ces crimes restent impunis.

Annuler Oslo

Israël occupe depuis 1967 la Cisjordanie, un territoire palestinien où vivent plus de 500.000 colons (Jérusalem-Est exclue) parmi près de trois millions de Palestiniens.

Le nord de la Cisjordanie avait jusqu'à récemment été relativement épargné par les tensions avec les quelques colons.

L'ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon avait démantelé en 2005 quatre colonies isolées en Cisjordanie, Homesh, Sa-Nur, Ganim et Kadim,  évacuées, afin de créer un espace palestinien continu en Cisjordanie.

Mais sous le gouvernement actuel de Benjamin Netanyahu, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël, ces colonies ont été réinvesties une par une, en 2026.

Et l'établissement de 17 nouvelles autres dans le nord du territoire palestinien a été approuvé, avec pour objectif affiché de toutes les connecter.

Les accords d'Oslo avaient remis à plus tard le problème de la colonisation, autorisant Israël à continuer de construire des colonies et détruire des habitations palestiniennes, mais uniquement dans la «zone C», c'est-à-dire les 60% du territoire de Cisjordanie contrôlés par Israël.

Mais l'extrême droite israélienne veut désormais construire des colonies sur l'ensemble de la Cisjordanie, et «annuler Oslo», comme l'a dit à plusieurs reprises le ministre des Finances Bezalel Smotrich.

Chaque nouvelle colonie s'accompagne de démolitions, mais les Palestiniens considéraient jusqu'à présent comme relativement sûres les zones A et B, censée être sous autorité palestinienne pour la première, et sous contrôle militaire israélien mais sous administration civile palestinienne pour la seconde.

Ce n'est plus le cas.

Une base militaire israélienne a été établie dans Jénine même, la plus grande ville de cette partie du nord du territoire, en zone A.

Et plus tôt dans le mois, les forces israéliennes ont démoli plusieurs échoppes sur 30 mètres d'une rue menant de Ganim à Kadim, où des caravanes de colons venaient d'être raccordées au réseau électrique et accueillaient leurs premiers occupants.

Les soldats israéliens «sont venus nous voir directement et nous ont donné l'ordre officiel d'évacuer tout de suite le magasin, avant de procéder dans la foulée à sa démolition», se remémore Bara al-Damaj, propriétaire d'un magasin de produits en pierre.

«En un instant, ils ont détruit nos rêves».

Tout est devenu colonie

La maison voisine de Mohammed (il n'a pas souhaité donner son nom de famille) a échappé à la démolition, mais il appréhende l'avenir en voyant le nombre de colons augmenter, et avec eux celui des soldats israéliens.

Lui non plus ne peut pas accéder à l'un de ses terrains, derrière la route de la nouvelle colonie, et son fils a récemment été détenu et battu par l'armée, alors qu'il marchait dans leur champ, dit-il.

Pour protéger les colons, les bulldozers de l'armée ont bloqué la plupart des routes agricoles avec des gravats, et les Palestiniens craignent aussi de se retrouver isolés.

Comme dans le village voisin de Deir Abou Deif, où perdre l'accès à la route signifie ne plus pouvoir se rendre à Jénine.

«La situation est terrifiante. Nous sommes encerclés de toutes parts», résume Faij Rawabi, 38 ans, dont le magasin de fruits et légumes situé près de la route des colons a été démoli.

Une camionnette blanche blanche passe. «Elle nous terrorise nous», dit-il, expliquant que les équipes de sécurité des colonies, qui sont armées, se sont mis à harceler les habitants et à contrôler leurs identités, comme s'ils étaient des autorités officielles.

«Tout ici est devenu colonie. Ils ont mis nos vies sens dessus dessous», conclut-il.

Par Louis BAUDOIN-LAARMAN / AFP

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