Au Koweït, la présence militaire américaine place le pays dans le viseur de l'Iran
De la fumée s'élève à la suite d'une frappe iranienne qui aurait eu lieu dans le quartier où se trouve l'ambassade des États-Unis à Koweït City, le 2 mars 2026. ©- / AFP

Comme de nombreux Koweïtiens, Salem al-Ghanem se souvient encore des chars irakiens défilant dans sa ville, épisode douloureux de l'occupation de l'émirat avant sa libération grâce à l'intervention des troupes américaines.

Trente-six ans plus tard, la présence de forces américaines font du Koweït une cible privilégiée, au point que certains y voient un désavantage plutôt qu'un atout.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée fin février par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, le Koweït est régulièrement visé par des missiles et drones tirés par Téhéran et ses alliés dans la région.

Des infrastructures civiles, dont des usines de dessalement, des installations énergétiques et l'aéroport, ainsi que des bases accueillant des militaires américains, ont été pris pour cible.

Le verrouillage par l'Iran du détroit d'Ormuz a aussi placé le Koweït, largement dépendant de ses exportations pétrolières via cette voie maritime stratégique, dans une situation économique délicate.

Alors que les discussions pour mettre fin au conflit patinent, Salem al-Ghanem, analyste politique, estime que «l'objectif (de l'Iran) est d'utiliser les pays du Golfe pour faire pression sur les États-Unis afin qu'ils arrêtent leurs attaques» contre la République islamique.

«Mais en réalité, le président américain (...) n'envisage pas de mettre fin aux attaques ni de faire marche arrière simplement parce que le Koweït est pris pour cible», ajoute-t-il à l'AFP.

«Nous payons le prix»

D'autres Koweïtiens se montrent plus critiques mais ils préfèrent s'exprimer en privé, la liberté d'expression restant limitée dans l'émirat, notamment à l'égard des partenaires diplomatiques.

Dans un pays où le sentiment pro-américain semblait acquis depuis des décennies, certains remettent en question la présence des troupes étrangères et la décision du président américain Donald Trump de poursuivre la guerre.

«Bien sûr que nous payons le prix de la présence des forces américaines sur notre territoire», s'exclame une Koweïtienne qui a souhaité garder l'anonymat.

Bien que les États du Golfe renforcent leurs alliances régionales, notamment avec un pacte militaire entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, les observateurs s'accordent à dire que le Koweït, comme ses voisins, ne peut se passer des États-Unis face à l'Iran.

L'image des États-Unis dans la région s'était déjà ternie avec le soutien de Washington à l'offensive dévastatrice menée par Israël dans la bande de Gaza en représailles aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023, des campagnes de boycott visant des entreprises américaines se multipliant.

Après la libération du Koweït en 1991 par une coalition menée par les États-Unis, les troupes américaines se sont durablement installées dans le pays.

Le Koweït abrite l'une des plus grandes concentrations de troupes américaines de la région, réparties entre bases aériennes, camps militaires et terrains d'entraînement. Cette présence en fait une cible de choix pour l'Iran.

Quelle alternative?

Au moins 15 personnes ont été tuées dans des attaques iraniennes au Koweït : six militaires américains, quatre soldats koweïtiens et cinq résidents étrangers.

«Le Koweït reconnaît le rôle essentiel joué par les États-Unis dans sa libération du régime de Saddam Hussein, mais il reconnaît aussi qu'il est aujourd'hui la cible d'attaques iraniennes parce qu'il accueille des forces américaines», observe auprès de l'AFP un diplomate étranger en poste dans le pays.

«Les rapports de force régionaux rendent difficile la recherche d'une alternative aux États-Unis», ajoute-t-il.

Dans les restaurants, cafés et lieux publics, les conversations sont dominées par la guerre.

Les télévisions diffusent les chaînes d'information en continu, tandis que chaque bandeau d'alerte concernant l'Iran capte l'attention, sur fond de craintes de voir le conflit échapper à tout contrôle.

Un porte-parole du gouvernement américain a assuré à l'AFP que la coopération sécuritaire entre les deux pays restait solide.

Mais pour Nasser al-Shammari, un Koweïtien de 50 ans, cette relation est désormais source d'inquiétude.

«Ce que le Koweït a vécu récemment a été difficile, compte tenu de la présence des forces américaines», a-t-il déclaré. «Les attaques contre les sites où sont stationnés les Américains ont suscité peur et inquiétude parmi les habitants.»

Par Haitham El-Tabei, AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire