Face à l'impasse diplomatique, l'Iran passe à l'offensive
Des navires traversent le détroit d'Ormuz au large de Bandar Abbas, dans le sud de l'Iran, le 10 août 2026. Le président américain a indiqué le 9 août qu'il était prêt à laisser la pression économique s'intensifier contre l'Iran, semblant ainsi renoncer à de nouvelles frappes militaires après que Téhéran eut publié une liste d'exigences pour la réouverture du détroit d'Ormuz. Ses déclarations font suite à la publication par l'Iran, ce week-end, d'une liste de conditions pour la réouverture du détroit d'Ormuz, qui est resté en grande partie fermé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février. ©ATTA KENARE / AFP

Après quasiment six mois de guerre avec les États-Unis, l'armée iranienne s'oriente vers un passage à l'offensive, ce qui, selon les analystes, refléterait la conviction de Téhéran qu'il dispose d'un moyen de pression sur les États-Unis pour sortir de l'impasse.

Depuis le début des frappes américano-israéliennes contre la République islamique, le 28 février, Téhéran a généralement présenté ses frappes contre les États-Unis, Israël et les pays du Golfe comme des représailles aux attaques subies.

Désormais, les responsables iraniens évoquent ouvertement la possibilité de mener des offensives, tout en conservant le contrôle du détroit d'Ormuz, axe vital du commerce mondial d'hydrocarbures devenu levier stratégique majeur face à Washington.

Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a exposé cette approche lors d'un remaniement aux postes clés du commandement militaire début août, appelant à «renforcer la dissuasion maximale et à se préparer à mener des opérations offensives de grande envergure».

La semaine dernière, un commandant des Gardiens de la Révolution a indiqué que Téhéran révisait sa doctrine militaire afin de donner la priorité aux «opérations offensives».

Pour Sina Toossi, analyste au Center for International Policy, cela ne signifie pas que Téhéran «adopte une doctrine de guerre préventive».

Selon lui, l'Iran semble plutôt considérer que «si l'affrontement devenait inévitable, il devrait procéder à une escalade plus précoce et plus vigoureuse, plutôt qu'attendre que les États-Unis ou Israël définissent les termes du conflit».

Pour Ahmad Zeidabadi, expert en relations internationales basé à Téhéran, «la République islamique estime que les États-Unis ont probablement renoncé à la guerre et souhaitent désormais perpétuer le statu quo», en tablant sur un étranglement économique du pays.

«Ils pensent donc devoir recourir à une action offensive pour les contraindre à accepter les conditions iraniennes (...) et entamer un nouveau cycle de négociations», affirme-t-il à l'AFP.

Guerre «remportée»

Les échanges diplomatiques avec les États-Unis restent dans l'impasse, depuis que le protocole d'accord conclu mi-juin a volé en éclats, et que Washington a rétabli son blocus des ports iraniens et des exportations iraniennes de pétrole.

Si l'Iran a subi de lourdes pertes et perdu une partie de sa direction – dont le guide suprême Ali Khamenei tué au premier jour de la guerre – au lancement de l'offensive israélo-américaine, son système politique est resté intact.

Et les hostilités ont perdu en intensité, même si des échanges de tirs sporadiques se poursuivent, surtout dans et autour du détroit d'Ormuz.

Le conflit s'est entretemps étendu à l'ensemble de la région, relançant les affrontements des rebelles houthis pro-iraniens du Yémen avec le gouvernement et son allié saoudien, au prix de nouvelles perturbations du trafic maritime, en mer Rouge et dans le détroit de Bab-el-Mandeb.

«Téhéran est de plus en plus convaincu que la supériorité militaire américaine ne procure pas à Washington la maîtrise de l'escalade», analyse Sina Toossi.

Le détroit d'Ormuz est au centre de ce calcul stratégique: Téhéran exige désormais des navires qu'ils sollicitent une autorisation et paient des frais de service pour y transiter – une mesure à laquelle Washington et les pays de la région s'opposent fermement.

La réouverture du détroit est devenue une priorité pour les États-Unis. Le vice-président américain J.D. Vance a déclaré la semaine dernière que l'objectif «numéro un» était de maintenir des prix de l'énergie bas pour les Américains.

Empêcher Téhéran d'acquérir l'arme nucléaire, qui était l'objectif affiché au lancement de la guerre, n'arrive plus qu'en deuxième position, tandis que l'exigence initiale de Donald Trump d'une «capitulation sans condition» de l'Iran ne figurait pas dans le protocole d'accord du 17 juin.

Les responsables iraniens l'ont présenté comme une «victoire».

«Nous avons remporté cette guerre au sens propre du terme, tant sur le plan militaire que politique», a déclaré la semaine dernière le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Calcul risqué

Fin juillet, une attaque iranienne contre une base américaine et un centre de commandement en Jordanie a été présentée par des médias iraniens comme l'illustration de cette nouvelle approche stratégique.

Pour Hossein Kanani-Moghadam, expert en relations internationales et ancien général des Gardiens de la Révolution, cette stratégie pourrait revêtir d'autres formes, comprenant «une combinaison de cyberguerre, de guerre psychologique, de renseignement et de guerre économique».

Le calcul de Téhéran comporte cependant des risques considérables, selon les analystes.

«Si cette menace est sérieuse (...) l'issue d'un tel scénario serait catastrophique pour l'Iran et pour la région», avertit M. Zeidabadi.

Sina Toossi redoute aussi que des «crises futures puissent dégénérer beaucoup plus rapidement».

Le danger réside selon lui dans ce qu'il qualifie de «piège de la dissuasion réciproque», chaque camp interprétant les tentatives de l'autre de renforcer la dissuasion comme le signe qu'il doit lui-même intensifier l'escalade.

«Il en résulte un environnement stratégique bien plus instable, même si aucune des deux parties ne souhaite véritablement une nouvelle guerre majeure», prévient-il.

AFP

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