«Glamping»: inviter le luxe au cœur de la nature
©Ici Beyrouth

Né du désir de renouer avec la nature sans renoncer au confort, le glamping transforme le camping en expérience haut de gamme. Mais que révèle ce concept de notre rapport au vivant?

Après son entrée dans Le Robert, «glamping», venu de l’anglais, a intégré le Petit Larousse illustré 2026. Le dictionnaire le définit comme un camping haut de gamme associant «confort, originalité et respect de l’environnement», dans des hébergements atypiques installés au sein d’un cadre naturel préservé.

Cette consécration lexicographique accompagne l’essor d’une nouvelle forme de tourisme. En France, plus de 1.000 domaines proposent désormais des hébergements insolites, selon la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air. En douze ans, le nombre de cabanes aurait augmenté de 250%. Le secteur générerait près de 300 millions d’euros par an dans l’Hexagone et 800 millions à l’échelle européenne.

Le phénomène gagne aussi les grands festivals: à Coachella, en Californie, certaines tentes climatisées coûtent plus de 4.000 dollars; à Glastonbury, au Royaume-Uni, une suite safari pour deux peut dépasser 12.000 livres. La nature a désormais ses cinq étoiles.

Quand le glamour rencontre le camping

Le glamping est un mot-valise, formé par la fusion de deux termes anglais: glamorous, «glamour», et camping. De leur rencontre naît une promesse: conserver l’immersion dans la nature tout en supprimant les contraintes du camping traditionnel. Le mot se diffuse ensuite tel quel en français, où il prend le genre masculin de camping.

La pratique est ancienne, mais son nom est récent. Dès le XVIᵉ siècle, les souverains européens et les sultans ottomans voyageaient sous des tentes somptueusement aménagées. Au début du XXᵉ siècle, les safaris organisés pour les élites britanniques et américaines associaient déjà aventure et confort, avec mobilier, générateurs électriques, bains pliants et caisses de champagne. Le glamping modernise ainsi un principe ancien: séjourner sous la toile sans renoncer au luxe.

Sa forme contemporaine se développe au Royaume-Uni au tournant du XXIᵉ siècle. La Glamping Association britannique relie son essor à plusieurs évolutions. À partir de 1997, les nouveaux titulaires du permis de conduire ne bénéficient plus automatiquement des mêmes droits pour tracter certaines caravanes lourdes et doivent passer une épreuve supplémentaire. Puis la crise financière de 2008 renchérit les voyages à l’étranger et favorise la staycation, ces vacances passées dans son propre pays. Peu expérimentée en camping, mais habituée au confort hôtelier, une nouvelle clientèle recherche alors une formule abordable, pratique et proche de chez elle.

Le plus ancien emploi de glamping recensé par l’Oxford English Dictionary remonte à 2005, dans le quotidien britannique The Guardian. Les recherches sur Google commencent à devenir visibles autour de 2007, principalement au Royaume-Uni et en Irlande. Le phénomène prend son essor à partir de 2010, gagne fortement en popularité au Royaume-Uni en 2013, puis s’installe aux États-Unis l’année suivante.

En 2016, le mot entre dans l’Oxford English Dictionary. Une décennie plus tard, il intègre le Petit Larousse illustré 2026.


 

Des vacances chic, en plein air

Le glamping conserve le décor du camping, mais en modifie presque tous les usages.

La première composante du glamping est le confort. Un vrai lit remplace le sac de couchage. L’eau courante, l’électricité, une kitchenette et des sanitaires privatifs complètent souvent l’équipement. Certaines offres ajoutent la climatisation, le wifi, un poêle à bois, un spa ou même une piscine privée. Le séjour en plein air adopte ainsi les standards de l’hôtellerie.

La deuxième composante est l’originalité. Le glamping ne se limite pas aux tentes de luxe. Il décline toute une géographie de l’insolite: yourtes mongoles, tipis, roulottes, cabanes perchées, bulles transparentes, dômes géodésiques, petites maisons ou pods en bois. D’anciens bus, tonneaux ou cockpits peuvent même être transformés en logements. L’hébergement n’est plus seulement un lieu où dormir: il devient l’expérience elle-même.

Une nouvelle voie pour l’écotourisme?

Le glamping se présente également comme une forme d’écotourisme, plus lente et mieux intégrée aux territoires que l’hôtellerie traditionnelle.

Ses hébergements sont souvent légers, démontables ou construits à partir de matériaux naturels. Certains domaines utilisent des énergies renouvelables, limitent leur consommation d’eau, organisent le tri ou le compostage des déchets et privilégient les produits locaux. Yourtes, cabanes et écolodges peuvent ainsi réduire l’artificialisation des sols et valoriser des espaces ruraux éloignés des grands circuits touristiques.

Le glamping favorise aussi une autre expérience du voyage. Les séjours, généralement courts, reposent moins sur l’accumulation d’activités que sur l’observation du paysage, le silence et le contact avec le vivant. Ils peuvent soutenir les producteurs locaux et contribuer à la préservation du patrimoine naturel ou rural.

Mais dormir sous les arbres ne suffit pas à faire de tout glamping un modèle écologique. Climatisation, jacuzzi, piscine chauffée, équipements connectés ou installations mal intégrées peuvent alourdir son empreinte. À cela s’ajoutent les déplacements nécessaires pour rejoindre des sites parfois isolés.

Le préfixe éco- ne va donc pas automatiquement de pair avec le confort en pleine nature. La durabilité du glamping dépend de critères concrets: implantation respectueuse des écosystèmes, sobriété énergétique, gestion de l’eau et des déchets, limitation du nombre de visiteurs et retombées positives pour les populations locales.

Un retour aux sources codifié par la modernité

Le succès du glamping en dit long sur le rapport de l’homme moderne à la nature. Submergé par la vie urbaine et les écrans, il recherche un retour aux sources, sans pour autant renoncer à la modernité.

Il veut entendre les oiseaux, à condition de dormir dans un lit moelleux. Il souhaite contempler les étoiles, mais depuis une bulle chauffée. Il recherche le silence des bois, tout en restant connecté au wifi.

Le glamping n’abolit donc pas la distance entre l’être humain et la nature: il l’aménage.

Commentaires
  • Aucun commentaire