Les Iraniens s'inquiètent mardi des conséquences des nouvelles sanctions décidées par Washington, qui a juré «d'asphyxier économiquement» l'Iran, où les files d'attente s'allongent sensiblement devant les stations-service.
Partenaire stratégique et économique primordial de la République islamique, la Chine a de son côté prévenu mardi qu'elle défendrait «fermement» ses intérêts, après l'annonce des États-Unis, qui ont aussi menacé d'isolement les pays qui continueraient à soutenir Téhéran.
«Les pressions maximales exercées dans le cadre d'une guerre économique ne règlent en rien les problèmes. Elles ne font qu'attiser les tensions et les conflits, provoquer des effets de contagion, déstabiliser l'ordre économique et financier mondial, et porter atteinte aux droits et intérêts légitimes des autres pays», a réagi mardi Lin Jian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
«La Chine prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre fermement ses droits et ses intérêts», a-t-il souligné.
Le ministre américain des Finances, Scott Bessent, a présenté lundi un nouveau train de sanctions «secondaires», touchant non pas directement l'Iran, déjà soumis depuis des décennies à des sanctions internationales, mais ses partenaires commerciaux, sur l'or, la technologie, les actifs numériques, l'aviation et le transport maritime.
Il n'a toutefois pas précisé quand elles entreraient en vigueur ni quels pays pourraient être visés par les États-Unis.
«Forte pression»
Dans l'expectative, de nombreux automobilistes et motards se pressent mardi dans les stations-service de Téhéran.
«Naturellement, les sanctions affectent la vie des gens, les gens souffrent», qu'ils soient «financièrement à l’aise» ou «démunis», témoigne Mehdi Yazdian, un agent immobilier interrogé par l'AFP dans le nord de la capitale iranienne.
Mais «notre peuple est résistant. Ces sanctions durent depuis 47 ans», ajoute l'homme de 55 ans.
«Nous, les Iraniens, n’avons pas peur de la guerre, mais je pense que cette guerre sera davantage économique et qu’elle fera ressentir une forte pression à la population, et peut-être qu’il y aura de nouveau des manifestations», affirme Kia Farahani, professeur d’anglais de 45 ans.
Un mouvement de contestation, initialement déclenché fin décembre par la hausse du coût de la vie, s'était rapidement transformé en vastes manifestations antigouvernementales, qui ont culminé les 8 et 9 janvier, et ont fait des milliers de morts.
Donald Trump a déclaré mardi qu'il fallait «mettre fin immédiatement» aux exécutions de manifestants, qu'il a qualifiées de «crise humanitaire aux proportions gigantesques». Le nombre des exécutions, notamment en lien avec le mouvement de contestation, a augmenté en Iran depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes contre Téhéran.
De leur côté, les autorités iraniennes affichent leur détermination à ne pas plier, réclamant pour tout règlement que Washington respecte les termes du protocole d'accord conclu mi-juin, qui a depuis volé en éclats.
«Les Américains savent que personne ne croit à leurs rodomontades», a affirmé lundi soir sur X le négociateur en chef iranien et président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf.
«Les États-Unis ne sont pas dans une situation économique qui leur permette de restreindre davantage leurs relations avec les autres pays. Les partenaires commerciaux de l’Iran nous ont indiqué (...) qu’ils ne prennent absolument pas ces déclarations au sérieux», a-t-il assuré.
Sur la télévision d'État iranienne, le ministre de l'Économie Ali Madanizadeh a lui prédit lundi que les menaces américaines se traduiraient par «une nouvelle défaite» de Washington, avançant que Téhéran disposait d'un «plan sur deux ans» pour contrer ces sanctions, sans le détailler.
Pétrolier touché
Au cœur du conflit, le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est verrouillé par Téhéran quasiment sans interruption depuis six mois, ce qui a entraîné une envolée des prix du pétrole et une pression accrue sur Donald Trump aux États-Unis, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.
L'Iran a exclu tout retour à la situation d'avant-guerre dans le détroit et discute depuis des semaines d'un accord sur les modalités de son franchissement avec Oman, autre pays riverain. Le chef de la diplomatie omanaise, Badr al-Busaidi, est attendu mardi à Téhéran.
Illustrant les risques liés à la traversée du détroit, un nouveau pétrolier a été touché par un «projectile inconnu» alors qu'il circulait au large d'Oman, a annoncé dans la nuit de lundi à mardi l'agence maritime britannique, UKMTO.
Depuis le début du conflit, 68 incidents ont été confirmés par l'Organisation maritime internationale (OMI) dans le golfe, le golfe d'Oman et la mer d'Arabie, l'équivalent d'un tous les deux jours et demi. L'UKMTO en a classé 47 comme des attaques.
AF,P



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