Éprouvés par les sanctions économiques, les Iraniens redoutent un renforcement de la pression américaine
Des habitants font leurs courses de produits frais au bazar historique de Tajrish, dans le nord de Téhéran, le 25 août 2026. ©AFP

En découvrant les nouvelles sanctions économiques annoncées lundi par les États-Unis à l'encontre de l'Iran, dans une tentative de faire plier le pays, Taneen a été prise d'un mélange de désespoir et de résignation.

«Nous sommes sous sanctions depuis que je suis née. Notre pouvoir d'achat est de plus en plus restreint», affirme cette étudiante en architecture de 23 ans, qui craint que la pression américaine ne s'intensifie encore, alors que la guerre au Moyen-Orient s'approche du seuil des six mois.

Les préoccupations de la jeune femme font écho à celles de millions d'Iraniens redoutant des difficultés accrues, déjà malmenés par les sanctions occidentales en vigueur depuis la Révolution islamique de 1979.

«Cette pression pèse sur toute la famille, de la nourriture aux vêtements, en passant par les frais de scolarité», l'étudiante, qui fait des courses sur la place Tajrish, à Téhéran.

«C'en est arrivé à un tel point que mon père dit qu'il faut que l'on aille faire les courses (maintenant) parce que les prix vont augmenter».

Selon Taneen (qui n'a pas souhaité donner son nom de famille), le coût de ses fournitures scolaires a triplé depuis le début de la guerre.

«Il ne nous reste plus qu'à profiter des petites choses que nous avons. Que pouvons-nous faire d'autre?» confie la jeune femme, qui songe à quitter l'Iran «pour de bon».

Face à la perspective de hausses des prix et de pénuries depuis l'annonce de Washington, les clients ont afflué en masse dans les bazars et stations-service de la capitale iranienne.

Kia Farahani, un professeur d'anglais de 45 ans, dit avoir dû «renoncer à de nombreux achats» à cause de la flambée des prix alimentaires ces derniers mois.

«Je pense que cette guerre sera davantage d'ordre économique et qu'elle fera peser une forte pression sur la population. Il se peut qu'il y ait à nouveau des manifestations», déclare-t-il, en référence aux rassemblements antigouvernementaux qui ont atteint leur apogée en janvier, faisant des milliers de morts.

«Rien de nouveau»

Les autorités iraniennes ont-elles balayé les menaces américaines, les jugeant «vouées à l'échec», et affirmé qu'elles ne feraient pas changer de cap à la République islamique.

Mais la manière dont l'Iran compte contourner ces sanctions reste opaque. Par ces mesures, dites «secondaires», les États-Unis menacent d'exclure du système financier américain les entreprises et institutions financières étrangères entretenant des relations avec le pays.

Certains citoyens exigent que des mesures soient prises. C'est le cas de Mehdi Yazdian, un agent immobilier de 55 ans, qui réclame un contrôle des prix par le gouvernement.

D'autres disent éprouver avant tout une sensation de déjà-vu.

«Nous avons toujours été sous sanctions depuis la révolution, des sanctions très dures. Celles-ci n'ont rien de nouveau», observe une femme au foyer de 74 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom.

Dans le bazar, où elle achète ses légumes, les prix augmentent presque tous les jours, selon elle.

Mais «nous ne cèderons pas à la pression», lance-t-elle.

Par Menna Zaki and Payam Doost Mohammadi / AFP

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