Quel impact économique des tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada?
Cette combinaison de photos créée le 25 août 2026 montre (de gauche à droite) le Premier ministre canadien Mark à Lévis, Québec, Canada le 24 août 2026 et le président américain Donald Trump saluant la foule alors qu'il monte à bord d'Air Force One à la base aérienne conjointe Andrews, Maryland, le 21 août 2026. ©ANDREJ IVANOV/AFP

Rien ne va plus entre Washington et Ottawa. Lundi, le président américain Donald Trump a annoncé l’instauration de nouvelles surtaxes, trois jours après la rupture des discussions par le Premier ministre canadien Mark Carney.

«Le Canada dépouille les États-Unis d'Amérique depuis des années», a accusé Donald Trump sur son réseau Truth Social, précisant qu’à partir du 1er janvier 2027, «toutes les voitures, les camions, grands et petits, les pièces détachées automobiles et l'acier verront leurs taxes augmentées à 50%».

De son côté, Mark Carney a assuré dans un communiqué que «le Canada appliquera des droits de douane équivalents, au dollar près, afin de protéger nos travailleurs et nos entreprises», citant notamment des secteurs comme l’acier et les produits laitiers américains.

«Pendant plus d'un an, le Canada a travaillé sans relâche et de bonne foi avec les États-Unis pour négocier un nouvel accord commercial global», a ajouté le Premier ministre, soulignant que le pays avait renforcé ses autres partenariats commerciaux, via des accords notamment en Asie ou avec l'Union européenne.

«Nous avons découvert que, durant les négociations, les Américains souhaitaient détruire nos industries majeures, dont les secteurs de l'automobile, de l'acier et de l'aluminium, avec des propositions injustes. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles nous avons dit non», a-t-il détaillé.

Une économie interconnectée

Fort d’une frontière terrestre commune de près de 9 000 km, les États-Unis et le Canada travaillent depuis de nombreuses années main dans la main, notamment pour garantir la sécurité et la protection des zones frontalières, mais également en termes économiques.

Près de 328 000 personnes traversent en effet chaque jour la frontière entre les deux pays et près de 2,6 milliards de dollars (américains) de biens et de services ont franchi la frontière chaque jour en 2024 selon les autorités canadiennes. Les États-Unis sont ainsi le premier partenaire commercial du Canada, et le Canada est le deuxième partenaire commercial des États-Unis.

Très intégrés, les échanges commerciaux entre les deux pays impliquent souvent un co-investissement et un co-développement. En termes d’investissement, les États-Unis sont aujourd’hui le plus grand investisseur au Canada, et le Canada est le deuxième investisseur aux États-Unis. 

Sur le plan énergétique, les deux pays constituent l’un pour l’autre la principale source d’énergie importée (pétrole, gaz naturel, électricité propre, uranium). Pour ce faire, ils disposent d’une centaine d’oléoducs et gazoducs transfrontaliers ainsi que des lignes de transport d’électricité propre. Ainsi, environ 94% des exportations canadiennes de pétrole brut vers les États-Unis se font par pipelines transfrontaliers.

Les États-Unis et le Canada sont également liés par une succession d’accords de libre-échange, dont le dernier en date est l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui est entré en vigueur le 1ᵉʳ juillet 2020.

Un impact dévastateur… surtout pour le Canada

La balance commerciale entre les deux pays est déficitaire pour les États-Unis (environ entre 30 et 50 milliards de dollars par an). C’est en partie cette réalité qui a provoqué l’ire du président Donald Trump. Mais dans les faits, cette position du Canada le rend particulièrement fragile dans le bras de fer qui l’oppose aux États-Unis.

En effet, les États-Unis représentent 73% des exportations canadiennes, alors que le Canada ne représente que 16% des exportations américaines. Dans le cas de l’augmentation de droits de douanes, ce sont donc les exportations canadiennes qui se trouvent le plus durement impactées, contre une petite part des exportations américaines en cas de mesures similaires.

Le Canada a déjà été impacté par les dernières mesures tarifaires entrées en vigueur le 22 août, qui touchent environ 4% des exportations mondiales du Canada. Les industries les plus touchées étaient alors les équipements électroniques et électriques, suivis par le plastique et les meubles, literies et luminaires.

Avec les nouvelles menaces de Donald Trump sur l’automobile, les pièces détachées et l’acier, c’est le cœur battant de l’économie canadienne qui est menacé. À elles seules, ces industries représentent des dizaines de milliers d'emplois hyperconcentrés en Ontario et au Québec. Si ces taxes venaient à s'appliquer pleinement, c'est l'ensemble du bassin industriel canadien qui risquerait d’être fortement perturbé.

Cependant, si le Canada est le plus vulnérable, Washington ne sortira pas indemne d'un tel bras de fer. Les chaînes d'approvisionnement nord-américaines sont si imbriquées qu'une pièce automobile traverse parfois la frontière jusqu'à six fois avant qu'un véhicule ne soit totalement assemblé.

En taxant l'acier et les composants canadiens à 50 %, les constructeurs américains pourraient voir leurs coûts de production augmenter fortement, rendant leurs véhicules moins compétitifs face à la concurrence asiatique ou européenne. De plus, une hausse des tarifs sur l'énergie canadienne (pétrole brut et électricité) pourrait faire grimper la facture énergétique des ménages et des entreprises américaines.

Enfin, cette confrontation commerciale force le Canada à accélérer sa diversification stratégique. En disant «non» aux exigences de Washington et en misant sur l'Union européenne et l'Asie-Pacifique, Ottawa cherche à rompre avec une dépendance historique devenue trop risquée. Mais pivoter une économie entière prend des années, alors que la menace tarifaire américaine est immédiate.

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