Le confessionnalisme jusqu’au bout
©Ici Beyrouth

Hommage appuyé à tous ceux qui ont scandé pendant le soulèvement populaire de 2019 (Thawra), mais aussi avant et après, des slogans appelant à transcender le confessionnalisme, convaincus que le Liban pouvait devenir un État laïque, affranchi des équilibres confessionnels.

Le Liban repose pourtant sur un ensemble de communautés qui, à différentes périodes de son histoire, ont bénéficié de la protection de grandes puissances. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, celles-ci ont pris sous leur aile les différentes composantes du pays, veillé à assurer leur protection, et cette logique a prévalu depuis, sous des formes et à des degrés divers.

De ce fait, les idées, les décisions et les alliances qui se nouent au Liban, lequel n’est après tout qu’une miniature de l’Orient tout entier, ont fini par se traduire en autant d’équilibres politiques fondés sur une même logique: satisfaire toutes les parties.

La récente loi d’amnistie adoptée par le Parlement en est une parfaite illustration. Chacun y a obtenu, dans la mesure du possible, ce qu’il réclamait afin de garantir son soutien et ses voix. Les détenus islamistes ont ainsi été libérés pour satisfaire les députés sunnites, les trafiquants de drogue pour répondre aux attentes des habitants de la Békaa et des députés chiites, tandis que les personnes réfugiées en Israël ont été amnistiées à la demande des députés chrétiens des Forces libanaises, des Kataëb et de leurs alliés.

Cette logique n’est pas sans rappeler ce qui s’était produit lors de la libération du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, en 2005, à la faveur d’une amnistie concomitante à celle accordée aux détenus de Denniyé, afin de préserver, là encore,  les équilibre en place.

Parallèlement, et pour éviter que l’amnistie ne soit perçue comme une mesure dirigée contre l’armée, le différend entre le ministre de la Défense et le Premier ministre a été savamment orchestré, de manière à présenter l’affaire comme le résultat d’un débat particulièrement vif, au nom du droit et de la vérité.

Autant d’équilibres tacites, mais jugés indispensables afin qu’aucune partie ne se sente lésée ou vaincue.

N’avons-nous pas entendu, depuis la guerre de soutien, qu’il fallait préserver la communauté chiite pour qu’elle ne se sente pas vaincue?

Même après la guerre, l’entrée de l’armée syrienne et l’éviction du Courant patriotique libre et des Forces libanaises de la vie politique, les forces syriennes n’ont pas pu remodeler à leur guise l’échiquier chrétien. Elles ont donc dû composer avec les familles politiques traditionnelles et les figures locales au sein de la communauté chrétienne.

Tout cela nous conduit à une conclusion simple: quiconque continue de brandir des slogans aussi vagues que l’État laïque, la séparation de la religion et de la politique, l’abolition du confessionnalisme politique ou encore la disparition de l’influence des appartenances communautaires de la vie publique, se berce d’illusions.

Aussi ouvert et affranchi de son appartenance confessionnelle qu’un individu puisse être, il suffira qu’une menace pèse sur sa communauté pour que la peur reprenne le dessus. Peur pour lui-même, peur pour les siens et peur pour son avenir.

C’est là précisément que réside, en grande partie, le mal profond du Liban, et, au-delà, de tout le Moyen-Orient.

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