Diarrhées, fièvre, douleurs abdominales: depuis quelques semaines, les témoignages de cas de salmonellose ou de typhoïde circulent au Liban. Pourtant, les dernières données du ministère de la Santé ne montrent pas, à ce stade, d’explosion nationale. La vigilance reste néanmoins de mise en été, lorsque chaleur, rupture de la chaîne du froid et aliments ou eau contaminés favorisent les infections digestives. Salmonelle et typhoïde sont-elles la même maladie? Comment les reconnaître, les traiter et surtout les éviter?
Le dernier relevé disponible du ministère de la Santé, arrêté au 7 août, fait état de 260 cas déclarés de fièvre typhoïde depuis le début de 2026, dont 46 en mai, 45 en juin, 59 en juillet et 14 durant les sept premiers jours d’août. Près de la moitié des cas, 123, ont été signalés dans le Nord.
Les chiffres invitent toutefois à relativiser l’impression d’une flambée cet été. De janvier à juillet 2026, 246 cas ont été déclarés, contre 252 durant les sept premiers mois de 2025. Juillet 2026 en compte 59, contre 65 en juillet 2025. L’été dernier avait surtout connu un pic en août, avec 97 cas.
Le niveau reste néanmoins loin d’être négligeable. Le Liban avait enregistré 218 cas sur l’ensemble de 2022, puis 588 en 2023 et 420 en 2025. Ces données correspondent à des cas notifiés au système de surveillance et ne signifient pas nécessairement qu’ils ont tous été confirmés par culture.
Même prudence concernant les intoxications alimentaires: le ministère en recense 439 depuis janvier, mais cette catégorie englobe de nombreux agents et ne permet pas de savoir combien sont dus à Salmonella. De janvier à juillet, 424 intoxications ont été notifiées en 2026 contre 396 sur la même période de 2025, soit une légère hausse. En revanche, juillet 2026, avec 71 cas, reste très en dessous des 177 enregistrés en juillet 2025.
Autrement dit, les infections alimentaires circulent, mais les données disponibles ne permettent pas aujourd’hui de parler d’épidémie nationale de salmonellose ou de typhoïde.
Le mot «salmonelle» recouvre une grande famille de bactéries.
Les salmonelloses dites non typhiques provoquent principalement une gastro-entérite. Elles sont fréquemment associées à des aliments contaminés, notamment volaille, œufs, viande ou produits laitiers, mais aussi à une contamination croisée entre aliments crus et cuits.
La fièvre typhoïde est différente. Elle est provoquée par Salmonella Typhi, une bactérie dont l’être humain est le seul réservoir. Elle se transmet principalement lorsqu’une eau ou un aliment est contaminé par des matières fécales provenant d’une personne malade ou porteuse de la bactérie.
Cette distinction est importante: manger un poulet contaminé peut provoquer une salmonellose digestive sans provoquer pour autant une fièvre typhoïde.
Comment les attrape-t-on?
Pour la salmonellose classique, la contamination passe surtout par l’alimentation: œufs crus ou insuffisamment cuits, poulet mal cuit, viande, lait non pasteurisé ou aliments contaminés pendant leur préparation.
Un couteau ou une planche utilisés pour découper du poulet cru puis des légumes prêts à être consommés peuvent suffire à transférer la bactérie. La chaleur estivale ajoute un facteur de risque lorsque les aliments restent trop longtemps hors du réfrigérateur ou lorsque la chaîne du froid est mal respectée.
Pour la typhoïde, l’eau et l’hygiène constituent le cœur du problème: eau non sûre, glaçons dont l’origine est incertaine, fruits et légumes lavés avec une eau contaminée ou aliments manipulés par une personne porteuse de Salmonella Typhi.
Deux maladies, deux tableaux différents
La salmonellose non typhique apparaît généralement rapidement. Six heures à six jours après la contamination surviennent diarrhée, crampes abdominales et fièvre, parfois accompagnées de nausées, vomissements ou maux de tête. Chez la plupart des personnes en bonne santé, l’épisode dure quelques jours.
La typhoïde évolue différemment. Son incubation est souvent de huit à quatorze jours, même si elle peut être plus longue. La fièvre tend à persister, avec fatigue importante, céphalées, perte d’appétit et douleurs abdominales. Diarrhée ou constipation peuvent être présentes. Dans les formes sévères peuvent survenir hémorragie ou perforation intestinale.
«La typhoïde n’est pas une simple gastro-entérite de quelques jours. Une fièvre qui persiste avec une altération de l’état général doit conduire à rechercher une infection systémique», rappelle le Dr Jacques Choucair, chef du service des maladies infectieuses à l’Hôtel-Dieu de France.
Les jeunes enfants, personnes âgées, immunodéprimées ou souffrant de maladies chroniques sont particulièrement vulnérables aux complications des diarrhées infectieuses, notamment à la déshydratation.
Pas d’antibiotique «au cas où»
L’une des erreurs serait de traiter toutes les diarrhées estivales comme une salmonellose ou une typhoïde.
Dans une salmonellose digestive simple, la réhydratation constitue le traitement essentiel. Chez une personne en bonne santé, les antibiotiques ne sont généralement pas nécessaires. Ils sont réservés notamment aux formes sévères et aux patients présentant un risque accru de maladie invasive.
La typhoïde, en revanche, nécessite un traitement antibiotique. Mais le choix ne devrait pas se faire à l’aveugle, d’autant que la résistance de Salmonella Typhi aux antibiotiques constitue un problème croissant.
Le diagnostic repose principalement sur l’hémoculture, idéalement réalisée avant le début du traitement antibiotique. Commencer un antibiotique trop tôt peut compliquer l’identification de la bactérie et rendre le diagnostic plus difficile.
Les gestes qui comptent vraiment
La prévention repose sur quelques règles simples: se laver soigneusement les mains avant de cuisiner et après les toilettes, séparer aliments crus et cuits, bien cuire volaille et œufs, maintenir les produits fragiles au froid et éviter les laitages non pasteurisés.
Lorsque la qualité de l’eau est incertaine, il faut être particulièrement attentif à l’eau de boisson, aux glaçons et à celle utilisée pour laver les aliments consommés crus.
Un vaccin contre la typhoïde existe pour certaines situations à risque, mais il ne remplace ni l’hygiène ni la sécurité de l’eau et des aliments.
Il faut consulter rapidement devant une forte fièvre persistante, du sang dans les selles, des vomissements empêchant de boire, une diminution importante des urines, une faiblesse marquée, une confusion ou des douleurs abdominales intenses.
Vigilance, sans crier à l’épidémie
Les témoignages de plusieurs malades dans un même entourage doivent être pris au sérieux, particulièrement s’ils ont fréquenté un même restaurant, consommé un même aliment ou partagé une même source d’eau. Un tel regroupement mérite d’être signalé et investigué.
Mais à l’échelle nationale, les chiffres disponibles jusqu’au 7 août ne montrent pas encore d’envolée de la typhoïde par rapport à l’été 2025. Ils rappellent plutôt une réalité persistante: au Liban, les maladies transmises par l’eau et les aliments restent suffisamment présentes pour qu’une fièvre ou une gastro-entérite estivale ne soit jamais automatiquement réduite à un simple «virus de passage».
La bonne réponse n’est donc ni l’affolement ni l’antibiotique réflexe, mais un diagnostic correct, une hydratation adaptée et une vigilance quotidienne sur ce que l’on boit et ce que l’on mange.

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