Le président iranien Massoud Pezeshkian a prévenu mercredi que les États-Unis n'obtiendraient «rien» avec leurs nouvelles pressions économiques contre la République islamique, après que Washington l'a menacée d'«asphyxie».
Après des bombardements massifs au début du conflit, le président Donald Trump paraît désormais miser sur la pression économique pour tenter de s'extraire d'un conflit qui s'enlise et gagne en impopularité aux États-Unis.
Washington a affirmé lundi sa volonté de «couper toutes les ressources économiques» de l'Iran par un nouveau train de sanctions et menacé d'isolement les pays qui continueraient à soutenir Téhéran.
«Nous tiendrons chacun pour responsables. Ceci marque l'asphyxie économique de ce régime», a averti le ministre des Finances Scott Bessent.
Le président iranien, considéré comme une figure modérée, a récemment reconnu que son pays faisait face à «de nombreuses difficultés économiques», après des décennies de sanctions américaines et internationales.
Mais, a-t-il averti mercredi, «les Etats-Unis n'obtiendront rien de leur pression économique à ce stade, tout comme ils n'avaient rien obtenu pendant la guerre».
«Aucun calendrier»
«Nous sommes en train de gagner», a estimé de son côté le président américain mercredi à Al Jazeera, soulignant «ne pas être pressé». «Ils ont une inflation massive, leur économie est en train de s'effondrer, ils traitent très mal leur population (...) je n'ai aucun calendrier», a-t-il ajouté.
Israël, dont l'attaque contre l'Iran avec les Etats-Unis le 28 février avait déclenché la guerre, s'est pour sa part félicité mercredi des dernières déclarations américaines, rejetant tout accord avec les Iraniens.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé avoir dit au président américain lors de leur dernière rencontre en juillet, à Washington: «je doute qu'avec cette bande là-bas, avec ces sauvages, on puisse parvenir à un accord. Je vous le dis, aucun accord ne peut être conclu».
L'Iran réclame en vue d'un règlement - en particulier de la réouverture du détroit d'Ormuz, au cœur du conflit, que les États-Unis respectent les engagements pris dans le protocole d'accord bilatéral signé mi-juin, qui a depuis volé en éclats.
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a réitéré que le détroit verrouillé par Téhéran, axe vital du commerce mondial d'hydrocarbures, ne serait «rouvert qu'en échange de la fin de la guerre sur tous les fronts et de la levée du blocus» américain des ports iraniens.
Il a aussi exigé «un règlement de la situation au Yémen», où les rebelles houthis alliés de Téhéran ont lancé des attaques contre des navires saoudiens en mer Rouge.
La réponse de l'Iran aux sanctions américaines sera de «viser leurs intérêts économiques», a-t-il aussi déclaré.
«Couloir temporaire»
Dans le même temps, l'Iran et Oman, les deux pays riverains du détroit, discutent d'un accord-cadre établissant un «couloir temporaire» et prévoyant une opération de déminage, ont-ils indiqué mardi dans un communiqué conjoint.
Ils ont précisé que les négociations se poursuivraient pour établir un couloir «permanent» et définir «la future gestion du détroit», ainsi qu'un mécanisme de «fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires».
Une fois cet accord provisoire conclu, les deux parties se donnent entre 30 et 60 jours pour négocier une route permanente, a dit M. Gharibabadi à l'agence iranienne Tasnim.
Les deux pays négocient «les éléments d'une architecture de gouvernance et de sécurité pour l'après-guerre dans le détroit d'Ormuz, ce qui explique la lenteur du processus», affirme à l'AFP le chercheur omanais Abdallah Baabood.
Selon les Gardiens de la Révolution iraniens, impliqués dans ces pourparlers, «certains accords» ont été conclus avec Oman «concernant la part de chaque pays dans les eaux du détroit» et «dans ses revenus».
Mais, ont-ils accusé mercredi, les États-Unis, qui rejettent toute imposition de péage pour le passage du détroit, «entravent les travaux» visant à finaliser un accord.
Donald Trump a récemment menacé Oman de bombardements si le sultanat se mettait «en travers» de la route des États-Unis sur Ormuz.
«Washington peut être mal à l'aise avec certains aspects de la diplomatie omanaise, mais il a également besoin du canal que fournit Oman», décrypte Abdallah Baabood.
Mascate est, selon lui, sur un fil: intermédiaire entre Téhéran et Washington, il doit préserver ses relations avec l'un et l'autre. Pour cela, Oman associe les autres États riverains et invoque le droit international.
Dans ce contexte incertain, la baisse des prix du pétrole brut marquée mardi s'est ralentie mercredi, le Brent de la mer du Nord ne cédant que 0,14%, à 88,46 dollars le baril.
AFP



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